Éthique, et fier de l’être

Dans beaucoup d’organisations, parler d’éthique vous fera passer au mieux pour une personne naïve et au pire pour quelqu’un qui trahit son organisation.

Pourquoi enseigner l’éthique? Il semble y avoir consensus sur la nécessité des cours d’éthique. Il s’agit en effet d’une composante importante de la formation continue des professionnels, et le cours que je donne en la matière à l’Université Waterloo est obligatoire pour tous les étudiants en comptabilité et en finance. Mais à part fournir du travail à des gens comme moi, à quoi servent les cours d’éthique?

On n’enseigne pas de la même manière aux étudiants de niveau universitaire et aux professionnels expérimentés, mais les objectifs sont les mêmes.

• L’exigence d’une formation en éthique démontre que l’établissement (universitaire ou professionnel) prend au sérieux les écarts de conduite et préconise les comportements moraux.

• L’étude de cas de manquements à l’éthique évoque les risques que l’on court en trichant, et peut donc inciter à rester dans le droit chemin.

• La lecture de ce que divers auteurs ont écrit en matière d’éthique (depuis les philosophes de l'Antiquité jusqu’aux leaders de la profession) permet de comprendre des choses auxquelles on n’avait pas pensé.

• Les discussions sur des questions d’éthique peuvent susciter le désir d’agir avec rectitude.

L’ennui, c’est qu’une formation en éthique peut aussi avoir l’effet contraire. Étudier les cas d’Enron, de Bernie Madoff ou d’autres affaires de fraudes célèbres peut nous conforter dans l’idée que nous ne ferions jamais une telle chose. Or, j’ai observé que les gens convaincus de leur droiture sont les plus susceptibles de commettre, sans s’en apercevoir, des gestes répréhensibles. En outre, il est juste de dire aux étudiants qu’agir de manière éthique requiert souvent du courage et que l’on doit parfois en payer le prix, du moins à court terme.

J’ai donc établi comme suit les objectifs du cours d’éthique que je donne.

Connaissance de soi. Nous avons tous une capacité quasi infinie à nous justifier. Il est donc crucial de comprendre qu’il est facile de dévier du droit chemin, et que les excuses que l’on allègue ne sont parfois que des façons de se donner bonne conscience. Voilà pourquoi j’essaie d’amener les gens à réfléchir et à réagir à certaines situations. Par exemple, une réaction lucide à propos du cas d’Andy Fastow, l’ancien chef des finances d’Enron, est de se dire « ça aurait pu être moi ».

Savoir-faire. Il arrive parfois qu’on nous demande de contrevenir à l’éthique, mais nous ne savons pas comment refuser. Les gens qui réussissent à convaincre les autres que tricher n’est pas dans leur intérêt, qui savent se faire des alliés et qui peuvent transformer un dilemme en un scénario gagnant sont les plus susceptibles de résoudre avec succès les problèmes d’éthique.

Facilité d’expression. Il est important de parler d’éthique, et ce, pour deux raisons. D’abord, nous nous exerçons ainsi à définir nos principes et à comprendre comment les appliquer. Ensuite, nous apprenons à débattre plus aisément des questions d’éthique. En affaires, il est parfois difficile de prononcer les mots « bien » ou « mal », et face à un écart de conduite, nous préférons nous en remettre aux règles établies, soit les PCGR, la législation fiscale ou le code de déontologie. Ou encore, nous soutenons que cet écart pourrait nuire aux relations avec la clientèle ou donner lieu à des poursuites. Pourquoi est-il si difficile de simplement dire que c’est mal?

Le problème que pose le fait de s’en tenir aux règles est que celles-ci ne peuvent couvrir toutes les possibilités de comportements fautifs. Attacher trop d’importance aux règles peut pousser les gens à en chercher les failles plutôt que d’en respecter l’esprit.

Malheureusement, dans beaucoup de milieux de travail, parler d’éthique vous fera passer au mieux pour une personne naïve et au pire pour quelqu’un qui trahit son organisation. Que vous suiviez une formation en éthique ne changera pas ces perceptions, mais cela pourra vous aider à engager la conversation.

Voici une façon d’amorcer la discussion : « Je sais qu’il n’y a pas de règle contre cela, mais ça ne me semble pas correct. Peut-on en parler? » 

À propos de l’auteur

Karen Wensley


Karen Wensley, MBA, est chargée de cours en éthique professionnelle à l’Université de Waterloo et associée retraitée d’EY.

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