Au commencement était l'EFC

Le nouvel Examen final commun va changer le monde des CPA. Découvrez, de l’intérieur, les étapes qui ont mené à sa réalisation.

En septembre dernier, les candidats à la profession de CPA se sont présentés au premier Examen final commun des CPA. Après des centaines d’heures de préparation, des étudiants aux parcours divers ont envahi 30 centres d’examen pendant trois jours pour démontrer, pendant les 13 heures prévues pour les épreuves, qu’ils possédaient les compétences requises pour devenir CPA.

Les examens d’agrément des comptables canadiens existent depuis plus d’un siècle, mais celui de 2015 était différent à bien des égards, et pas seulement pour les candidats. Tashia Batstone, vice-présidente, Services de la formation de CPA Canada, et son équipe étaient chargées d’élaborer le nouvel examen, qui permettra d’accueillir les meilleurs comptables dans l’une des plus grandes organisations comptables nationales du monde.

Il y avait beaucoup à faire. Soutenue par un jury d’examen bénévole, l’équipe de Mme Batstone a passé plus de trois ans à élaborer l’Examen final commun (EFC), qui remplace les examens des trois organisations comptables d’origine. « Nous avons adopté une approche globaliste dès le départ, indique Mme Batstone. Nous avons mis à profit les qualités distinctives de chacun des examens d’origine tout en suivant les meilleures pratiques internationales. »

RETOUR... VERS LE FUTUR

L’unification des trois organisations comptables canadiennes d’origine a commencé au printemps 2011. En janvier 2012, la création d’un nouveau programme de formation et d’agrément était retenue comme l’un des huit principes de l’unification. Le 1er avril 2013, l’ICCA et CMA Canada se sont unis sous la bannière CPA Canada; CGA-Canada s’y est jointe en octobre 2014, ce qui a scellé l’intégration des trois organisations.

À partir de 2012, l’équipe des Services de la formation s’est employée à élaborer le nouveau programme. Selon Kevin Dancey, président et chef de la direction de CPA Canada, le programme est axé sur la formation, l’évaluation et l’expérience. « Le programme d’agrément CPA est conçu pour fournir aux diplômés une base solide de connaissances et de compétences nécessaires aux comptables professionnels, précise-t-il. Il repose sur l’Approche CPA, une méthode de résolution de problèmes qui leur apprend à intégrer divers éléments d’information, à analyser les situations avec précision et à élaborer un jugement éclairé. »

Avant de se présenter à l’EFC, le candidat doit avoir satisfait aux exigences de formation du nouveau programme d’agrément : un diplôme de premier cycle, des connaissances préalables bien précises et l’achèvement du Programme de formation professionnelle (PFP) des CPA ou d’un programme d’études équivalent accrédité par la profession. Les détenteurs d’un diplôme de premier cycle dans un domaine autre que la comptabilité peuvent compléter leurs connaissances en suivant les modules préalables offerts par la profession ou les cours d’un établissement d’enseignement supérieur. Les modules préalables des CPA constituent aussi une passerelle vers le PFP pour les étudiants et les comptables formés à l’étranger qui veulent obtenir le titre canadien de CPA.

Sandy Hilton, directeur, Programmes de formation professionnelle à CPA Canada, supervise le PFP des CPA depuis le lancement du premier module dans le cadre d’un programme pilote offert à 800 étudiants en 2013. « Le PFP repose sur la Grille de compétences des CPA, établie avec le concours de différents types d’employeurs à qui on a demandé quelles étaient les compétences et connaissances que les nouveaux CPA devaient posséder, explique-t-il. Cette question, simple mais cruciale, nous a permis de cerner rapidement les compétences clés qu’ont en commun un grand nombre de postes. »

L'EFC, COMME SI VOUS LE PASSIEZ

En novembre, peu avant que les résultats finaux du premier EFC soient envoyés aux conseils provinciaux pour être approuvés, Jylan Khalil, directrice, Évaluation, à CPA Canada, visitait les centres de correction. Les candidats apprendraient dans environ trois semaines s’ils avaient réussi ou échoué à l’examen.

Bien des choses ont changé depuis 1986, année où Mme Khalil est entrée à l’ICCA pour travailler sur l’Examen final uniforme (EFU), mais elle affirme que la création de l’EFC est l’aventure la plus passionnante de ses 30 ans de carrière. Aussi difficile que les examens d’origine, l’EFC évalue les connaissances des candidats dans les six domaines de compétences techniques décrits dans la Grille de compétences des CPA, ainsi que leur capacité à réfléchir de manière stratégique et à faire preuve d’esprit critique, de jugement et de bonnes compétences en communication.

L’EFC est élaboré par un groupe de spécialistes et approuvé par le Jury d’examen, organe bénévole composé de 18 personnes de différentes régions du Canada qui sont passionnément engagées envers la profession. Les membres du Jury, choisis parmi les trois organisations d’origine et issus du monde universitaire, de l’entreprise, du secteur public et des cabinets, veillent à ce que tous les candidats soient traités équitablement, tout en assurant le maintien des normes de la profession. Ce tout premier jury est présidé par Peter Norwood, président du département de gestion financière du collège Langara de Vancouver et titulaire des titres de CA et de CMA.

Dans le cadre de l’EFC, les candidats sont appelés à appliquer des compétences spécifiques à des études de cas.

L’épreuve du Jour 1 (quatre heures), inspirée de l’examen de CMA Canada, est axée sur la réflexion stratégique. « Elle est fondée sur l’étude de cas du module de synthèse 1 du PFP, explique Mme Batstone. Les candidats doivent s’appuyer sur leurs recherches et sur les connaissances déjà acquises pour aborder certaines questions dans une perspective globale. »

Une étude de cas présentée dans un EFC simulé offre un bon exemple de l’épreuve du Jour 1. Elle porte sur Arndt Industries, une société qui a pris de l’expansion au Pérou et construit depuis peu une locomotive écologique. On fournit aux candidats des états financiers sur deux ans, des prévisions sur cinq ans, des faits nouveaux (comme des changements au conseil d’administration) et le procès-verbal de la dernière réunion du conseil. On leur demande d’évaluer stratégiquement les risques et les possibilités à prendre en compte dans un avenir proche (faire un premier appel public à l’épargne ou laisser un fonds de capital-investissement acheter une partie de la société), et de faire part de leurs conclusions à la direction. Les candidats sont évalués en fonction de leur capacité à définir le problème stratégique et à intégrer l’information pour trouver des solutions viables.

L’épreuve du Jour 2 (cinq heures) vise à évaluer la profondeur des connaissances. Pour les concepteurs de l’examen, la tâche était particulièrement ardue. « La formation et l’expérience des candidats CPA ne sont plus homogènes, souligne Mme Khalil. Les candidats peuvent maintenant acquérir leur expérience pratique dans divers contextes – cabinets, entreprises, secteur public, organismes sans but lucratif – et choisir les modules optionnels du PFP qui correspondent à leurs aspirations professionnelles. Nous avons dû élaborer une méthodologie permettant d’évaluer tous les candidats selon une même norme, tout en tenant compte de cette diversité. »

Grâce à sa conception novatrice, l’épreuve du Jour 2 répond à cette exigence. Tous les candidats reçoivent la même étude de cas, mais l’abordent dans une optique de certification, de fiscalité, de finance ou de gestion de la performance, selon le rôle qu’ils ont choisi au préalable d’après leur formation, leur expérience et leurs objectifs de carrière. Ceux qui optent pour le rôle Fiscalité, par exemple, peuvent être appelés à calculer le revenu imposable et à préparer la déclaration de revenus de la société, alors que ceux qui choisissent le rôle Certification peuvent devoir passer en revue une ébauche des états financiers et préparer une stratégie d’audit préliminaire.

« Sur le plan de l’évaluation, il était essentiel que les quatre rôles soient d’égale difficulté, ajoute Mme Khalil. Tous les candidats reçoivent la même étude de cas et les annexes correspondant au rôle choisi. Les examens sont ensuite corrigés par des équipes d’experts de chaque domaine. »

L’épreuve du Jour 3 (quatre heures) contient de brèves études de cas qui amènent les candidats à démontrer l’étendue de leurs compétences. « Les candidats sont alors évalués dans tous les domaines de compétences », précise Mme Batstone. Ces études de cas permettent d’évaluer à la fois les compétences techniques et les compétences générales (professionnalisme, responsabilité, capacité d’affronter des situations difficiles) que les candidats doivent posséder.

L’épreuve porte aussi sur les problèmes d’éthique. Dans l’une des études de cas de l’EFC simulé, par exemple, un CPA a reçu accidentellement copie d’un courriel révélant que les deux dirigeants de la société Untel sont corrompus. Le candidat doit « déterminer si les décisions de la direction concordent avec la mission, la vision et les valeurs de l’entité » et « analyser les enjeux opérationnels clés et leur concordance avec la stratégie ».

En élaborant l’EFC, les Services de la formation et le Jury d’examen ont dû surmonter certaines difficultés, selon M. Hilton, notamment les partis pris. « Tous issus de l’une des trois organisations d’origine, les membres avaient leurs propres idées sur la meilleure méthode à adopter. Lorsqu’on a du mal à atteindre un consensus, on a tendance à revenir au statu quo, dit-il. Personne n’aime le changement, et c’était manifeste au cours du processus d’élaboration. »

Il a aussi été difficile de trouver un nombre suffisant de correcteurs qualifiés. « Nous avons maintenant besoin de correcteurs non seulement pour l’EFC, mais aussi, tous les trois mois, pour les examens des modules communs et optionnels du PFP, souligne Mme Khalil. Notre façon de procéder assure le maintien de la qualité. »

L'HISTOIRE EST EN MARCHE

Le premier EFC s’est déroulé sans accroc. Contente d’avoir géré l’EFU jusqu’à la fin, Mme Khalil a trouvé qu’il était toutefois plus gratifiant de lancer l’EFC.

Les résultats ont été communiqués aux candidats le 4 décembre, et cette nouvelle cohorte s’inscrira dans l’histoire de CPA Canada. « C’est un moment historique pour la profession comptable canadienne, affirme M. Dancey. Les premiers étudiants à avoir réussi l’EFC seront, une fois leur stage terminé, les premiers CPA canadiens à ne pas détenir l’un des titres d’origine. » Deux EFC sont prévus cette année, en mai et en septembre, et le suivant aura lieu en septembre 2017.

« Les comptables d’aujourd’hui ne doivent pas simplement mesurer la valeur, mais également la créer. Si le programme d’agrément donne aux candidats la possibilité de développer leurs compétences techniques, il leur permet aussi d’acquérir une excellente connaissance de la gestion de la performance, de la communication et de la planification stratégique, poursuit M. Dancey. Les candidats reçus à l’EFC peuvent être fiers de ce qu’ils ont accompli. Ils ont choisi un parcours professionnel qui leur ouvre la voie vers une carrière des plus gratifiantes. »

TABLEAU D'HONNEUR

Les premiers médaillés d'or de l'EFC nous livrent leurs impressions.

ERIN COMPEAU, DELOITTE LLP, TORONTO

 

Vous avez gagné la Médaille d’or du Gouverneur général. Comment avez-vous réagi?

« J’ai d’abord eu un choc, puis j’étais folle de joie! J’ai eu la chance de vivre des choses extraordinaires, mais ce résultat arrive nettement en tête de liste. »

Aviez-vous seulement imaginé la remporter?

« Pendant l’été, mes collègues candidats à l’EFC parlaient de figurer au tableau d’honneur, mais cela me semblait être un rêve fou. Pendant l’examen, je me suis concentrée sur ma stratégie d’études, sans penser aux résultats. »

Pourquoi avez-vous décidé de devenir comptable?

« Cela a été une décision spontanée quand je me suis inscrite à l’université. Je voulais avoir une carrière gratifiante, qui me permettrait de viser haut et de ne pas cesser de me perfectionner. Je crois que la comptabilité m’apporte tout cela. »

CALEB AARON HAGEMEISTER, MNP LLP, MEDICINE HAT (ALBERTA)

 

Vous avez gagné la Médaille d'or pour l’Ouest du Canada. Comment avez-vous réagi?

« Au téléphone, l’un de nos associés de Calgary, membre de l’équipe de juricomptabilité et du soutien en cas de litige, m’a demandé si je pouvais garder un secret, puis m’a dit que j’avais gagné la Médaille d’or pour l’Ouest. J’ai failli m’évanouir! Je ne sais plus ce qu’il a dit ensuite, car je pleurais de joie, pas parce que j’avais gagné la Médaille d’or, mais parce que j’avais réussi l’examen. »

MATHIEU ISABELLE, ST-ÉTIENNE-DES-GRÈS (QUÉBEC)


Vous avez gagné la Médaille d’or pour le Québec. Comment avez-vous réagi?

« J’ai été agréablement surpris. Je ne m’y attendais pas du tout. J’ai éprouvé un grand sentiment d’accomplissement et de fierté. C’est une merveilleuse récompense pour l’énergie et le temps que j’ai consacrés à mes études ces dernières années. »

Aviez-vous imaginé la remporter?

« Quand j’ai terminé l’examen du Jour 3, je n'étais pas sûr de mes réponses à l’épreuve. Je croyais que mes résultats seraient dans la moyenne. J’étais loin de m’attendre à un tel résultat. »

JISOO AHN, GRANT THORNTON LLP, HALIFAX (Nouvelle-Écosse)

 

Vous avez gagné la Médaille d’or pour les provinces de l’Atlantique. Comment avez-vous réagi?

« Tout l’été, mon mentor m’a répété que je gagnerais la Médaille d’or. Moi, je voulais simplement réussir. Mais après le Jour 3, en relisant mes réponses, j’ai senti que ça y était. À l’annonce des résultats, je n’arrivais pas à y croire. J’ai relu les courriels des centaines de fois pour m’assurer que c’était vrai. Mon cœur battait si fort et j’étais si heureuse que je n’arrivais pas à parler. J’ai pensé au soutien de ma famille, de mes amis et du cabinet. Sans eux, je n’y serais pas arrivée. »

À propos de l’auteur

Lisa van de Geyn


Lisa van de Geyn est rédactrice indépendante à Toronto.

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