Apprenez à dire non

Vous vous faites du tort en disant toujours oui. Voici pourquoi.

Vous êtes comptable pour une entreprise de taille moyenne. Paul, un collègue que vous aimez bien, entre un matin dans votre bureau en proférant des jurons à voix basse. Il s’assoit et se met à énumérer ses tâches de la journée : réunions chez deux clients, participation à un audit, déjeuner d’affaires, téléconférence. Vous compatissez un moment avec lui, mais votre journée est également très chargée. Il semble se faire une raison, mais au moment de franchir la porte, il vous lance : « En fait, il y a autre chose. Je rencontre un client potentiel demain, or je n’ai pas eu le temps d’examiner son dossier et je suis débordé aujourd’hui. Pourrais-tu t’en charger? Je t’en devrai une. » Le dilemme. Vous aussi, vous êtes débordé, surtout avec ce dossier que votre patron vous a confié hier. Si vous voulez avancer pour ne pas avoir à travailler tout le week-end, vous ne voyez pas comment vous pourriez en plus étudier le dossier de Paul. Cela dit, ce dernier est manifestement en difficulté et a besoin de votre aide. Peut-être que des problèmes familiaux nuisent à sa concentration au travail ou qu’un client trop exigeant lui prend tout son temps. Que faire? Consentez-vous à l’aider, même si cela vous met dans le pétrin, ou acceptez-vous de le décevoir en lui disant que non, vous ne pouvez pas prendre son dossier?

En fait, beaucoup d’entre nous n’arrivent pas à dire non, et ce, pour une foule de raisons. D’abord, dire oui est une option beaucoup plus attrayante que refuser : un oui n’exige aucune explication. Selon Eileen Chadnick, conseillère en conciliation travail-vie personnelle et directrice de Big Cheese Coaching, à Toronto, dire oui est un réflexe pour certaines personnes. « Celles-ci n’ont pas assez confiance en elles pour dire non. Elles n’ont pas déterminé leurs limites et leurs priorités, ou elles ne savent tout simplement pas comment dire non. » Mary Ann Baynton, spécialiste des relations de travail ainsi que fondatrice et directrice de Mindful Employer Canada, à Toronto, va dans le même sens et ajoute que peur et anxiété jouent aussi un grand rôle dans la décision de faire plus que sa part. « Les raisons qui poussent la plupart d’entre nous à dire oui, alors que nous voudrions dire non, sont souvent liées à la peur : peur du rejet, peur d’être jugé incompétent ou égoïste, peur de blesser autrui, peur de l’échec », affirme-t-elle.

Or, il y a un prix à payer quand vous dites oui à tout. Le fait de toujours vouloir afficher votre esprit d’équipe peut se retourner contre vous. « Cela peut compromettre votre réussite professionnelle de bien des façons, explique Mme Chadnick. Par exemple, être débordé peut nuire à la qualité de votre travail et à votre bien-être. Cela peut aussi détourner votre attention des priorités. Si vous êtes un dirigeant ou rêvez de le devenir, vous devez démontrer que vous pouvez fixer des limites et les faire respecter. » Ceux qui acquiescent à tout ne sont pas nécessairement de meilleurs employés ou de meilleurs gestionnaires, soutient-elle. « Les dirigeants qui savent quand et comment dire non sont perçus comme étant plus fiables. Ils inspirent une plus grande confiance. S’ils acceptent une tâche, c’est qu’ils peuvent la faire ou qu’elle leur incombe. » Les employés incapables de refuser quoi que ce soit sont souvent laissés de côté pour les postes de direction, car « ils manquent d’assurance et ne font pas preuve du discernement nécessaire pour reconnaître les véritables priorités », ajoute Mme Chadnick.

Vous avez besoin de techniques éprouvées pour apprendre à dire non sans nuire à votre réputation et à vos relations de travail? Lisez ce qui suit.

FIXEZ VOS LIMITES ET VOS PRIORITÉS

Il vous sera plus facile de refuser des responsabilités supplémentaires si vous avez déjà établi vos priorités et déterminé votre marge de manœuvre. « On peut se dépasser pour aider son équipe, mais il importe de bien se connaître soi-même, souligne Mme Chadnick. Lorsque vous aurez déterminé vos priorités et vos limites, vous saurez quand dire non. »

ÉVALUEZ LE PROJET

« Avant d’accepter (ou de refuser) une tâche que vous n’êtes pas certain de vouloir accomplir, posez des questions, suggère Mme Baynton. Cela vous donnera le temps d’y penser et vous aidera à trouver une solution à laquelle vous participerez, mais sans tout prendre sur vos épaules. » Par exemple, si quelqu’un veut vous confier un gros projet alors que vous êtes déjà très occupé, vous pourriez lui demander : « Quelles sont tes attentes par rapport à ce dossier? » Vous serez ainsi plus apte à saisir l’importance du projet, ce qu’il représente pour votre supérieur ou votre collègue (ou pour l’entreprise), et ce qu’il nécessiterait de votre part.

SOYEZ HONNÊTE ET EMPATHIQUE

Cherchez à savoir ce qui empêche votre collègue d’accomplir toutes ses tâches. Plutôt que de vous fâcher parce que vous pensez que Paul gère mal son horaire et ne fait pas sa part, demandez-lui ce qui se passe, conseille Mme Chadnick. « Il est peut-être en mesure de faire son travail, mais il croyait tout simplement que vous aviez plus de temps que lui. Ou peut-être qu’il a des difficultés personnelles, ou un problème de santé, ou encore qu’il ne se sent pas à la hauteur de cette tâche. Ce n’est pas à vous de régler ses problèmes, mais en ne lui répondant pas immédiatement par oui ou non, vous l’aiderez peut-être à cerner le pourquoi de ses difficultés. » Quand viendra le moment de dire non, vous devriez être direct et aimable. Mme Chadnick suggère de vous exprimer ainsi : « Je suis désolé de ne pas pouvoir aider. Je sais que c’est important, mais je suis déjà très occupé. Je ne pourrais pas fournir un travail de qualité sans être obligé de bâcler d’autres tâches. »

ORIENTEZ VOTRE COLLÈGUE VERS QUELQU’UN D’AUTRE

La bonne nouvelle, c’est que vous pouvez refuser la tâche sans nécessairement laisser tomber votre collègue.

« Le secret, quand vous dites non, c’est de participer à la recherche d’une solution plutôt que de simplement indiquer votre refus, explique Mme Baynton. Ainsi, on aura tendance à vous percevoir comme une personne habile à résoudre les problèmes. » Si vous êtes embarrassé d’orienter Paul vers un autre collègue, vous pourriez lui demander si vous pouvez l’aider sans tout prendre sur vos épaules. « De cette façon, vous montrez votre volonté d’explorer les options qui pourraient mener à une solution où vous n’auriez pas à faire tout le travail, ajoute Mme Baynton. En fait, c’est une façon de dire non sans que votre collègue sente un refus ou un rejet de votre part. » Mme Chadnick suggère de dire quelque chose comme ceci : « Je ne peux pas assumer cette tâche en entier, mais prenons quelques minutes pour trouver des pistes de solution. »

SAVOIR DIRE « OUI, MAIS... »

Il est certainement plus difficile de dire non à son supérieur qu’à un collègue, et vous pouvez parfois vous sentir obligé de dire oui (par exemple, si on vous offre un projet très intéressant ou si on vous fait confiance pour mener à bien une tâche importante, il n’est probablement pas dans votre intérêt de refuser). Cependant, si vous êtes déjà débordé, vous devriez répondre que vous seriez heureux de vous charger de ce nouveau dossier si vous pouviez être libéré d’une autre tâche. « Consultez alors votre supérieur pour déterminer ce que vous pouvez mettre de côté, indique Mme Baynton. En réalité, vous dites non à l’accumulation accrue des tâches, mais d’une façon qui respecte les besoins de votre patron et de l’entreprise. »

À propos de l’auteur

Lisa van de Geyn


Lisa van de Geyn est rédactrice indépendante à Toronto.

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