C’est lui qui a commencé

Quand on a l’impression de ne pas se battre à armes égales contre des concurrents qui trichent, la tentation est grande de les imiter. Et pourtant...

L’une des justifications les plus courantes à l’appui d’un comportement répréhensible? « Mais tout le monde le fait! » Pourtant, ma mère déjà me mettait en garde : « Si tes camarades sautent par la fenêtre, vas-tu vraiment foncer tête baissée toi aussi? »

Le hic, c’est que ceux qui enfreignent les règles sont parfois récompensés. Et ceux qui restent dans le droit chemin, non.

La réplique « Oui, mais tout le monde le fait » n’est souvent qu’une piètre excuse qui cache la paresse ou le manque de droiture. Comment blâmer autrui quand on ment sur son CV, qu’on fausse sa déclaration de revenus, qu’on triche à un examen? La pression est si forte. Il est coûteux d’être honnête.

Le dopage sportif, dans les manchettes récemment, illustre le climat de tension qui s’installe lorsque tous (ou du moins un nombre significatif de concurrents) transgressent les règles. Les athlètes de calibre mondial sont adulés par le public et les entreprises. Certains d’entre eux utilisent des stimulants, et d’autres, qui s’y refusent, sont relégués aux dernières places. Certes, quelques sportifs parmi les plus doués arriveront peut-être à se hisser au premier rang sans se gaver de stéroïdes anabolisants. Mais ceux qui ont moins de talent sont déchirés : faut-il prendre des stimulants, en toute impunité, ou rater les Olympiques?

Supposons que vous êtes un athlète russe prometteur. On vous informe que le dopage est obligatoire. Si vous refusez, c’est terminé (vous ne deviendrez jamais entraîneur, toutes les portes se fermeront). Dénoncer ces abus pourrait même être dangereux.

C’est au Comité international olympique d’engager le bras de fer avec la Russie. Mais dans bien d’autres milieux, les objectifs sont irréalistes : comment s’en tirer sans tricher?

On condamne les méthodes de vente abusives, mais les représentants ont des quotas impossibles à respecter. On fixe des normes de qualité strictes, sans prévoir un nombre d’heures suffisant, alors le travail est bâclé. Les ingénieurs doivent atteindre certaines cibles de rendement et d’émission, mais la technologie n’est pas à la hauteur. Et les scientifiques doivent produire des études à un rythme effréné, mais on est outré lorsque leurs conclusions se révèlent faussées. Bref, il faut jouer le jeu.

Les consultants en gestion aiment dire au client qu’il obtiendra des résultats à la hauteur des indicateurs dont il assure le suivi. Comment éviter que des objectifs ambitieux n’incitent à la tricherie? Quel est l’équivalent du contrôle antidopage dans le milieu universitaire, dans les affaires?

Même chose pour une adolescente accusée de plagiat qui rétorque à ses parents : « Mais tout le monde triche! » Une grande société épinglée pour une faute grave prétendra qu’elle s’est contentée d’imiter ses concurrents, jusqu’au jour où le scandale éclatera. On se sent obligé (ou en droit?) de tricher et on se rassure : les autres aussi contournent les règles. Si quelques sociétés cotées intègres résistent à la pression, les profits chutent, comme le cours de leur action. Quelle crédibilité un conseil d’administration accorde-t-il à un PDG qui n’atteint pas les cibles, sous prétexte que la concurrence est déloyale?

Rêvons ensemble : certaines industries pourraient exercer un encadrement éthique draconien. Au-delà des efforts des groupes de pression (il y en a déjà assez), elles pourraient établir des normes, assurer un suivi et sanctionner les manquements. Imaginez, une association minière qui dénonce des pratiques dangereuses ou l’exploitation des travailleurs du tiers-monde! Ou une association bancaire montrant du doigt un membre qui laisse ses principaux clients fausser ses rapports de recherche.

Vœux pieux, je sais. Dommage. Néanmoins, les leaders intègres, comme les athlètes qui jouent franc-jeu, doivent espérer que la droiture triomphera.

À propos de l’auteur

Karen Wensley


Karen Wensley, MBA, est chargée de cours en éthique professionnelle à l’Université de Waterloo et associée retraitée d’EY.

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