Mieux dormir

Ne laissez plus les problèmes de sommeil nuire à votre travail.

« J’avais l’air d’un somnambule ! » C’est en ces mots que Ryan Sutherland décrit l’état dans lequel il se trouvait lorsqu’il travaillait 60 heures par semaine en pleine période des impôts et qu’à la maison le bébé ne faisait pas ses nuits.

« Continuer malgré la fatigue à bien servir les clients représentait tout un défi, dit-il en évoquant les nombreuses fois où, n’ayant presque pas dormi, il devait rencontrer plusieurs clients de suite dans les bureaux du cabinet comptable MNP LLP à Saskatoon.

Sa femme Lindsay (qui elle-même ne dormait que cinq heures par nuit) a finalement fait appel aux services d’une puéricultrice pour les problèmes de sommeil du bébé. Quelques jours plus tard, le petit Parker s’endormait rapidement, ne s’éveillait qu’une fois pour boire et se rendormait. « Tout s’est amélioré dès que nous avons pu dormir », résume M. Sutherland. Lorsque Cailen est née deux ans plus tard, le couple a eu recours à la même puéricultrice (toujours pendant la période des impôts) afin que toute la famille trouve le repos nécessaire pour être en pleine forme le jour.

L’épuisement et les nuits blanches ne touchent pas que les nouveaux parents : environ 40 % des Canadiens manquent de sommeil. Des dizaines de millions de personnes ne dorment pas les sept à neuf heures par nuit recommandées. « Le manque de sommeil est un problème grave qui a une incidence sur la productivité », affirme Shelley Perlman, spécialiste en médecine interne chez WorkSafe BC. « La fatigue et les problèmes de sommeil sont insidieux. Leurs effets s’installent de façon très subtile », précise Shelly Ptolemy-Bischoff, conseillère en gestion de la santé et de la sécurité à Calgary.

Sur le plan physiologique, dormir suffisamment est bénéfique pour notre système immunitaire et notre métabolisme. Par contre, le manque de sommeil est lié à une foule de problèmes de santé : obésité, diabète, cardiopathie, cancer et espérance de vie écourtée. Les personnes souffrant de problèmes de santé mentale comme la dépression voient souvent leurs symptômes empirer quand elles manquent de sommeil. Le travail tard le soir et l’accumulation de stress peuvent causer des nuits d’insomnie, ce qui rend la personne pratiquement inefficace dans la journée. La fatigue peut aussi, à long terme, entraîner des maladies physiques et mentales, qui seront des causes d’absentéisme.

Bref, le sommeil a bel et bien une incidence sur la performance. Par contre, les entreprises qui tiennent compte de l’importance du repos dans les conditions de travail peuvent accroître leur efficacité et leur avantage concurrentiel.

MORT DE FATIGUE, OU PRESQUE

L’équation est simple : une personne épuisée ne peut donner sa pleine mesure. « Quand nous manquons de sommeil, nos facultés cognitives diminuent, nos capacités de communiquer, de traiter l’information et de maîtriser nos émotions sont affaiblies », explique Amanda Hudye, du cabinet SleepWell Consulting à Saskatoon. Le sommeil permet d’assimiler ce que nous avons appris la veille, alors que passer une nuit blanche équivaut à présenter un taux d’alcoolémie de 0,07. Voilà pourquoi la fatigue est la cause de 20 % des accidents de la route mortels au pays. L’épuisement peut aussi provoquer des accidents de travail : bon nombre de catastrophes, comme celle de l’Exxon Valdez, ont été attribuées à une erreur humaine due à la fatigue.

Nous savons tous qu’il faut se coucher à une heure raisonnable. Mais comme les longues heures de travail empiètent sur notre temps personnel, on finit par veiller tard à regarder Netflix pour décompresser. Puis, on se lève très tôt pour passer un peu de temps avec les enfants ou pour aller faire de l’exercice avant de se rendre au bureau. Et le cycle recommence. De nos jours, les employés de bureau sont appelés à participer à des téléconférences tard le soir ou tôt le matin avec des clients de l’étranger, ou à travailler toute la nuit pour terminer un rapport, ou encore à répondre aux courriels et aux textos à toute heure. Les voyages d’affaires sont tout aussi éprouvants. Et aussitôt rentré, c’est le retour au bureau ou chez un client pour une rencontre urgente.

LA SOLUTION

Bien que personne ne tombe endormi au boulot, les employeurs doivent comprendre que le manque de sommeil est un problème réel, lié aux politiques en milieu de travail. « Les patrons ne se rendent pas compte des compromis qu’on impose souvent aux travailleurs. Au Canada, nous avons une culture du travail qui valorise les heures supplémentaires », observe Mme Ptolemy-Bischoff. Il convient de réduire le nombre d’heures de travail, mais aussi d’adopter des règles pour limiter l’envoi de textos ou courriels le soir et le week-end. Établissez des horaires de déplacement réalistes. Par mesure de sécurité, remboursez le taxi à ceux qui doivent travailler le soir. Et aménagez une salle pour la sieste.

Les employés, eux, ne changeront leurs habitudes à la maison que s’ils comprennent vraiment l’importance du sommeil et savent que la direction les appuie. « Certains employeurs en sont conscients et modifient leurs politiques », souligne Mme Perlman. Les transporteurs ferroviaires et aériens, par exemple, adoptent des règles rigoureuses sur les heures de travail et de repos de leurs employés. Ryan Sutherland admet que sa fidélité à son employeur est liée aux politiques de ce dernier en matière d’équilibre travail-vie personnelle. Il peut établir son propre horaire et, après 17 h, ne répondre qu’aux courriels urgents. Voilà les avantages concurrentiels d’un emploi qui permet le repos : la fidélisation des employés et le travail efficace. Les dirigeants qui assistent à des réunions importantes sont reposés et prêts à négocier intelligemment. En prime : des réunions à 15 h où, même sans café, tous les participants sont éveillés et productifs.

ADOPTEZ UNE STRATÉGIE DU SOMMEIL

Afin d’être plus efficace au travail et ce, à long terme, Amanda Hudye suggère de modifier vos habitudes de sommeil une étape à la fois pour ne pas vous décourager.

Dormez suffisamment. Dormez 30 minutes de plus pendant une semaine. Continuez de prolonger votre temps de sommeil jusqu’à ce que vous vous réveilliez reposé et que vous ayez les idées claires toute la journée.

Éteignez. La lumière bleue émise par les appareils électroniques nuit à votre production de mélatonine (hormone du sommeil). Éteignez vos appareils 45 minutes avant de vous coucher. Si votre téléphone ou votre tablette vous sert de réveille-matin, installez une appli qui réduit la lumière bleue.

Éteignez vraiment. Outre la lumière bleue, la lecture de courriels ou de messages Facebook le soir stimule le cerveau, d’où le risque d’insomnie. À la place, lisez pour le plaisir ou faites des sudokus.

Voyagez judicieusement. Vous allez vers l’est? Couchez-vous de bonne heure pendant quelques jours avant le départ. De retour d’un voyage à l’ouest, prenez de la mélatonine pour vous réhabituer à vous coucher plus tôt. Vous pouvez aussi en prendre avant un vol pour vous reposer. Mais ne prenez ces pilules hormonales que pendant quelques jours.

Faites la sieste. Si vous êtes épuisé pendant la journée, trouvez un coin où faire une sieste de 30 minutes, mais pas plus, sinon vous dormirez trop profondément et aurez du mal à vous réveiller. Si vous souffrez d’insomnie, évitez la sieste.

Baissez le thermostat. On dort mieux dans une chambre fraîche. Prenez un bain chaud 45 minutes avant de vous coucher, de sorte que la température de votre corps ait le temps de baisser et ainsi favoriser un sommeil bienfaisant.