Immigrant aujourd’hui, PDG demain?

L’immigration ne réglera pas par magie nos problèmes budgétaires, mais son apport au niveau de vie du pays ne peut être négligé.

Au moment où vous lisez ces lignes, le Canada accueille sur son sol des milliers de réfugiés syriens; 25 000 en tout, selon le chiffre évoqué par le gouvernement. Certains doutent de la capacité du pays à bien intégrer toutes ces personnes. D’autres craignent pour la sécurité du pays, songeant entre autres aux attentats sanglants de Paris en novembre dernier. Mais au-delà de ces considérations, l’immigration est-elle une bonne ou une mauvaise chose pour notre économie?

Tout d’abord, brisons un mythe : augmenter le nombre de travailleurs – et de contribuables – en ayant recours à l’immigration ne réglera pas par magie les problèmes budgétaires. C’est ce que démontrent notamment Benoît Dubreuil et Guillaume Marois dans Le remède imaginaire, un livre fort intéressant paru en 2011. Non seulement l’immigration ne peut ralentir que de façon négligeable le vieillissement de la population, mais les difficultés d’intégration des nouveaux arrivants au marché du travail freinent leur contribution aux recettes de l’État. De surcroît, accueillir des milliers d’immigrants supplémentaires (en augmentant les seuils d’immigration) aurait des effets à peine visibles sur la pénurie de main-d’œuvre appréhendée.

Bref, l’immigration n’est pas un remède miracle. Toutefois, elle apporte beaucoup au pays, surtout si on adopte une approche plus globale, ce que fait l’ancien correspondant du magazine The Economist, Philippe Legrain, dans son ouvrage intitulé Immigrants: Your Country Needs Them. Selon lui, les villes culturellement diversifiées (comme New York ou Londres) sont plus productives, notamment parce qu’on y trouve une plus grande variété de biens, d’habiletés et d’idées. Cette diversité d’origines, de cultures et d’horizons permet de résoudre de nombreux problèmes en faisant cohabiter des approches différentes, ce qui stimule la créativité et l’innovation. Or, puisque l’innovation est le fondement de la productivité et de la croissance économique, on peut dire qu’elle a un impact bien réel, à terme, sur le niveau de vie d’une nation.

Pensons au secteur de la haute technologie. Il n’est pas rare qu’une population diversifiée sur le plan social et culturel, comprenant une proportion importante d’immigrants, mais également d’artistes et de bohèmes, soit un indicateur de réussite d’une métropole dans ce domaine. C’est du moins la thèse de Richard Florida, professeur à la Rotman School of Management à l’Université de Toronto et auteur du livre The Rise of the Creative Class, qui souligne que huit des dix grandes villes ayant la plus forte concentration d’immigrants figurent parmi les plus grands centres technologiques des États-Unis.

Enfin, les consommateurs aussi profitent de l’immigration. Il suffit de penser à la diversité de produits, notamment culinaires, directement attribuables à l’arrivée d’immigrants qui ont démarré leur entreprise en arrivant ici. Les artistes provenant d’horizons divers, des écrivains aux humoristes en passant par les cinéastes, enrichissent également l’éventail de livres, spectacles ou films pour tous les citoyens.

Le Canada compte d’ailleurs son lot d’immigrants « à succès ». Notre nouveau ministre de la Défense, Harjit Sajjan, est né en Inde, et sa famille a immigré au Canada quand il avait cinq ans. Arlene Dickinson, cette femme d’affaires millionnaire qu’on a pu voir ces huit dernières années dans l’émission Dragons’ Den, est née en Afrique du Sud. Sa famille et elle se sont installées à Edmonton en 1959... avec 50 $ en poche. Et c’est sans parler de tous les athlètes nés à l’étranger qui ont connu de fabuleuses carrières ici. Les exemples foisonnent.

Comme beaucoup, j’ai en moi des réflexes « nationalistes ». Les questions d’identité culturelle et de sécurité qu’entraîne inévitablement une arrivée massive d’immigrants m’interpellent, mais se priver de l’apport des immigrants, notamment sur le plan économique, serait une erreur.

À propos de l’auteur

David Descôteaux


David Descôteaux est chroniqueur économique dans la région de Montréal.

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