Le plan de relance qui ne finit jamais

Le gouvernement Trudeau songe à dépenser des milliards pour un « plan de relance ». Le problème, c’est que nous sommes déjà dans un plan de relance depuis près d’une décennie!

Souvenez-vous de 2009. Les conservateurs nous endettent de plus de 60 milliards de dollars pour « relancer » l’économie. Plusieurs municipalités reçoivent des subventions sans égard à leurs besoins réels. Le concept de dépenses en « infrastructure » a le dos large : école de cirque, traversier qui ne mène nulle part, terrain de boulingrin... Pis encore, cet argent arrive alors que la reprise économique est déjà enclenchée.

Gaspillage, dites-vous? Pourtant, on s’apprête à refaire la même erreur. Le gouvernement Trudeau, encouragé par les économistes de Bay Street, songe à dépenser des milliards pour un « plan de relance ». Le problème, c’est que nous sommes déjà dans un plan de relance depuis près d’une décennie!

Les chiffres sont clairs. En partie à cause de la récession de 2008 et des plans de relance, les dépenses du gouvernement ont explosé pendant le mandat des conservateurs, passant de 190 G$ en 2006 à 276 G$ en 2011. La dette publique s’est accrue de plus de 100 G$ en quatre ans, et elle continue d’augmenter aujourd’hui au rythme de 476 000 $... par heure!

Le hic, c’est qu’une fois la récession terminée, le gouvernement a décidé d’augmenter les dépenses de « seulement » 2 % par année, mais par rapport au nouveau niveau de dépenses – énorme! – hérité des plans de relance. « Accepter le niveau actuel de dépenses comme base pour mesurer la croissance future du gouvernement, c’est accepter un accroissement permanent de la taille de l’État », dénonçait à l’époque la Fédération canadienne des contribuables. Ainsi, ce niveau de dépenses temporaire s’est maintenu car, comme le veut l’adage, il n’y a rien de plus permanent qu’un programme temporaire...

VOTRE ARGENT, VOTRE « MESURE DE RELANCE »

Bien sûr, il y a encore des routes et des ponts à réparer, notamment parce que les politiciens, au fil des ans, ont négligé ces dépenses d’entretien. Mais un viaduc reste un viaduc. Ce n’est pas une « mesure de relance ». D’ailleurs, quand j’entends les politiciens promettre des milliers d’emplois grâce aux dépenses liées aux infrastructures, je m’interroge : un cuisinier au chômage peut-il s’improviser cimentier-applicateur du jour au lendemain? Un ex-vendeur de souliers va-t-il réparer les chaussées de béton de l’échangeur Turcot à Montréal? Ces emplois sont pour les travailleurs de la construction, et des entrepreneurs déjà fort occupés.

Ce n’est pas le plan de relance des conservateurs qui a retardé la récession de 2008 au Canada. L’écrasement des taux d’intérêt par la Banque du Canada, qui a alimenté la bulle immobilière et poussé les Canadiens à consommer à crédit, y était probablement pour beaucoup plus.

En ce moment, certains économistes doutent de l’efficacité d’un autre plan de relance. Selon Trevor Tombe, de l’Université de Calgary, chaque emploi hypothétiquement créé par un plan de relance libéral pourrait coûter 250 000 $ aux contribuables.

Si le gouvernement tient absolument à s’endetter de plusieurs milliards supplémentaires, je propose ceci : qu’il nous poste à tous un chèque de quelques milliers de dollars. Au lieu de bâtir des ponts qui ne mènent nulle part, de renflouer des banquiers millionnaires ou de faire du bouche-à-bouche à des entreprises moribondes, certains d’entre nous payeront leur hypothèque, achèteront des souliers au plus jeune ou rembourseront le solde de leur carte de crédit. C’est notre argent après tout. Qui sait, d’aucuns pourraient même – quelle folie! – épargner.

Hélas, la seule idée de nous redonner nos impôts frise l’hérésie pour nos économistes, qui clament qu’une économie redémarre quand les bureaucrates dépensent et que l’État s’endette. Ce sont pourtant l’endettement et l’accès facile au crédit, tant du côté des citoyens que de celui des gouvernements, qui nous entraînent en ce moment vers la prochaine crise. S’endetter davantage ne saurait être la solution.

À propos de l’auteur

David Descôteaux


David Descôteaux est chroniqueur économique dans la région de Montréal.

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