Une place chèrement acquise

Dans le secteur de la vente de billets pour des événements musicaux et sportifs, l’arnaque est chose courante, et les fans doivent être sur leurs gardes.

À la mi-décembre 2015, les billets pour la future tournée américaine d’Adele se sont envolés en quelques minutes, au grand mécontentement de nombreux fans qui, après une longue attente au téléphone ou en ligne, n’ont pu s’en procurer. Le même phénomène s’est produit pour les tournées de la star au Canada et au Royaume-Uni.

L’engouement pour la chanteuse de 27 ans a été alimenté par son nouvel album intitulé 25, qui s’est vendu à 7,4 millions d’exemplaires aux États-Unis dans le mois suivant son lancement. « Adele est vraiment la vedette de l’heure », affirme Max Lousada, président des Brit Awards.

En décembre, avant la mise en vente des billets au Royaume-Uni, le groupe de consommateurs britannique Action Fraud avait mis le public en garde contre les risques d’arnaques. « Les experts croient qu’il s’agira de la vente de billets la plus courue de l’année. Nous rappelons à tous d’être prudents, car elle attirera sans doute des fraudeurs particulièrement retors », a prévenu l’organisme.

« Les victimes de vente frauduleuse ont perdu plus de 1,2 M£ (2,2 M$) au cours des six derniers mois. Près de 3 000 cas nous ont été signalés entre mai et octobre. En moyenne, les clients qui ont acheté de faux billets ont perdu 444 £ par transaction », a précisé Action Fraud en incitant le public à n’acheter des billets qu’auprès de sources officielles et à ne pas payer par virement direct.

Adele et d’autres vedettes, dont Bruce Springsteen, tentent de combattre ce genre de fraude, ainsi que les prix exorbitants demandés par les revendeurs de billets (les places debout, au balcon, pour la quatrième représentation du spectacle d’Adele à Toronto se vendaient 275 $ sur le site StubHub, a rapporté le Toronto Star). À cette fin, ces artistes insistent pour qu’un certain nombre de billets soient des billets « virtuels » (paperless tickets), c’est-à-dire pour que seule la carte de crédit ayant permis l’achat du billet virtuel donne accès au spectacle.

« Les clients doivent donc présenter à l’entrée la carte utilisée pour acheter le billet, ainsi qu’une pièce d’identité officielle. Les artistes veulent ainsi damer le pion aux trafiquants et réserver des places à leurs admirateurs », a expliqué le Toronto Star.

L’équipe de gestion des tournées d’Adele a même retenu un nombre (non divulgué) de billets qui ne peuvent être achetés que sur le site Web de la chanteuse. « La revente de billets ne sera pas tolérée », a déclaré Adele en annonçant sa tournée européenne.

Mais cette initiative, qui a beaucoup plu aux fans (selon Music Business Worldwide, plus de 500 000 d’entre eux se sont inscrits sur le site adele.com pour avoir la chance d’acheter des billets pour la tournée britannique), a aussi attiré les fraudeurs.

L’équipe d’Adele avait toutefois prévu le coup. En décembre, avant le début de la prévente de billets au Royaume-Uni, le site a annulé l’inscription de plus de 18 000 fraudeurs, connus ou présumés, a rapporté l’Independent.

« Media Insight Consulting estime que 36 000 billets ont ainsi été soustraits aux fraudeurs, a précisé le journal. Selon un sondage, plus de 50 000 personnes étaient prêtes à payer plus de 750 £ le billet, ce qui porte la perte de profit potentielle des fraudeurs à un peu plus de 29 M£. Comme les gens étaient disposés à payer en moyenne 181 £ le billet, la mesure prise par Adele aurait épargné 4,2 M£ à ses admirateurs. »

DUPERIE EN MODE MAJEUR

Dans le secteur de la vente de billets pour des événements musicaux et sportifs, l’arnaque est chose courante, et les fans doivent être sur leurs gardes.

Un site Web est apparu en décembre pour promouvoir le « Festival de musique de Magnetic Hill 2016 », qui allait se tenir en juillet à Moncton (N.-B.) au profit d’un hôpital de la Nouvelle-Écosse, et dont les têtes d’affiche étaient Taylor Swift, Sam Smith, Hozier et Vance Joy.

La venue de grandes vedettes à Moncton était plausible. Magnetic Hill avait déjà accueilli des artistes internationaux comme U2, Bruce Springsteen et les Rolling Stones.

Un reportage de la CBC a toutefois révélé que l’annonce de ce festival était un canular (un indice : les nombreuses fautes d’orthographe sur le site Web). Isabelle LeBlanc, directrice des communications de la Ville de Moncton, a confirmé à la CBC qu’il s’agissait bien d’une arnaque. Heureusement, celle-ci a été décelée avant que le site ne traite le paiement des billets, qui se vendaient de 100 $ à 120 $.

L’an dernier, dans la région de Vancouver, de faux billets pour un concert de Taylor Swift ont été vendus sur Craigslist par un jeune couple, qui avait aussi vendu de faux billets pour des concerts d’AC/DC, de Sam Smith et de Fleetwood Mac, ainsi que des laisser-passer pour Disneyland. Selon le policier Brian Montague de la police de Vancouver, l’escroquerie aurait fait « au bas mot, des centaines de victimes ».

Il est risqué de se procurer des billets sur Craigslist et Kijiji, mais il est possible de s’assurer que ceux-ci seront valides. « Évitez d’acheter des billets sans numéro de section, de rangée et de siège, avise Action Fraud. Sans ces détails, on ne peut savoir si les billets existent vraiment. » L’organisme déconseille d’acheter des billets auprès de réseaux sociaux comme Twitter ou Facebook. « Achetez uniquement auprès de sites où les données de paiement sont encodées. Ces sites arborent un cadenas fermé, et leur adresse commence par https. Sachez que, souvent, les fraudeurs copient les modalités de sites légaux de vente de billets et emploient des référenceurs Web pour afficher de faux commentaires positifs. »

LE MAÎTRE DE CÉRÉMONIE

On ne peut parler du monde parfois trouble de la vente de billets et des prix de revente exorbitants sans mentionner Ticketmaster, qui domine la vente de billets en Amérique du Nord. Le public se plaint depuis longtemps des frais de réservation, entre autres.

En 2009, Tony Clement, alors ministre de l’Industrie, a déclaré à la Chambre des Communes qu’il allait transmettre au Bureau de la concurrence des allégations selon lesquelles l’entreprise Ticketmaster revendait à prix fort sur son site affilié TicketsNow des billets qu’elle montrait comme épuisés sur son site principal. Ticketmaster a nié ces allégations, a rapporté Sun Media. Et le Bureau de la concurrence a refusé d’enquêter.

Toutefois, la même année au Québec, en Ontario, en Alberta et au Manitoba, un recours collectif alléguant l’existence de la même pratique a été intenté contre Ticketmaster. En 2012, le tribunal a ordonné à l’entreprise de verser 850 000 $ aux consommateurs qu’elle avait dirigés vers TicketsNow (depuis lors, fermé en Ontario).

Ce règlement était modeste, comparé à celui de 400 M$ US auquel Tickmaster a consenti aux États-Unis en 2014. « Un crédit sera offert à 50 millions d’acheteurs de billets ayant dû payer des frais qui enrichissaient secrètement l’entreprise, a écrit le Hollywood Reporter. La poursuite, qui avait été intentée en 2003, soutenait que Ticketmaster, maintenant propriété de Live Nation (mais alors détenue par IAC/InterActive Corp.), avait trompé les consommateurs en facturant des frais de traitement de commande et des frais de livraison qu’elle n’avait jamais engagés. » L’entreprise n’a admis aucun acte répréhensible. Cependant, elle précise désormais sur son site Web que les frais de traitement et de livraison d’une commande peuvent comprendre un supplément pour Ticketmaster.

Par égard pour les consommateurs, l’Ontario a modifié en juillet 2015 sa Loi sur le trafic des billets de spectacle en légalisant la revente de billets avec profit si les vendeurs peuvent fournir une confirmation de la validité des billets ou offrir une garantie de remboursement, a rapporté le Toronto Star. La province, qui avait déjà interdit la vente de billets à un prix supérieur à leur valeur nominale, a précisé que la modification visait à protéger les consommateurs contre la fraude sur le marché florissant de la revente de billets en ligne. Sans ces mesures de protection, la revente sur Kijiji et Craigslist reste illégale.

Cette modification a ouvert la porte à de gros acteurs comme Ticketmaster, qui offrent maintenant des billets disponibles pour la revente entre fans (Fan-to-Fan resale tickets) et permettent ainsi aux acheteurs de revendre leurs billets plus cher qu’ils ne les ont payés à Ticketmaster, a soulevé le journal.

La nouvelle loi éliminera au moins le parfum d’illégalité qu’exhalait le marché de la revente de billets. Bien sûr, elle n’éliminera pas la fraude ou le renchérissement des prix, qui continueront sans doute d’exister en raison de la loi de l’offre et de la demande. Aujourd’hui, on se rue sur les billets pour voir Adele, Taylor Swift, les Blue Jays, etc. Demain, d’autres grandes vedettes s’ajouteront à la liste.

Les fans risquent encore de se présenter à un événement avec en main des billets qu’ils ont payés beaucoup trop cher. Mais après tout, ce sont eux qui décident. Parlez-en à Justin Bieber.

À propos de l’auteur

David Malamed


David Malamed, CPA, CA•EJC, CPA (Ill.), CFF, CFE, CFI, est associé en juricomptabilité au cabinet Grant Thornton LLP à Toronto.

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