Payoff: The Hidden Logic That Shapes Our Motivations, par Dan Ariely

Dans son nouveau livre, Dan Ariely révèle ce qui nous motive vraiment, au travail comme dans la vie quotidienne : les défis, l’autonomie et l’engagement.

Qu’est-ce qui nous motive vraiment? Nos valeurs? L’amour ? Un statut prestigieux? L’argent? C’est la question que l’auteur Dan Ariely s’est posée quand une femme qu’il ne connaissait pas lui a demandé de réconforter son fils, un grand brûlé cloué à un lit d’hôpital. Et l’auteur, lui-même hospitalisé à l’adolescence pendant trois ans pour une brûlure qui s’étendait sur 70 % de son corps, a trouvé les mots pour y répondre. Ici exutoire d’une souffrance passée, les raisons qui nous poussent à agir sont étroitement liées au sens que nous voulons donner à la vie.

Ainsi du travail. Fidèles à Adam Smith, ou disciples de Dilbert pour ceux qui préfèrent en rire ( jaune, bien sûr), nous continuons de segmenter les étapes de fabrication pour une meilleure productivité, et pourtant, en traitant les employés comme les rouages remplaçables d’un grand engrenage, nous les démotivons au plus haut point. C’est ce que souligne l’auteur en conférence devant des centaines d’ingénieurs en informatique de Seattle, apathiques et déprimés après s’être fait annoncer brutalement l’abandon d’un projet qui les occupait depuis des années. Car dans le monde du travail, on considère encore trop souvent que le gâteau à partager avec les employés est limité et que leur part se réduit au salaire versé, en faisant fi de ce qui les motiverait vraiment : défis, autonomie, engagement au travail.

Pour lutter contre le syndrome de Sisyphe (faire et refaire, mais dans quel but?), Dan Ariely apporte, recherches à l’appui, des solutions visant à injecter du sens et à susciter l’engagement. Alors que les primes peuvent faire drastiquement chuter la performance une fois versées, la reconnaissance et les encouragements du supérieur hiérarchique motivent et incitent les employés à poursuivre leurs efforts. Pour corroborer ce fait, l’auteur explique par exemple comment, durant une expérience menée à la société Intel, les ouvriers de production ont vivement préféré les bravos par texto, ou une carte-cadeau pour une pizzeria, à de l’argent. Le lendemain, leur productivité augmentait de 6 %.

Il y a aussi « l’effet IKEA ». Qui n’a jamais ressenti une certaine fierté après avoir survécu au montage un peu délicat d’un meuble en kit? La clé, c’est de s’impliquer et de ne pas perdre de vue que l’effort, souvent gage de résultat, rapporte en fait bien plus qu’il ne coûte. Voilà une pratique à encourager.

Payoff parle beaucoup de travail mais aussi de notre vie quotidienne (famille, loisirs, décès...). Fidèle aux conférences éponymes, données par des experts sur des sujets variés – le livre fait partie de la collection TED Books –, cet ouvrage se veut direct et percutant, débordant d’anecdotes parlantes. Cette astuce montre parfois ses limites, mais s’avère du pain béni pour un enseignant-chercheur comme Dan Ariely, qui a en banque des centaines d’études pour soutenir ses théories. Payoff est une réflexion courte, mais utile si elle nous permet de changer le regard que nous portons sur le monde, ce qui constitue sûrement un des meilleurs investissements possibles selon l’auteur.