« Les finalistes dans la catégorie Pas vu pas pris sont... »

Les palmarès sont utiles, mais ils ne doivent pas être perçus comme une simple occasion de redorer son blason.

C’est le printemps! La saison des prix bat son plein : Oscars, prix Juno, Concours des journaux régionaux canadien... De toutes parts, les candidats se bousculent, assoiffés de gloire. La déontologie a, elle aussi, ses distinctions : prix de l’entreprise responsable, palmarès des sociétés les plus éthiques, liste des 50 entreprises citoyennes, et d’autres encore de la même farine. Je vois d’un œil méfiant ce concert de louanges. L’attribution de prix de déontologie s’avère-t-elle utile? S’aventure-t-on sur une pente glissante?

Comment mesurer la rigueur éthique? Dans un cadre où certains manquements – et non des moindres – font la une des journaux, le fait qu’une société ne soit pas encore éclaboussée tient peut-être davantage à sa chance qu’à sa droiture. Rappelez-vous l’excellente réputation dont jouissait Volkswagen.

On peut se demander, par exemple, si l’entreprise a créé un mécanisme de signalement des écarts. Mais qu’advient-il des préoccupations soulevées par l’employé vigilant? Seront-elles balayées du revers de la main? S’expose-t-il à des représailles? Va-t-on redresser la barre? Il est facile de se doter d’un énoncé de valeurs. Pour vous divertir, consultez celui de la géante américaine Enron, dont la faillite a fait grand bruit.

Les organismes qui dressent les palmarès déontologiques médiatisés peuvent s’y prendre de deux façons. La première consiste à faire des recherches dans les données publiques. Or celles-ci ne disent pas tout, et les résultats varient considérablement selon les critères retenus. Je souligne que le magazine Corporate Knights, qui établit la liste des 50 entreprises citoyennes du Canada, fait preuve de transparence et affiche ses critères. On peut toutefois émettre des réserves quant à la pertinence de certains facteurs, comme l’impôt payé en pourcentage des BAIIA ou la rémunération du PDG sous forme de multiple du salaire moyen. Même s’il est louable qu’une entreprise paie ses impôts et ne verse pas des sommes faramineuses au patron, ces critères restent simplistes.

L’autre approche consiste à demander aux entreprises de s’autoévaluer. Le Marketing s’empresse alors d’orchestrer une vraie campagne de relations publiques : formation en déontologie pour les employés, énoncé de valeurs, initiatives de durabilité... On fait flèche de tout bois. Mais on passe sous silence le recours à des sous-traitants sans scrupules, qui entassent les travailleurs du Tiers-Monde dans des locaux insalubres.

Interrogeons-nous aussi sur les rapports étroits qu’entretiennent les lauréats, les organismes qui les choisissent et les médias qui les encensent, acoquinés à qui mieux mieux. Il faut savoir que certains palmarès servent d’outil promotionnel aux sociétés de services-conseils qui les établissent. Un exemple? L’Ethisphere Institute, qui dresse pour Forbes la liste des entreprises les plus éthiques, en tire d’appréciables retombées : activités de consultation, encarts publicitaires, frais imputés aux lauréats qui reproduisent son logo et aux entreprises qui se joignent à ses groupes. Les sociétés qui aspirent à figurer sur la liste des bons élèves cultivent leurs relations avec Ethisphere. (J’ai travaillé pour EY, et quand le cabinet briguait le titre du « meilleur employeur », il s’empressait de confier des mandats  de services-conseils au commanditaire.) De là au conflit d’intérêts, il n’y a qu’un pas.

Membres eux aussi de la famille, les médias qui publient les palmarès peuvent, à peu de frais et sans prendre l’engagement d’attester la validité des résultats, remplir leurs pages d’articles attendus, qui font vendre de la publicité.

Oui, les palmarès sont utiles pour promouvoir l’éthique. Oui, ils encouragent l’entreprise qui désire y figurer à redoubler d’efforts, ou à se méfier des pratiques douteuses. Oui, la reconnaissance publique peut convaincre certains cadres supérieurs sceptiques qu’il y a lieu d’investir dans l’éthique. Mais l’entreprise ne doit pas y voir une simple occasion de redorer son blason.

À propos de l’auteur

Karen Wensley


Karen Wensley, MBA, est chargée de cours en éthique professionnelle à l’Université de Waterloo et associée retraitée d’EY.

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