Le Canada, un miroir aux alouettes?

Bon nombre d’immigrants économiques qui arrivent au Canada sont convaincus qu’ils n’auront aucun mal à trouver du travail. Bien vite, le couperet tombe.

En affaires, vérité et intégrité vont de pair : les affirmations mensongères ne mènent à rien. D’ailleurs, comme consommateurs naïfs, il nous est tous arrivé de baisser la garde. Nous savons bien que les produits miracle sont des leurres, mais nous tombons dans le panneau, parce que nous voulons y croire. Or, cette forme de crédulité volontaire entre parfois en jeu dans le parcours des immigrants économiques qui viennent s’établir au Canada.

Accompagnatrice bénévole pour le Toronto Regional Immigrant Employment Council, je suis amenée à encadrer des comptables venus d’ailleurs. J’examine leur curriculum vitæ, et nous discutons des stratégies de recherche d’emploi et du déroulement des entrevues, par exemple. Comme dans bien des situations de mentorat, je bénéficie autant de cet échange relationnel que les immigrants, sinon plus : je découvre leur pays et leur culture, et je noue des liens d’amitié.

Cela dit, j’en ressors parfois attristée. Précisons que j’épaule des immigrants économiques de la classe moyenne, non pas des réfugiés accablés par un passé tragique. Mais il faut quand même du courage pour quitter ses proches et tenter sa chance ailleurs. Certains des plus expérimentés, qui avaient de lourdes responsabilités dont ils tiraient fierté, doivent subvenir aux besoins de leur famille. Les plus jeunes, eux, arrivent en général seuls. Ils ne connaissent personne au Canada et repartent à zéro.

On jurerait qu’on leur a promis monts et merveilles. Après avoir consulté les statistiques officielles sur le marché de l’emploi au Canada, ces comptables immigrants sont convaincus qu’ils n’auront aucun mal à trouver du travail. Ils ont assez d’économies pour tenir le coup quelques mois en se privant de tout, pendant qu’ils cherchent un emploi. Mais ils pèchent par excès de naïveté, certains que la démarche sera brève et portera fruit.

Bien vite, le couperet tombe. Les refus se multiplient. Ces immigrés s’expriment bien en anglais, mais la plupart, qui arrivent avec des diplômes d’une université inconnue, ne portent pas le titre canadien de CPA. Dans ces conditions, comment inspirer confiance? Qui plus est, je suis contrainte de leur assener une vérité cruelle, qui leur avait échappé : il y a tant de candidats que les demandes de ceux qui n’ont jamais travaillé ici sont balayées du revers de la main. En plus, au Canada comme ailleurs, ce qui compte, c’est le réseau de relations, au-delà du bagage professionnel.

Les plus jeunes s’en tirent mieux. Ils visent un emploi de débutant, et leurs antécédents sont regardés d’un œil plus favorable. Certains ont évolué dans un grand cabinet mondial, voire une multinationale, ce qui pèse dans la balance. Mais le plus souvent, même après des mois de recherche, ils sont forcés d’accepter des postes en saisie de données, sous-payés, sans possibilités d’avancement.

L’un d’eux, déçu, m’a confié qu’il songeait à faire ses valises. Il logeait dans un modeste sous-sol avec son épouse et deux jeunes enfants. Il était surqualifié pour le poste qu’il occupait, car il avait dirigé une équipe de 50 personnes avant d’émigrer. Sa femme travaillait les fins de semaine, mais leurs revenus restaient insuffisants : le couple n’avait même pas les moyens d’inscrire les enfants au soccer. Cet homme avait tout quitté pour leur offrir un avenir meilleur, mais il essuyait refus après refus.

Alors, voici une suggestion. Votre entreprise a récemment ouvert un poste et des immigrants fraîchement arrivés posent leur candidature? Demandez à vos recruteurs de procéder à un examen attentif des dossiers et de retenir au moins un postulant qualifié venu d’ailleurs. Donnez-lui sa chance en entrevue : il se pourrait que son bagage de compétences cadre avec vos besoins.

À propos de l’auteur

Karen Wensley


Karen Wensley, MBA, est chargée de cours en éthique professionnelle à l’Université de Waterloo et associée retraitée d’EY.

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