La débâcle des banques

Le fardeau réglementaire et une nouvelle concurrence font fondre les marges bénéficiaires.

Le secteur bancaire est en crise, voire en phase terminale, si l’on se fie à un récent rapport du Financial Times.

Les signaux d’alarme se multiplient. La faiblesse systématique des taux d’intérêt et le resserrement de la surveillance réglementaire font chuter les bénéfices. JP Morgan Chase, la banque la plus rentable de Wall Street, enregistre aujourd’hui un rendement des capitaux propres d’à peine 12 %, et Goldman Sachs, de seulement 7 %. Avant la crise de 2008, la moyenne du secteur oscillait entre 25 % et 30 %.

Trois hypothèses expliqueraient cette tendance : soit il s’agit d’une mauvaise période engendrée par une réglementation excessive, soit les banques reviennent à la normale après leurs excès d’avant la crise, soit le secteur bancaire agonise lentement.

« Quand on écrira l’histoire, l’aberration ne résidera pas dans la crise elle-même, mais dans les 15 années avant 2007, affirme un haut dirigeant de BlackRock. Durant ces 15 ans, les banques ont abandonné leur rôle d’établissement de dépôt et de prêt pour se lancer dans les services d’investissement, la négociation pour compte propre et les dérivés financiers. »

Aujourd’hui, le modèle bancaire classique est menacé par d’innombrables avancées technologiques comme le prêt entre particuliers, les services bancaires mobiles et les robots-conseillers.

Cette pression perturbe l’ordre établi. Avant la crise, les dirigeants de neuf des plus grandes banques mondiales étaient des courtiers; aujourd’hui, seuls ceux de Goldman Sachs et de HSBC viennent du monde du courtage. « Les banquiers du secteur du détail ou commerciaux ont la cote », précise le Times.

Les effets se font encore plus sentir aux échelons inférieurs. Des gens talentueux répugnent à s’orienter vers le secteur bancaire. Avant, un titulaire de MBA sur cinq choisissait une carrière bancaire; maintenant, on parle de un sur dix. La qualité des nouveaux employés a baissé, déplore un dirigeant, les meilleurs candidats optant pour des sociétés financières non bancaires ou technologiques.