Soigner la planète, sans compter

Quel rôle les CPA peuvent-ils jouer dans la révolution verte? Il suffit de le demander à Adam Koniuszewski, directeur général de l’ONG Green Cross International.

Adam Koniuszewski avait trois ans lorsqu’il est arrivé à Montréal en 1974 avec ses parents, qui fuyaient le régime politique de leur Pologne natale. À l’aéroport, un agent de l’immigration a remis 20 $ à son père en lui disant : « Bienvenue au Canada ».

Ne sachant que faire ensuite, la famille a pris un taxi pour Montréal afin d’aller voir les possibilités offertes par la métropole. Or, le chauffeur de taxi avait un ami qui louait des appartements. La famille a donc tout de suite trouvé un domicile, sans toutefois avoir les moyens de payer le loyer. « Vous me paierez quand vous aurez trouvé un emploi », a dit le propriétaire. Le père d’Adam Koniuszewski était ingénieur et sa mère, informaticienne. Ils ont ainsi commencé une nouvelle vie et poursuivi leurs carrières respectives.

« L’accueil que mes parents ont reçu à Montréal a été déterminant pour moi », affirme Adam Koniuszewski, maintenant directeur général de Green Cross International, à Genève. «Cet accueil exceptionnel est un souvenir qui m’est cher et qui explique pourquoi j’ai choisi certains des projets que je mène aujourd’hui. »

Ce comptable et professionnel de la finance qu’est devenu Adam Koniuszewski aime faire corps avec la collectivité.

Fondée en 1993 par l’ancien dirigeant soviétique Mikhaïl Gorbatchev, Green Cross est une ONG phare en matière de changement climatique, de sécurité, d’élimination de la pauvreté et de développement durable. Elle dispose d’un budget annuel de 30 M$ US provenant d’entreprises, de particuliers, d’administrations publiques et de fondations. Par l’intermédiaire de ses filiales dans plus de 30 pays, elle s’est employée à limiter les stocks d’armes chimiques, a offert un soutien médical et social dans des régions touchées par la contamination nucléaire, telles que Tchernobyl et Fukushima, et a contribué à diverses autres initiatives comme le traitement des déchets toxiques, la réduction des pesticides et le développement des énergies renouvelables. Son programme Smart Water for Green Schools a servi à promouvoir l’éducation et la santé dans de nombreux pays, tels que le Ghana, la Côte d’Ivoire, le Kenya, le Sénégal, l’Argentine, la Bolivie, le Mexique, le Sri Lanka, la Chine et l’Ukraine.

Par exemple, le soutien de Green Cross à la restauration et l’irrigation écologique de sols dégradés au Sénégal a fourni du travail à environ 1 000 personnes, qui peuvent maintenant cultiver la terre pour se nourrir. « Tout le monde veut imiter ce projet, qui est une réussite financière et durable, et qui crée des emplois », observe M. Koniuszewski.

Au Canada, l’organisation a connu un départ malheureux lorsque Charles Caccia, environnementaliste et député libéral, est décédé deux ans après avoir établi une filiale au pays en 2006. Bien que David Suzuki, le plus célèbre militant écologiste canadien, fasse partie du conseil honoraire de Green Cross et qu’il ait approuvé, avec Elizabeth May et d’autres personnalités canadiennes, un important rapport soutenu par Green Cross sur le changement climatique, cette dernière est peu connue au pays.

Le parcours qui a mené M. Koniuszewski à la tête d’une ONG internationale peut sembler insolite. Élevé à Montréal, il a obtenu en 1995 un baccalauréat en administration des affaires, finance et comptabilité de l’Université Concordia, est devenu membre de l’Ordre des CPA du Québec et a fait des études supérieures en gestion d’institutions financières, en affaires bancaires, en financement des entreprises et en droit des valeurs mobilières.

Il a travaillé chez Deloitte pendant cinq ans, à Montréal et à Londres, puis chez Altria Corporate Services pendant trois ans, à Lausanne. Il s’est ensuite joint à Philip Morris International, filiale d’Altria, en Suisse où, comme analyste en développement des affaires, il a été le fer de lance d’une acquisition de la plus haute importance. Après cela, il a été directeur des affaires générales et de la réglementation chez Philip Morris, en Pologne, jusqu’à ce que Green Cross le recrute en 2008.

Si l’industrie du tabac peut sembler incompatible avec l’amélioration sociale, c’est pourtant dans le cadre de son travail chez Philip Morris que M. Koniuszewski est devenu actif dans le domaine de la responsabilité sociale des entreprises.

« J’étais responsable des affaires publiques d’une grande multinationale qui se devait d’être très présente dans la collectivité », précise-t-il. Par exemple, il collaborait avec la plus grande organisation polonaise d’aide aux personnes handicapées afin d’offrir à ces dernières de meilleurs moyens d’accès aux services offerts par la collectivité.

« Tout le monde reconnaît maintenant que la durabilité de l’environnement est rentable. Certaines des plus grandes entreprises du monde mettent en œuvre des initiatives écologiques qui leur permettent de réduire leurs coûts, d’augmenter leurs ventes et, partant, d’améliorer leurs résultats, observe M. Koniuszewski. Le fait de prendre en compte les critères environnementaux dès la phase de conception d’un produit favorise l’innovation, le but ultime étant d’imiter le fonctionnement de la nature, c’est-à-dire de ne causer aucune pollution et de ne produire aucun déchet. Cela profitera non seulement aux actionnaires, mais à tous les êtres humains. »

Adam Koniuszewski trouve intéressant le fait qu’un comptable, en l’occurrence lui-même, soit devenu membre de l’Académie mondiale des Arts et des Sciences, qui a été fondée en 1960 pour promouvoir notamment l’utilisation éthique des découvertes scientifiques. L’an dernier, il a assisté à Genève à une conférence de l’Académie qui portait sur l’éthique en science du changement climatique. « C’était très intéressant, mais il n’y avait pas beaucoup de comptables », dit-il en riant.

Il a également été choisi pour faire partie d’une équipe constituée par le président français François Hollande et dont la mission est de rédiger une Déclaration des droits et responsabilités de l’humanité, laquelle sera présentée à l’ONU en octobre 2016. Pas beaucoup de comptables ici non plus. Les compétences de M. Koniuszewski sont donc d’autant plus utiles. Son travail consiste en partie à recueillir des fonds et à surveiller leur affectation. « Je suis notre situation financière de près, explique-t-il. Je tâche d’éviter les contretemps dans l’affectation des fonds, ce qui me permet de gérer l’organisation de manière structurée et cohérente. »

Habitué au monde des affaires, il sait traiter avec de grandes entreprises donatrices comme Giorgio Armani Fragrances et Tag Heuer SA, qui ont collaboré avec Green Cross à des programmes d’alimentation en eau potable.

« Les pieds sur terre et la tête dans les nuages » : c’est ainsi que William Becker explique la réussite de M. Koniuszewski. M. Becker, qui habite Golden, au Colorado, est directeur général du Presidential Climate Action Project, dont le mandat est d’étudier comment les présidents américains pourraient agir en matière de lutte contre le changement climatique, sans nécessairement obtenir l’approbation du Congrès. Il a travaillé avec M. Koniuszewski au sein du Groupe de travail international sur le changement climatique créé par M. Gorbatchev, et a fait partie de la délégation de Green Cross à diverses conférences sur le sujet. « Et puis, nous sommes bons amis, ajoute M. Becker. Nous échangeons des idées et collaborons à la réalisation de différents projets. Adam est très compétent, tant sur le plan théorique que sur le plan pratique. Il est méthodique. Il accorde une grande attention aux détails et une grande importance à la réflexion. C’est quelqu’un qui sait faire avancer les choses. »

M.Becker apprécie aussi l’attitude positive de M. Koniuszewski face à des problèmes environnementaux apparemment insolubles. « Il faut être positif, soutient-il, pour combattre le sentiment d’impuissance qui peut s’emparer de nous lorsque nous sommes assaillis par des menaces de catastrophe et des images de désolation. Il importe de montrer que nous croyons en l’avenir et que nous pouvons collaborer à la construction d'un monde meilleur. »

M. Koniuszewski dit envisager l’avenir avec optimisme. Selon lui, les dirigeants d’entreprise commencent à comprendre que la protection de l’environnement est une condition essentielle à la prospérité, et non un obstacle. Il croit toutefois qu’il reste encore beaucoup de gens à convaincre. « Souvent, les dirigeants ou les propriétaires d’entreprise comprennent l’enjeu, mais les employés, et surtout les services des finances, croient que la durabilité est un luxe trop coûteux pour l’organisation. »

L’engagement de M. Koniuszewski en matière d’environnement ne se limite pas à son rôle au sein de Green Cross. En 2007, lui et son épouse, Margo, ont fondé The Bridge Foundation, un organisme sans but lucratif qui vise à sensibiliser le public à des enjeux comme le développement durable, la résilience et la cohésion sociale. Margo, qui est présidente de la fondation, prépare également une thèse de doctorat sur la résilience humaine.

L’une des récentes initiatives du couple (Education is a Window to the World) consiste à montrer aux étudiants comment être de bons citoyens du monde dans des domaines tels que l’environnement et la promotion du multiculturalisme. Le projet pilote est mené à l’école secondaire jésuite Kostka, une école publique d’un quartier défavorisé de Cracovie fréquentée par 400 élèves. Pour lancer le projet, les Koniuszewski ont organisé une projection du documentaire Trashed, dans lequel l’acteur Jeremy Irons visite des endroits magnifiques menacés par la pollution. La séance a attiré 1 700 personnes, élèves, parents, gens d’affaires, enseignants et fonctionnaires municipaux.

À l’école Kostka, les élèves ont notamment des cours sur le recyclage et le compostage afin d’aménager un jardin communautaire au printemps. S’ils réussissent, les promoteurs espèrent intéresser d’autres écoles de Cracovie, ville qui souffre d’un problème de pollution causé en partie par l’incinération des déchets.

« Ce n’est qu’un début, assure le révérend Pawel Brozyniak, directeur général de l’école Kostka. Comme les jésuites possèdent un réseau international d’écoles, nous espérons étendre ce programme à d’autres institutions. »

Selon le révérend Brozyniak, le programme est important parce qu’il permet aux élèves d’acquérir le sens des responsabilités, d’accroître leur estime de soi et d’apprendre à respecter les ressources de la Terre qui risquent d’être compromises si l’on continue de les abîmer et de les gaspiller. « Les jésuites tentent d’apprendre aux élèves à apprécier l’environnement qui les entoure et à l’utiliser sagement. »

Tout comme il le fait au sein de Green Cross, M. Koniuszewski s’emploie dans le cadre de sa fondation à former des partenariats avec des établissements d’enseignement et des entreprises. Par exemple, Oknoplast Group, un fabricant polonais de fenêtres écoénergétiques, expérimente des mises à niveau qui pourraient réduire les frais de chauffage à l’école Kostka, et Philips Lighting a accepté d’effectuer des vérifications à l’école en vue d’installer des lampes écoénergétiques à DEL.

« Adam m’a fait part de ses bonnes idées et cherche des partenaires intéressants, indique le révérend Brozyniak. Nous sommes sur la même longueur d’onde. »

Adam Koniuszewski trouve gratifiant de travailler en Pologne, son pays natal, tout en cherchant des possibilités d’apporter son aide au Canada, son pays d’adoption.

Par l’entremise de The Bridge Foundation, il recueille des fonds pour organiser, sous les auspices des Nations Unies, un camp sportif pour jeunes dirigeants qui se tiendra à Montréal en 2017. Le projet, qui rassemblera de jeunes leaders du monde entier, a pour mandat de promouvoir la paix et la coopération internationales. Adam Koniuszewski est lui-même sportif. Il pratique le ski et la course sur longues distances, et est un triathlonien Ironman.

Un de ses objectifs est d’accroître la présence de Green Cross au Canada et, puisque le premier ministre Justin Trudeau manifeste plus d’intérêt pour l’environnement que son prédécesseur, il a bon espoir que cet objectif pourra un jour être atteint.

À propos de l’auteur

Susan Smith


Susan Smith est une rédactrice indépendante établie dans la région de Toronto.

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