Caucus décisif pour les Roughriders

Fan inconditionnel des Roughriders depuis son plus jeune âge, Craig Reynolds, CPA, est devenu PDG de l’équipe. Il ne lui manque plus que la coupe Grey pour réaliser son rêve d’enfance.

L’année dernière, après quelques mois à la tête des Roughriders de la Saskatchewan, une des équipes de la Ligue canadienne de football, Craig Reynolds, un CPA de Regina, s’est retrouvé dans une situation insoutenable. L’équipe – privée de son quart-arrière partant Darian Durant dès le premier match de la saison, puis de son réserviste vétéran Kevin Glenn, blessé – venait d’encaisser huit défaites d’affilée. Pire encore, au neuvième match, elle avait subi une dégelée de 35-13 à Ottawa. Furieux, les partisans et les journalistes réclamaient la tête de l’entraîneur Corey Chamblin. Moins de 24 heures après ce neuvième revers, M. Reynolds congédiait sans ménagement M. Chamblin et le directeur général Brendan Taman. L’heure était grave : quelle orientation donner à l’équipe?

Faisons un retour sur un parcours mouvementé.

LE FOOTBALL, ENVERS ET CONTRE TOUS

Né à Regina, port d’attache des Roughriders, Craig Reynolds, 40 ans, a grandi à Foam Lake, en Saskatchewan, à environ deux heures de la capitale de la province. Enfant, fervent admirateur des Riders, il assistait à des parties au stade Mosaic de Regina avec son père.

« C’était le début des années 1980. On était assis dans la section est du stade, où se trouvaient les spectateurs les plus démonstratifs. Je préfère ne pas vous répéter ce qu’ils criaient aux joueurs. Voir les Riders en chair et en os! Je n’oublierai jamais ces matchs. »

À l’école secondaire, Craig Reynolds, qui adorait la vitesse et le rythme du football, a mis son casque et ses épaulettes : « J’étais quart-arrière la saison où, hélas, nous n’avons jamais gagné. J’ai vite compris que je n’avais pas le calibre, mais bon, ce sport me passionnait! Je rêvais de m’investir dans l’univers du football, coûte que coûte. »

Convaincu qu’il n’avait aucun avenir comme joueur, ce jeune homme pragmatique accroche ses crampons et opte pour une carrière prometteuse. Doué pour les mathématiques, attiré par le monde des affaires, il fixe son choix sur la comptabilité : « Je voulais acquérir des compétences, prendre de l’expérience, aiguiser mon sens des affaires. J’ai pensé qu’un titre professionnel m’ouvrirait des portes. J’avais raison. »

Après avoir fréquenté l’Université de l’Arizona et l’Université de la Saskatchewan, le jeune ambitieux décroche son premier emploi comme comptable chez KPMG à Saskatoon en 1998. Désireux de travailler à l’étranger, il demande à être muté dans un autre bureau à l’international. Il aboutit au Luxembourg avant d’entrer chez Thomson Scientific (maintenant Thomson Reuters), comme comptable principal à l’exploitation, à Londres, où l’élue de son cœur, Lisa, qui deviendra sa femme, travaillait à l’ambassade du Canada. « Au début, nous avons multiplié les allers-retours entre le Luxembourg et l’Angleterre, puis j’ai quitté KPMG pour m’installer dans la capitale britannique », précise M. Reynolds.

Lisa et lui décident ensuite de revenir au bercail pour fonder une famille : « Calgary était notre premier choix pour élever nos enfants, car nous y avions déjà un solide réseau. »

Environ un an après leur mariage, Lisa et Craig s’établissent à Calgary. Notre homme y devient directeur principal à la comptabilité d’exploitation pour Suncor, le géant pétrolier. Après avoir occupé différents postes-cadres, il atterrit à Fort McMurray, capitale albertaine des sables bitumineux, comme directeur principal à la gestion des coûts. Puis, sur un coup de tête, il décide de répondre à une offre d’emploi en ligne : les Roughriders de la Saskatchewan cherchent un directeur financier. Et bingo, voilà qu’il décroche le travail de ses rêves!

Dès la première semaine, en 2009, il rencontre George Reed, un des plus célèbres athlètes de la Ligue canadienne de football. C’est un grand jour pour M. Reynolds, qui l’admire depuis longtemps : « Je me suis dit : “Pincez-moi, je rêve, c’est lui, c’est George Reed!” Quel privilège! »

C’est un poste idéal pour tout fan de football. Et si la tâche est lourde, M. Reynolds s’en acquitte avec brio. Pour gérer le budget, produire les états financiers, veiller à la trésorerie et assurer la planification stratégique, il met à profit son savoir-faire comme CPA : « Tout ce que j’ai appris comme comptable m’était utile. Année après année, à la formation s’est ajoutée l’expérience, alors mon sens des affaires s’est affiné, et j’ai acquis un solide bagage en finance. »

Grâce à ces atouts, M. Reynolds a aidé les Roughriders à marquer des points, et les résultats financiers sont éloquents. Le bilan de sa première année comme directeur financier? Un bénéfice record de plus de 3,1 M$ sur un chiffre d’affaires de 30 M$ en 2009. Puis, en 2010, c’est un nouveau bénéfice record de 6,6 M$ sur un chiffre d’affaires supérieur à 38 M$. Et en 2013, l’équipe continue sur sa lancée : le bénéfice se chiffrait à 1,1 M$ sur un chiffre d’affaires de 34 M$ pour la saison 2012.

Mais l’équipe subit des revers en 2015. À l’issue de la première année de M. Reynolds comme PDG, elle enregistre un déficit de 4,2 M$ sur un chiffre d’affaires à la hausse, qui s’élève à 39,3 M$. Aux déboires sur le terrain s’ajoutent les dépenses engagées pour rénover le stade Mosaic en vue de la finale de la Coupe Grey en 2013, et pour construire un tout nouveau stade.

Superviser ce double chantier représentait une lourde tâche pour M. Reynolds quand il était directeur financier. Aux étapes de la planche à dessin pour le nouvel édifice (qui devrait être inauguré en 2017), il a visité non moins de 22 stades, notamment à New York, à Kansas City et à Indianapolis. Par ailleurs, il a dû travailler en étroite collaboration avec des architectes, la Ville de Regina et des organismes externes.

Au-delà de ses coûts élevés, le projet a marqué un tournant dans la carrière de M. Reynolds. Il en a bien géré les volets financiers et a présidé avec habileté en 2012 le comité des opérations de la Coupe Grey, si bien qu’il a pu accéder au rang de premier vice-président. En outre, une autre de ses qualités a été mise en lumière : sa personnalité. Ses proches le disent perspicace et aimable. Il a su exploiter un atout imparable, son affabilité, au-delà des finances, quand le doigté et l’écoute s’imposaient et que le sens des affaires ne suffisait pas. « Je n’ai jamais entendu quelqu’un parler en mal de Craig. Quel homme intelligent! », avance Gregg Sauter, vice-président, Marketing et développement pour les Roughriders. « C’est lui le patron côté finances, mais il a plus d’une corde à son arc. Il comprend très bien les autres aspects d’une entreprise : le marketing, les commandites, les partenariats. »

Début 2014, ce CPA atypique a saisi la balle au bond quand Jim Hopson, le PDG des Roughriders, a annoncé qu’il prenait sa retraite. Craig Reynolds convoitait le poste depuis toujours, mais s’inquiétait des conséquences de ce rôle public sur sa famille. Après avoir obtenu l’aval de sa femme et de ses enfants, il s’est présenté à l’entretien d’embauche.

« Bien qu'il ait brillé pendant l’entrevue, il hésitait à crier victoire, car il y avait beaucoup d’appelés », affirme Wayne Morsky, président du conseil. Mais sa réputation l’avait précédé et il avait récolté de nombreux appuis. « Avant même d’être nommé, Craig inspirait le respect, et bien des décideurs espéraient qu’il se porterait candidat. » Selon M. Morsky, c’est sa passion indéfectible pour l’équipe – et pour le football – qui ont valu à M. Reynolds d’être choisi.

Pourtant, il allait lui falloir bien plus que cette passion pour franchir les obstacles qui se profilaient à l’horizon. À commencer par les échecs retentissants de 2015.

Devant la piètre performance de l’équipe, les amateurs et les journalistes s’étaient déchaînés. Les critiques acerbes pleuvaient. « Comment expliquer la bévue de l’entraîneur Corey Chamblin, qui a décidé de remplacer son meilleur quart-arrière – et donc de couler l’équipe – parce que le joueur n’avait pas accepté d’être laissé sur le banc après une interception en seconde partie? », tonnait l’implacable Greg Urbanoski dans un article de paNow, le quotidien en ligne de Prince Albert, en Saskatchewan.

« La plupart des neuf défaites consécutives sont directement imputables aux erreurs de Chamblin, dont l’incompétence est flagrante », renchérissait un reporter chevronné, Darrell Davis, dans un article du blogue 3DownNation.com, où s’expriment des journalistes de la Ligue canadienne de football : « Chamblin a fait un doigt d’honneur aux partisans des Riders et leur a dit d’aller se faire f***. Il a ajouté qu’il ne se trompait jamais et qu’il accepterait volontiers une indemnité de départ. »

TOUT LE MONDE EN POSITION

Le nouveau PDG a alors décidé de congédier l’entraîneur Corey Chamblin et le directeur général Brendan Taman, qui auraient reçu un dédommagement équivalant à deux ans et demi de salaire; pour chacun, la somme avoisinerait 750 000 $, mais elle n’a pas été divulguée.

Une série de contre-performances, le renvoi de Chamblin et de Taman, l’absence de joueurs blessés comme Kevin Glenn et Darian Durant : l’équipe joue de malchance. « Côté coûts, les blessures ont plombé les résultats nets. Et quand on apporte des changements à l’effectif, à la structure, aux contrats, il faut payer les pots cassés », concède Craig Reynolds.

Aujourd’hui, il se dit persuadé que ces décisions seront fructueuses. Dans le cadre de son plan de redressement, l’équipe présentera une formation entièrement différente cette saison. À l’heure où nous mettons sous presse, des joueurs vedettes s’étaient joints à l’équipe, comme Shawn Lemon et Justin Capicciotti, le secondeur Otha Foster ainsi que le receveur et retourneur de bottés Kendial Lawrence. M. Reynolds s’en réjouit : « On aura des joueurs rapides, au solide gabarit. C’est un gage de réussite. »

Chris Jones, nommé du même coup directeur général, entraîneur-chef et vice-président, a le cœur à l’ouvrage. Il arrive avec sa propre équipe d’entraîneurs. Adepte d’une discipline rigoureuse, il sait voir à long terme pour préparer l’avenir. Le PDG a confiance : « Chris a remporté des victoires partout où il a travaillé. Comme entraîneur, il a gagné la Coupe Grey autant de fois que notre équipe en 106 ans d’histoire. »

À présent, les vaillants Roughriders entament leur dernière saison dans l’ancien stade Mosaic. Le stade, où s’écrira demain le récit des hauts faits des joueurs, leur offrira aussi des perspectives de croissance élargies, grâce aux aménagements repensés et aux nouvelles commandites.

Assuré du bien-fondé des changements qu’il a apportés, Craig Reynolds envisage l’avenir avec un optimisme renouvelé. Il sait où il veut conduire l’équipe – vers une série de victoires. « Nous avons connu des triomphes, mais aussi essuyé quelques revers. Alors, on se relève et on continue. Et je suis convaincu que la réussite sera au rendez-vous. Les Roughriders, c’est du solide! »

À propos de l’auteur

Dexter Brown


Dexter Brown est rédacteur indépendant à Whitby, Ont.

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