Conseils en immigration : l’approche CPA

Les CPA mettent leurs talents au service des nouveaux arrivants et des immigrants établis pour proposer des réponses à une multitude de questions financières.

« Pas d’antécédents de crédit? Quel crédit? », s’interrogeait Subhash Sharma en 1995, perplexe devant les demandes péremptoires des propriétaires torontois à qui il tentait en vain de louer un logement. Notre homme venait de débarquer au Canada : « Vingt ans d’expérience dans l’import-export en Inde et à Dubaï, et impossible de trouver un toit, sans même comprendre pourquoi! » Deux longues années de tribulations ont suivi : il est retourné en Inde, puis revenu au Canada. Tour à tour entrepreneur, plongeur et serveur, il a même versé quelques larmes, avant d’enfin trouver ses repères.

Le Canada prévoit accueillir 305 000 immigrants en 2016, un sommet inégalé depuis des dizaines d’années. Le récit de M. Sharma n’a rien d’unique. C’est pourquoi divers CPA indépendants et cabinets de toutes tailles multiplient leurs efforts depuis quelques années afin de répondre aux besoins de ce groupe en expansion, pour qui la stabilité financière prime (voir l'aperçu des catégories de l’immigration).

Praveen Vohora, CPA de Surrey (C.-B.), travaille auprès de nouveaux arrivants. Né en Tanzanie, il a fait ses études en Inde et au Royaume-Uni, où il est devenu CA, avant de s’établir en Colombie-Britannique en 1974, où il a ouvert son cabinet, Vohora LLP CPAs & Business Advisors. Il sait qu’il n’est pas facile de s’installer dans un pays dont on ne connaît ni les lois ni les coutumes : « Il y a tant à faire : bâtir un dossier de crédit, comprendre les règles fiscales, s’adapter à la culture. Même comme CA, j’étais dérouté par bien des choses. » Son patronyme courant en Inde attirait de nombreux immigrants panjabis, alors M. Vohora a résolu de les aider à mieux gérer leurs finances dans leur pays d’adoption, à titre de professionnel, mais aussi de bénévole.

Selon M. Vohora, les avocats apportent un appui précieux aux immigrants, mais les CPA leur offrent également des services essentiels : « La littératie financière figure parmi les principales préoccupations, et le rôle des CPA est primordial », avance-t-il.

M. Sharma sait mieux que quiconque reconnaître la valeur des conseils d’un CPA. Titulaire d’un MBA et aujourd’hui CPA, il repense à sa traversée du désert et affirme devoir sa réussite à un comptable bienveillant, Maurice Erickson, devenu un ami : « J’aurais pu commettre bien des erreurs sans ses sages conseils. » M. Erickson prend en charge des mandats pour le cabinet de M. Sharma, Bronte Bay CPA Professional Corp., à Markham (Ontario). Comme M. Vohora, M. Sharma offre bénévolement certains services aux immigrants : « C’est valorisant de les voir prendre de l’assurance et se préparer à une nouvelle aventure. Je repense à mon arrivée. » (Voir ci-dessous « Les ateliers en littératie financière de CPA Canada pour les immigrants ».)

M. Sharma souligne que les immigrants sont souvent des entrepreneurs nés : ils sont plus susceptibles de lancer une entreprise que les Canadiens établis au pays depuis des générations, comme le confirme une étude de 2015 de la Banque de développement du Canada. « Ce chiffre témoigne du dynamisme et du courage des immigrants, qui n’hésitent pas à faire leurs premiers pas, quitte à recommencer s’ils échouent, et qui, je l’espère, s’appuient sur l’aide des CPA. »

Glen Kennedy, comptable au cabinet MacPherson Roche Smith & Associates, à l’Île-du-Prince-Édouard, en connaît un rayon sur les défis d’intégration. Il en a fait sa spécialité en 2006, après avoir rencontré un consultant accrédité et compris que la population croissante d’immigrants dans sa province était un créneau à exploiter. Conseiller accrédité en immigration, M. Kennedy travaille surtout avec des clients de Chine, d’Asie du Sud-Est et du Moyen-Orient, qui veulent acquérir ou lancer une entreprise. Il s’est aperçu que pour donner des conseils judicieux, il faut savoir se mettre à la place du client : « Je me dis que je serais bien découragé de me retrouver au cœur de Beijing, sans connaître quiconque, à essayer de lancer une entreprise, conscient que je n’ai pas droit à l’erreur. » M. Kennedy répond fréquemment à des questions qu’un résident de longue date ne poserait jamais. Par exemple, les rouages du zonage commercial nécessitent souvent des explications détaillées, même pour les clients les plus avisés.

NOUVELLES RÈGLES SUR LA RÉSIDENCE

Les dispositions sur la citoyenneté évoluent, alors les nouveaux arrivants cherchent les conseils de CPA consultants en immigration. Avant, Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC) stipulait que le candidat devait résider au pays au moins trois ans sur quatre. Depuis 2015, l’exigence est de quatre ans sur six*. « Beaucoup de choses peuvent arriver pendant ce laps de temps », note M. Vohora. Durant cette période, l’aide d’un consultant peut être essentielle pour continuer à satisfaire aux critères de capacité financière fixés par le Ministère. « Le CPA offre au client son expertise sur la fiscalité, les affaires ou la gestion quotidienne des finances, poursuit M. Vohora. Pour un immigrant qui présente une demande de citoyenneté, les fluctuations économiques peuvent se traduire par des années difficiles, d’où un affaiblissement de sa capacité financière, qui peut nuire à ses chances de devenir citoyen. Le travail du CPA est d’être présent à long terme pour l’épauler. »

L’APPROCHE DES GRANDS CABINETS

Au-delà des services aux particuliers, les grands cabinets mondiaux ont mis sur pied des sections spécialisées en vue de répondre aux besoins croissants des entreprises canadiennes, qui recrutent des immigrants. L’équipe des Services-conseils en immigration de BDO, lancés en 2015, prend en charge les diverses exigences réglementaires et commerciales liées à la mobilité internationale des employés. « C’est une valeur ajoutée que nous offrons à nos clients afin qu’ils puissent rivaliser avec leurs concurrents du monde entier », explique Mark Chow, associé directeur du service.

Comme les praticiens indépendants et les petits cabinets, les grands cabinets de CPA savent qu’en raison du vieillissement de la population active et du faible taux de natalité, le pays se tournera résolument vers l’immigration. Selon le Conference Board du Canada, près de 65 % de la croissance démographique au Canada est déjà attribuable à l’immigration, taux qui pourrait atteindre 100 % d’ici 20 ans. BDO pilote d’une main sûre diverses demandes : visa de séjour temporaire, résidence permanente, permis de travail et d’études, parrainage familial, citoyenneté… car les dispositions législatives et réglementaires, sans cesse refondues, se complexifient. « Au fait des règles et des lois, nous aidons nos clients à bien présenter leur dossier pour qu’ils puissent atteindre leurs objectifs », ajoute M. Chow.

Peu importe l’envergure du cabinet où ils exercent, qu’ils travaillent seuls ou non, les CPA qui apportent un appui aux immigrants à l’égard de questions d’ordre financier en tirent une grande satisfaction. M. Kennedy se dit ravi de voir des clients d’ailleurs s’installer sur son île de 148 000 âmes. « J’apprends à connaître les nouveaux arrivants, et certains, qui me font entière confiance, deviennent des clients à vie. »

* Le gouvernement fédéral envisage de modifier la Loi sur la citoyenneté pour ramener les exigences de séjour en sol canadien à trois ans sur cinq. (Voir http://ici.radio-canada.ca/nouvelles/politique/2016/02/25/002-mccallum-citoyennete-loi-conservateur-terrorisme-abroge.shtml.)


DEVENIR CONSEILLER ACCRÉDITÉ EN IMMIGRATION 

Depuis 2011, la loi fédérale exige que le CPA qui offre des conseils rétribués à des immigrants soit accrédité par le Conseil en réglementation des consultants en immigration du Canada (CRCIC). Pour devenir consultant réglementé en immigration canadienne (CRIC), il doit suivre un programme dans un établissement d’enseignement ou en ligne et réussir l’examen des normes professionnelles, puis participer régulièrement (en général, tous les ans) à des activités de formation continue.

Le candidat doit comprendre la Loi sur l’immigration et la protection des réfugiés et la Loi sur la citoyenneté, en constante évolution. Il y a actuellement environ 60 programmes pour immigrants, liés aux divers parcours et catégories définis par les dispositions fédérales et provinciales. — RC


LES ATELIERS EN LITTÉRATIE FINANCIÈRE DE CPA CANADA POUR LES IMMIGRANTS 

L’avenir du Canada dépend en partie de l’intégration financière des nouveaux arrivants. C’est pourquoi CPA Canada a ajouté deux ateliers sur mesure à son programme de bénévolat en littératie financière. « Nous avons fait des recherches et organisé des groupes de discussion pour savoir quelles informations les nouveaux Canadiens auraient aimé connaître d’emblée », explique Cairine Wilson, vice-présidente, Responsabilité sociétale, à CPA Canada. « Il y a bien des choses qu’ils auraient voulu savoir dès leur arrivée. Certains ne savaient pas comment procéder pour demander un prêt. D’autres ignoraient qu’ils devaient remplir une déclaration de revenus. » La division Responsabilité sociétale a donc élaboré deux présentations PowerPoint de 45 minutes à partir des commentaires recueillis. Le premier atelier, Trucs et secrets des Canadiens futéscommence par le commencement : compte bancaire, guichet automatique, cartes de débit et de crédit et dossier de crédit. Le second atelier, Constitution d’un patrimoine au Canada, s’adresse aux immigrants au courant des particularités du contexte canadien, qui se sont déjà pris en mains.

Lors d’une discussion de groupe qui précédait la tenue des ateliers, Mme Wilson a constaté que les séances plaisaient même aux professionnels et aux gens d’affaires instruits : « Ils ont encore du mal à s’adapter à un nouveau système bancaire et fiscal. Il y a de réels besoins à combler. » Pour les bénévoles CPA, dont de nombreux Canadiens de première ou de deuxième génération, ce geste d’entraide est gratifiant. « Ils aiment faire preuve de générosité, affirme Mme Wilson. C’est leur manière d’accueillir les autres à bras ouverts. » Le programme de littératie financière s’enrichira bientôt d’ateliers sur la finance destinés aux réfugiés syriens récemment arrivés au Canada. — RC


Immigration : Rôle de l'avocat et du CPA