Prolongez le charme de vos vacances

La routine du quotidien vous rattrape après chaque retour de vacances? Pas de panique! Voici comment faire durer le plaisir.

Par un beau matin de janvier, Lisa Ligori survole en montgolfière le désert de Sonoran, en Arizona. À quelque 600 mètres d’altitude, la vue est spectaculaire. Elle et ses deux amies admirent le lever du soleil et les majestueux rochers rouges parsemés de cactus. De retour au sol, le trio parcourt 580 km en voiture jusqu’à San Diego, en Californie. Au programme : visite du célèbre zoo de San Diego et d’un porte-avions militaire converti en musée. Ces cinq jours de vacances, pris à la fin d’un voyage d’affaires, étaient bien mérités.

Les vacances terminées, Mme Ligori, directrice adjointe en planification et en analyse financières chez SC Johnson, prend l’avion pour Brantford, en Ontario, et retourne au bureau le lendemain matin. Elle prend connaissance des dossiers en cours et, sans tarder, se met à la tâche. « Je n’ai pas eu le temps de savourer mes souvenirs de voyage, regrette-t-elle. Le charme a disparu très rapidement. »

OH! LES BEAUX JOURS 

   
La joie des vacances semble presque toujours s’estomper dès que nous retournons au travail, car « nous sommes tout de suite absorbés par le tourbillon du quotidien et nous oublions de penser aux bons moments que nous venons de vivre », explique Paul Krismer, conseiller principal chez Happiness Experts, un cabinet de Victoria (C.-B.) qui offre formation et encadrement en matière de bonheur, de psychologie positive et de pleine conscience. « Comme nous cessons de penser aux vacances dès notre retour, ajoute-t-il, nous écartons inconsciemment les émotions positives que nous avons ressenties pendant notre congé. »

Fred Bryant, professeur de psychologie à l’Université Loyola de Chicago, est aussi d’avis qu’il est contreproductif de se replonger immédiatement dans la routine. « Le travail et les courriels s’accumulent pendant notre absence. Le stress lié aux efforts que nous faisons pour reprendre le dessus peut miner rapidement l’effet des vacances, qui deviennent un vague souvenir. »

Dans le cadre d'une étude publiée en 2010 dans la revue Applied Research in Quality of Life, près de 1 000 vacanciers néerlandais ont témoigné de leur niveau de bonheur lorsqu’ils prenaient congé et de la durée de ce bien-être après les vacances. Seules les personnes qui disaient avoir fait un voyage « très reposant » bénéficiaient d’un bonheur durable lorsqu’elles reprenaient le travail. Celles qui avaient trouvé leur congé « neutre » ne montraient pas de signes de bonheur post-vacances; dès le retour au travail, le charme disparaissait presque instantanément.

« La plupart des études montrent que l’effet des vacances se dissipe immédiatement à la fin de celles-ci, ou après une brève période », affirme Jeroen Nawijn, auteur de l’étude et maître de conférences en tourisme à l’Université NHTV Breda de sciences appliquées, aux Pays-Bas. « Je crois que si on se sent bien en vacances, c’est parce qu’on a plus de liberté. On choisit ce qu’on veut faire, où on veut aller et avec qui, contrairement à la vie courante où l’on ne peut éviter certaines activités, certains endroits ou certaines personnes. »

Une autre étude, publiée en 2013 dans le Journal of Happiness Studies, portait sur l’incidence des vacances sur la santé et le mieux-être. Les chercheurs ont montré que si la santé globale s’améliore pendant les vacances, l’effet positif est toutefois de courte durée. Le mieux-être des vacanciers (énergie, satisfaction, bonne humeur) s’améliore rapidement pendant leur congé et culmine le huitième jour. Par contre, dès la première semaine du retour au travail, la santé et le mieux-être reviennent plus ou moins à leurs niveaux antérieurs. Pour que l’effet bienfaisant persiste, les vacanciers doivent avoir eu du plaisir, s’être reposés et s’être sentis en pleine possession de leurs moyens.

Les congés sont pourtant bénéfiques, et il existe une foule d’avantages d’ordre mental, physique et même professionnel à prolonger le charme post-vacances. « Les personnes qui ne prennent pas congé sont plus enclines à souffrir d’épuisement professionnel, d’insatisfaction et de léthargie. Elles peuvent avoir l’impression de travailler machinalement », explique Jaime Kurtz, professeure agrégée de psychologie à l’Université James Madison à Harrisonburg, en Virginie. « Travailler davantage n’a pas toujours pour effet d’accroître la productivité. Les gens ont besoin de temps d’arrêt. »

Jamie Gruman, professeur agrégé de comportement organisationnel à l’Université de Guelph, en Ontario, soutient que les vacances permettent de rehausser notre qualité de vie et de recharger nos batteries. « Des études montrent que les personnes qui emploient bien leurs moments de loisir offrent un meilleur rendement au travail. Les vacances peuvent améliorer l’état d’esprit et la motivation. »

Cela est d’autant plus important que 53 % des Canadiens estiment ne pas prendre assez de vacances. D’après un sondage sur le manque de vacances, mené en 2015 sur le site de voyages Expedia.ca, les Canadiens pourraient bénéficier, en moyenne, de 17 jours de vacances par année, mais n’en prennent que 15,5. (Depuis le lancement de ce sondage annuel il y a 13 ans, les Canadiens ont abandonné collectivement plus de 350 millions de jours de vacances.) Les employés les moins en manque de congé viennent de pays où les vacances annuelles sont de 30 jours, soit l’Allemagne, la France, l’Espagne, le Brésil, la Finlande, la Suède, le Danemark et l’Italie. (Les travailleurs des cinq premiers pays ci-mentionnés prennent presque la totalité de leurs jours de vacances.)

Comment éviter de se sentir en manque de congé? En prenant congé, bien sûr. Et comment maximiser et prolonger la satisfaction et le bonheur que procurent les vacances? La réponse est moins évidente, mais voici quelques dispositions que vous pouvez prendre pour faire durer le charme des vacances bien après le retour au travail.

ANTICIPEZ ET PLANIFIEZ


Selon l’étude de M. Nawijn, les vacanciers se disent « plus heureux avant un voyage, probablement parce qu’ils anticipent de belles vacances ». Cette anticipation peut ouvrir la voie au bonheur post-vacances. En effet, votre niveau de stress sera moins élevé durant votre congé puisque vous aurez tout planifié. « À l’approche des vacances, les gens sont déjà en voyage par la pensée. L’anticipation positive est très gratifiante », constate M. Krismer.

Fred Bryant, qui pratique l’alpinisme, utilise cette méthode : il planifie les journées d’escalade dans les moindres détails. « Nous savons où prendre des photos et où se trouvent les repères dans la montée. Il est possible d’avoir hâte de façon prospective et proactive, plutôt que purement réactive, soutient-il. Avoir hâte de partir augmente l’agrément global. »

AGISSEZ À VOTRE GUISE


Des études montrent aussi qu’il importe de faire ce que vous voulez en vacances, au lieu de suivre docilement un ami aux goûts très différents des vôtres ou un conjoint qui préfère la tournée des boutiques à celle des galeries d’art. « Nous n’aimons pas tous aller à la plage, faire du parachutisme ou être confinés sur un bateau de croisière », souligne Greg Chung-Yan, directeur du département de psychologie de l’Université de Windsor, en Ontario. « Si vous préférez lire à la maison ou faire la sieste, faites-le. »

Jaime Kurtz suggère de faire des vacances une occasion de réflexion et de croissance : « Qu’est-ce qui vous rend le plus heureux ou vous détend le plus en vacances? Pouvez-vous intégrer cela à votre vie de tous les jours? » Par exemple, elle a découvert qu’en voyage à l’étranger, elle préférait marcher plutôt que de louer une voiture. De retour au pays, elle a donc commencé à marcher davantage. « Profitez de votre voyage pour prendre des habitudes de vie plus agréables », conseille-t-elle.

DÉTENDEZ-VOUS, PARTICIPEZ EXPÉRIMENTEZ


Il va de soi qu’un congé doit servir à se reposer. « Seules les vacances qui permettent vraiment de se détendre prolongent le bonheur des vacanciers à leur retour », révèle l’étude de M. Nawijn. Pour se détendre pleinement, commente M. Chung-Yan, il faut « se détacher psychologiquement et physiquement du travail. Au début, il peut être stressant d’éteindre son cellulaire ou de cesser de lire ses courriels, mais il s’agit d’une simple question d’adaptation ».

Mme Kurtz recommande de participer activement à une activité lorsqu’on est en vacances. Si vous ne trouvez pas relaxant d’être étendu sur une plage à regarder l’océan, faites quelque chose. « Suivez un cours de cuisine, participez à une excursion guidée, apprenez à faire du surf ou visitez des sites culturels, suggère-t-elle. Ces activités sont plus tonifiantes et laissent des souvenirs plus positifs. »

GARDEZ DES SOUVENIRS


Selon M. Bryant, conserver des souvenirs constitue une stratégie de gratification commune à toutes les cultures. « Lorsqu’on vit un moment heureux, on en garde le souvenir. On se rappelle non seulement ce qui s’est passé, mais aussi ce qu’on ressentait à ce moment-là. »

Vous pouvez notamment rapporter des objets de vos voyages. En choisissant ces objets, remarquez ce qu’ils vous font ressentir. « Quand j’escalade une montagne, je ramasse un caillou au sommet, je ferme les yeux et je le sens, raconte M. Bryant. De retour chez moi, je n’ai qu’à le prendre sur l’étagère et à le sentir pour revivre plein de souvenirs. Je retrouve la joie de n’importe quel séjour de vacances, car j’ai rassemblé des souvenirs et mémorisé les impressions que j’avais sur le moment.»

Cette façon de se créer des souvenirs exige d’être pleinement conscient de ce que l’on vit. « On peut sentir l’odeur du sol tropical, goûter la cuisine locale et s’imprégner d’une nouvelle culture, mentionne M. Krismer. Quand on vit intensément ce genre d’expériences, on peut les apprécier profondément et, au retour, encore les savourer. »

PRÉVOYEZ UNE PÉRIODE TAMPON


Si le bonheur ressenti durant nos vacances ne se prolonge pratiquement pas à notre retour, c’est notamment parce que nous ne prévoyons pas de période tampon pour revenir progressivement au quotidien, avance Mme Kurtz. « Il nous semble que si nous avons deux semaines de vacances, nous devons partir pour deux semaines entières, surtout si le billet d’avion coûte très cher ou si nous allons très loin. Mais des études montrent qu’un retour agité peut neutraliser l’effet reposant des vacances. » Avant de reprendre le collier, accordez-vous une journée ou deux pour relaxer, faire la lessive, aller à l’épicerie et, enfin, lire vos courriels.

ÉVOQUEZ VOS SOUVENIRS


Quelques mois après son retour d’un chalet de pêche dans l’archipel Haida Gwaii (C.-B.) l’été dernier, Kerry Reinke, directeur de la gestion des risques, Division canadienne de la gestion du risque d’entreprise et du risque de groupe, à la Financière Manuvie, se rappelle avec délices l’ambiance à bord du bateau de pêche. « Je me souviens, entre autres, d’un jour où nous étions au milieu du Pacifique Nord; des baleines à bosse nageaient autour du bateau et des pygargues à tête blanche volaient dans le ciel. Et nous tentions de tirer à bord un saumon qui devait peser entre 7 et 12 kg et qui nous donnait du fil à retordre », raconte-t-il.

L’évocation est sans doute le meilleur moyen de perpétuer le bonheur de vos vacances. Quant aux photos que vous avez prises et aux souvenirs que vous avez rapportés, ne les laissez pas dormir dans un tiroir. « Une carte postale, une serviette de table, une pochette d’allumettes, un coquillage ramassé sur la plage : mettez-les sur la table à café chez vous ou sur votre bureau au travail, conseille M. Bryant. Ces souvenirs vous rappelleront votre voyage. »

M. Reinke a rapporté à chacun de ses trois enfants un animal en peluche qui évoque la faune locale des îles. Et il s’est fait livrer le poisson qu’il avait pris, fumé et emballé. « On me l’a apporté quelques semaines après mon retour, dit-il, ce qui m’a donné une autre occasion de relater mon voyage. »

Voilà une autre excellente façon d’évoquer vos souvenirs : les raconter. « Pas en ennuyant vos invités avec vos diapositives, précise en riant M. Bryant. Collectionnez plutôt des histoires à raconter à vos amis et collègues, tout comme vous collectionnez des objets souvenirs. »

Cette façon de faire plaît à M. Reinke : « Je cherche encore des prétextes pour parler de mon voyage », avoue-t-il.

Ce qui importe, c’est de vous employer activement à évoquer vos souvenirs de voyage, ce qui n’est pas la même chose que de publier des photos sur Facebook ou Instagram. « Vous pouvez toujours publier des images dans les médias sociaux, ce qui est mieux pour prolonger le bonheur de vos vacances que si vous ne faisiez rien, concède M. Bryant. Mais, sans raconter votre expérience de vive voix à d’autres personnes et voir leurs réactions, il vous sera plus difficile d'en ressentir de nouveau les impressions positives et de revivre les meilleurs moments de vos vacances. »

Tout compte fait, M. Bryant estime que notre capacité de voyager mentalement dans le temps est une aptitude que nous devrions mettre à profit avant, pendant et après nos vacances. « Si vous savez vous y prendre, tout en sachant que tout finit par s’estomper, vous pouvez continuer de savourer les moments heureux après coup », affirme-t-il.

Vos vacances sont terminées, vous êtes de retour au bureau, mais votre voyage n’est pas pour autant chose du passé. Comme le souligne M. Bryant, « les vacances ont une fin, mais il ne tient qu’à vous d’en prolonger les effets ».

À propos de l’auteur

Lisa van de Geyn


Lisa van de Geyn est rédactrice indépendante à Toronto.

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