Fed Power: How Finance Wins par Lawrence R. Jacobs et Desmond King

Dans leur nouveau livre, Lawrence R. Jacob et Desmond Roi soutiennent que la Réserve fédérale américaine doit subir une refonte réglementaire majeure.

Depuis sa création en 1913, la Réserve fédérale américaine sert de bouc émissaire en cas de krach : on s’indigne qu’elle se montre impuissante à éviter l’inconduite des principaux acteurs des marchés. La « Fed » a été fondée pour rassurer la population alarmée par l’effondrement de la Bourse de New York, en 1907, année où une tentative avortée de manipulation du marché a causé le naufrage d’une grande société fiduciaire. Les épargnants affolés s’étaient précipités au guichet des banques pour en sortir leur pécule, et celles-ci avaient refusé de consentir les prêts à court terme nécessaires aux opérations boursières. Ensuite, s’ouvre une période d’accalmie. La Fed joue son rôle pendant une décennie, mais la crise de 1929 fait éclater au grand jour son immobilisme. Aux lourdeurs administratives s’ajoutent des lacunes côté gouvernance et une profonde méconnaissance des mécanismes financiers du XXe siècle.

Les années passent, un nouveau millénaire s’amorce, les marchés s’emballent. Voilà que la crise frappe de plein fouet en 2008. La Fed et Henry Paulson, alors secrétaire du Trésor américain, jouent les héros et lancent un audacieux plan de sauvetage de Wall Street, pour éviter de justesse la catastrophe. Mais les justiciers ne seraient-ils pas plutôt les coupables?

De fait, la Fed s’est mobilisée a posteriori, après une période d’abandon de ses devoirs. C’est son laisser-aller qui a provoqué la grande crise de 2008. Pour les auteurs de Fed Power, la toute puissante banque centrale est responsable des disparités et de l’instabilité économiques. Soustraite aux mécanismes de contrôle et inféodée à la haute finance, sa mollesse pourrait déboucher sur un autre effondrement. Après la débâcle des prêts hypothécaires à risque et les machinations de la Fed, qui a ourdi une trame de stratégies favorables aux financiers, peu d’Américains – outre les privilégiés – y voient un organe compétent et impartial, au service de l’intérêt public.

Paradoxe : c’est l’autonomie même de l’organisme qui mine sa crédibilité. Les assemblées législatives, les administrations et leurs contraintes réglementaires ne font que passer. De l’abrogation de la loi Glass-Steagal aux efforts pour affaiblir la loi Dodd-Frank, la Fed n’a rien fait pour tempérer l’aversion des Américains pour l’interventionnisme étatique. Mûre pour une refonte, l’institution financière la plus puissante de l’appareil gouvernemental doit être soumise à un resserrement des contrôles et de l’encadrement.
 

Afin de réformer la Fed, les auteurs proposent de s’inspirer du modèle canadien de politique monétaire et de gestion financière, source de pratiques exemplaires pour éviter le prochain cataclysme. La Banque du Canada a été fondée après la crise de 1929, dans une tourmente qui légitimait un encadrement restrictif des banques à charte. Aujourd’hui encore, astreinte à des contrôles stricts, la Banque du Canada reste pour ainsi dire à l’abri de l’ingérence politique.

Loin de prôner le démantèlement de l’institution américaine, les auteurs soulignent l’intérêt de la réglementation spécialisée canadienne et préconisent une restriction de l’autonomie pernicieuse de la Fed. En vue de veiller au bien public et de mieux gérer les crises, une réforme axée sur la reddition des comptes, la transparence et de nouveaux mécanismes de gouvernance s’impose. La pérennité de l’organisme et la confiance qu’il inspire en seront tributaires.

À propos de l’auteur

Robert Colapinto


Robert Colapinto est un rédacteur indépendant à Toronto.

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