Et ils vécurent riches et cupides, jusqu’à la fin des temps

L’éthique des affaires ne se résume pas à une opposition entre bons et mauvais, contrairement à ce que laissent penser certains films d’Hollywood.

Je suis chroniqueuse en éthique, pas critique de cinéma. Mais je viens de voir Le casse du siècle (The Big Short), un film qui m’a fait réfléchir à la perception qu’a le public de l’éthique des affaires.

Le casse du siècle est un film léger, parfois drôle, sur la bulle immobilière qui a mené à l’effondrement financier de 2008. Il met en scène des bons et des méchants, des futés et des idiots – finalement tous cupides. Les rares femmes sont épouses ou stripteaseuses. Tout le monde est blanc. Comme le film est une adaptation du livre de Michael Lewis, la dominance des hommes blancs est bien le reflet de Wall Street, pas d’Hollywood. Les bons futés voient tout le profit qu’ils peuvent tirer de la vente à découvert de dérivés hypothécaires. Évidemment, ils gagnent. L’effondrement des marchés vient des manigances de méchants qui trompent des tas d’idiots tant dans la haute finance que chez les petites gens. Le film est drôle, surtout lorsque des célébrités inattendues commentent le système financier (par exemple, quand le chef Anthony Bourdain parle des obligations adossées à des actifs et compare la titrisation à la bouillabaisse). Le spectateur est séduit par les gagnants, se dit qu’il n’aurait pas été dupe et s’indigne de ce que les méchants restent impunis.

Le hic, c’est que le film conforte les stéréotypes au sujet de Wall Street. Comme il s’intéresse surtout à un petit groupe de financiers perspicaces qui anticipent la bulle, on apprend peu de choses sur les mauvais gars. De rares séquences les présentent tous comme très idiots, très méchants ou les deux à la fois. Je connais des tas de gens qui travaillent dans la finance, mais aucun d’eux n’est simplement idiot ou méchant.

Dans les milieux de la finance, tout le monde (moi y compris) aime faire de l’argent et avoir le dessus dans une transaction ou une négociation. Nous avons tous tendance à rationaliser nos décisions et à nous ranger parmi les bons. Pour le reste, nous sommes tous empathiques, lucides, loyaux ou intègres à des degrés divers. Nous sommes des gens ordinaires, bien que plus riches que la plupart de nos concitoyens.

Quand on cherche à comprendre l’éthique des affaires par une opposition entre bons et mauvais, il est difficile d’agir. Vous pouvez bien quitter le monde des affaires (bonne chance à qui veut trouver un secteur plus éthique) ou dénoncer le capitalisme (pour le remplacer par quoi?). Mais si vous renoncez à voir tout en noir ou en blanc, vous pourrez vraiment passer à l’action. Tout en reconnaissant la cupidité et l’aveuglement du milieu, comment un leader peut-il encourager ses employés à remettre en question les décisions, à penser à long terme et à tenir compte des conséquences de leurs actes? Comment trouver le courage de parler quand il le faut? Quelles mesures réglementaires permettent de contenir les débordements?

Marge de manœuvre (Margin Call),
qui met en vedette Kevin Spacey, dresse un portrait beaucoup plus nuancé de Wall Street. Ce film de 2011 aborde le même sujet, mais de l’intérieur d’une banque d’investissement. On y voit de jeunes courtiers, de vieux cyniques, des ambitieux – hommes et femmes – qui gravissent les échelons (pour les dégringoler ensuite). On voit de quoi est faite la culture de Wall Street, comment elle façonne les comportements et les décisions. On voit enfin le prix qu’il faut payer pour travailler dans ce milieu.

Le visionnement de Marge de manœuvre dans mon cours d’éthique provoque toujours des débats animés entre les étudiants. Je n’ai toutefois pas l’intention de leur proposer Le casse du siècle – non que le film soit mauvais, mais les débats éthiques qu’il pourrait susciter seraient bien ténus.

À propos de l’auteur

Karen Wensley


Karen Wensley, MBA, est chargée de cours en éthique professionnelle à l’Université de Waterloo et associée retraitée d’EY.

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