La bourse ou la vie?

Réduisez votre exposition au risque à mesure que vous vous approchez de la retraite en respectant un principe simple.

Soyons honnêtes : la conjoncture est inquiétante pour les épargnants. Soumise à de fortes turbulences, la Bourse pique du nez, et les taux d’intérêt avoisinent leur plancher historique. Quelle que soit la stratégie de placement utilisée, la dernière décennie a été éprouvante, ce qui ne sourit guère à quiconque économise pour ses vieux jours. Or, c’est durant les 10 années précédant la retraite que le rendement du portefeuille est le plus important, et la répartition des actifs y joue un rôle crucial : l’épargnant doit décider quelle portion de son capital investir dans des actions et dans des titres à revenu fixe – combinaison qui détermine le rendement global du portefeuille.

Je ne suis pas fan des règles générales, mais il y en a une que j’ai adoptée : l’exposition au marché boursier ne doit pas excéder 100 moins l’âge de l'épargnant. Ainsi, à 30 ans, on ne devrait pas placer plus de 70 % de son capital dans des actions; à 70 ans, pas plus de 30 %. Autre point de vue : vous devez détenir dans votre portefeuille une part de titres à revenu fixe équivalant au moins à votre âge. En respectant ce principe, vous réduirez votre exposition au risque à mesure que vous vieillirez, car un pourcentage croissant de vos épargnes ira dans des titres à revenu fixe qui ne peuvent perdre de la valeur, tout en continuant à participer au marché boursier pour accroître votre rendement global. Du moins, c’est ce qu’on a observé jusqu’à maintenant.

Disons que vous avez 65 ans et prenez votre retraite cette année. Si, depuis 10 ans, vous avez placé 35 % du volet actions de votre portefeuille dans l’indice composé S&P/TSX ou dans un produit conçu pour reproduire le rendement de cet indice, quel rendement avez-vous obtenu? Précisons d’abord que l’indice publié tous les jours dans la presse est un indice boursier. Pour l’obtenir, on multiplie le nombre d’actions en circulation de toutes les composantes de l’indice (environ 250 sociétés au début de 2016) par le cours actuel de chaque titre et on divise le tout par la moyenne pondérée des titres en circulation. À la clôture des marchés le 12 février 2016, l’indice composé S&P/ TSX se chiffrait à 12 381. Le problème? L’indice ne tient pas compte des dividendes. Or, si on place son argent dans des titres individuels, des fonds communs de placement ou des FNB, on espère non seulement réaliser une plus-value, mais aussi toucher un dividende. Pour analyser la performance du marché des actions au Canada, c’est l’indice composé de rendement global S&P/TSX – qui inclut les dividendes – qu’il faut consulter.

Quel a été le rendement de cet indice sur 10 ans? Voici un tableau du taux de rendement annuel moyen des deux indices sur 1, 3, 5 et 10 ans au 12 février 2016.

Rendement annuel moyen de l'indice composé S&P/TSX

Premier constat : l’année a été dure. Second constat : les dividendes font une grande différence, surtout sur des périodes plus longues, puisque les trois quarts des composantes de l’indice versent des dividendes. Rappelons qu’un indice représente un environnement idéal – sans frais, ni taxes, ni émotions. L’indice ne cède pas à la panique parce qu’il a perdu près de 20 % au cours de la dernière année, comme ce fut justement le cas.

Supposons que vous cotisez à un REER; pendant que le REER fructifie, l’impôt n’entre pas en jeu. Supposons aussi que vous n’avez pas cédé à la panique durant la débâcle de 2008-2009, quand les deux indices ont fondu de près de 50 % entre juin 2008 et mars 2009. Mais les frais, inévitables, sont déterminants. Si votre conseiller en placement perçoit 1 % de l’actif par an, votre taux de rendement moyen annuel sur 10 ans aura été de 2,4 %. Autrement dit, le rendement du volet actions de votre portefeuille excède à peine celui que vous auraient rapporté des CPG. Jusqu’ici, en général, les rendements moyens des actions dépassaient ceux des CPG d’au moins quelques points de pourcentage – prime pour compenser le risque boursier. Le volet actions du portefeuille en augmentait le rendement moyen composé.

Que retenir de ces résultats si vous amorcez cette décennie décisive avant la retraite? Si la tendance se maintient et si vous continuez d’investir dans le marché canadien, vous aurez du mal à obtenir un rendement moyen de 5 % après déduction des frais. Il faudra donc épargner davantage pour votre retraite.