Tous à la planche à billets!

Le gouvernement fédéral dépensera 30 G$ de plus que ses recettes cette année, et on prévoit que le déficit total atteindra quelque 113 G$ d’ici cinq ans. Le moment est-il venu d’imprimer de l’argent?

Quand j’ai commencé à écrire pour Le Journal de Montréal, il y a six ans, le thème en vogue était « la province dans le rouge ». Les reportages se succédaient sur les dangers de l’endettement, considéré comme « hors de contrôle ». Les journalistes scrutaient chaque dépense suspecte, et certains économistes universitaires nous mettaient en garde contre les dangers d’une économie qui accumulait les déficits. On conspuait tout gouvernement qui s’endetterait sans penser au lendemain. Montrés du doigt comme des parias, l’Argentine, la Grèce et le Venezuela servaient de contre-exemples.

Aujourd’hui, le discours dominant est tout autre, et le choix, simplissime : soit crouler sous des milliards de déficit et convaincre la banque centrale d’injecter de l’argent dans l’économie au moyen d’un énième
« assouplissement quantitatif », soit faire pleuvoir des liasses de billets du haut d’un hélicoptère en vol. L’austérité? C’est chose du passé. On ne cherche plus à savoir si le déficit est justifié ou non, mais à évaluer jusqu’à combien il faut aller, alors que nous ne sommes même pas en récession. Cette irresponsabilité financière me déconcerte, mais bon, j’aurais pu être un CPA comme vous, chères lectrices et chers lecteurs, habitués à ce que les dépenses et les revenus s’équilibrent. Je serais alors probablement en état de choc.

Rappelez-vous pourtant la dernière campagne électorale. On prévoyait un déficit de 10 G$ et, pourtant, les économistes de Bay Street pressaient Justin Trudeau de s’enfoncer encore plus profondément dans les dettes. Eh bien, le jeune premier ministre a livré la marchandise! Nous dépenserons 30 G$ de plus que nos recettes cette année, et on prévoit que le déficit total atteindra quelque 113 G$ d’ici cinq ans.

Entend-on crier au scandale? Non. Clément Gignac, ancien vice-président et économiste en chef de la Banque Nationale, a qualifié le geste du gouvernement Trudeau de « courageux ». Empiler des déficits durant cinq ans, jouer au père Noël pour se faire aimer de tout un chacun, et hypothéquer l’avenir de nos enfants... quel courage, c’est vrai. Drôle d’époque.

Aux États-Unis, des voix s’élèvent dans le même sens. Depuis les conseillers économiques du candidat à l’investiture démocrate Bernie Sanders jusqu’aux gestionnaires vedettes de fonds d’investissement comme Ray Dalio ou Bill Gross, nombreux sont ceux qui invitent le gouvernement à délier les cordons de la bourse et à dépenser pour stimuler l’économie, rapportait récemment le site Bloomberg. Les taux d’intérêt au plancher, ça ne suffit plus, à tel point qu’en Europe, des banques centrales ont innové en instaurant des taux d’intérêt négatifs. Vous avez bien lu : négatifs. Le gouverneur de la Banque du Canada, Stephen Poloz, a d’ailleurs affirmé il y a quelques mois qu’il considérait lui aussi cette option en cas de débandade de l’économie canadienne. Il viserait alors un plancher de -0,5 %. Au diable la rigueur budgétaire et l’inflation.

Bon retour aux créditistes et aux néochartalistes! Tous à la planche à billets! D’accord, les taux d’intérêt sont bas, alors pourquoi ne pas en profiter pour emprunter? Parce ce que même avec des taux quasi nuls, tout emprunt devra un jour être remboursé, avec taxes et impôts.

Si au moins ces politiques étaient efficaces. Or, les résultats sont loin d’être convaincants. Huit ans après la crise de 2008, malgré nombre de mesures « extraordinaires » prises par les banques centrales, nous débattons toujours des moyens de relancer une économie vacillante. Sauf que les budgets équilibrés, ou le contrôle de la dette, ne font plus partie de ces moyens. Keynes, cet économiste du XIXe siècle qui a inspiré le concept de « plan de relance », doit se retourner dans sa tombe. S’il prônait des dépenses gouvernementales pour stimuler l’économie en cas de récession, il disait aussi que, durant les bonnes années, l’État doit accumuler des surplus budgétaires. À l’évidence, nos gouvernements n’ont retenu que la première moitié de la leçon.

À propos de l’auteur

David Descôteaux


David Descôteaux est chroniqueur économique dans la région de Montréal.

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