Auditer les produits pour évaluer le risque de fraude

Sans chercher une anomalie intentionnelle, l’auditeur doit se souvenir que les risques de fraude augmentent avec les difficultés financières.

Imaginons la situation suivante : un auditeur compte parmi ses clients de longue date une entreprise à capital fermé du secteur de la fabrication. Celle-ci est rentable depuis plusieurs années, et les audits n’ont jamais révélé d’anomalies dans la comptabilisation des produits. À la prise d’inventaire physique, l’auditeur remarque que deux grosses machines générant chacune un bénéfice de 600 000 $ ont été mises à l’écart et marquées comme « vendues ». Vu qu’il s’agit d’opérations significatives, l’auditeur épluche les factures et les bons de commande. Tout semble en règle, mais l’auditeur reste sceptique.

Nous avons demandé à Jane Bowen, chargée de cours en comptabilité financière et en audit à l’Institut universitaire de technologie de l’Ontario, comment atténuer le risque de fraude dans une telle situation.

« Il faut d’abord regarder le contexte, explique-t-elle. Par exemple, une entreprise qui a du mal à respecter les clauses de son crédit bancaire peut être tentée de gonfler intentionnellement ses produits et ses créances. »

Comment savoir s’il s’agit d’une anomalie intentionnelle? Parfois, il suffit de consulter le site Web de l’entreprise ou de parler avec l’équipe des ventes pour prendre connaissance d’« offres spéciales » permettant aux acheteurs de différer leur paiement ou même de retourner des marchandises.

« De telles choses peuvent avoir une incidence sur la comptabilisation des produits ou sur l’évaluation du montant comptabilisé, souligne Mme Bowen. Selon moi, l’auditeur devrait d’emblée consulter le site Web du client pour bien comprendre l’entité et son environnement. S’il existe des “offres spéciales”, l’auditeur ne peut se contenter d’analyser les documents. Il doit mettre en œuvre d’autres procédures. »

Elle ajoute que, même s’il y a de la documentation, le fait que le propriétaire soit en mesure d’autoriser la comptabilisation de certaines ventes en contournant les contrôles existants peut soulever des inquiétudes. D’où l’importance de comprendre l’entité, son environnement et ses assertions.

ACCOMPLIR LES BONS GESTES

Mme Bowen nous propose quelques pratiques exemplaires pour évaluer le risque de fraude durant l’audit des produits.

Comprendre l’entreprise et son environnement. Il faut comprendre la façon dont l’entreprise génère et comptabilise ses produits, le type d’opérations qu’elle conclut, ainsi que la conjoncture sectorielle et globale. « Ne faites pas que répéter les procédures de l’an dernier, prévient Mme Bowen. Les objectifs et les motivations des préparateurs changent d’une année à l’autre. Les facteurs économiques influent sur les entreprises. Et il faut toujours se méfier du risque de familiarité. »

Reconnaître que l’esprit critique est une compétence que l’on peut développer; il n’a rien à voir avec l’intuition. Suivez un processus qui vous permettra de reconnaître les indices de fraude.

Cerner les assertions qui laissent entrevoir un risque de fraude. Dans l’exemple ci-contre, la réalité et la séparation des périodes sont deux assertions qui se sont révélées très importantes, car les ventes n’avaient pas eu lieu durant la période considérée. En outre, les critères de comptabilisation n’avaient pas été remplis.

Concevoir des procédures d’audit qui correspondent spécifiquement aux risques identifiés. Ces procédures varieront selon le type de produits ou d’opérations.

« Il faut bien comprendre l’environnement et éviter le piège de la familiarité, surtout si le client est une entreprise à capital fermé, conclut Mme Bowen. Dans notre exemple, il se peut que le préparateur ait cherché dans le passé à réduire les impôts et qu’il vise maintenant un autre objectif. Devant un risque, l’auditeur ne s’attend pas nécessairement à une anomalie intentionnelle, mais il doit toujours se rappeler que les difficultés financières font augmenter les risques de fraude. »

Pour en savoir davantage sur la Norme canadienne d’audit 240 et les responsabilités de l’auditeur concernant les fraudes lors d’un audit d’états financiers, rendez-vous à www.cpacanada.ca/mag-outilrisquefraude.

À propos de l’auteur

Taryn Abate


Taryn Abate, CPA, CA, CPA (ILL.), est directrice de projets au sein de la division Recherche, orientation et soutien de CPA Canada.

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