Code culturel

En entreprise comme ailleurs, certains milieux ont leur code secret. Et pour les comptables formés à l’étranger, ces règles implicites font parfois obstacle à la réussite. Que fait CPA Canada pour leur prêter main-forte?

Au Canada, plus d’une personne sur cinq est née à l’étranger. Nous accueillons bon nombre d’immigrants : tant mieux, car le taux de croissance démographique sera presque nul dans 20 ans. Et sans l’aide de leurs collègues venus d’ailleurs, les comptables professionnels d’ici ne pourront suffire à la tâche au cours des 10 prochaines années.

« Nous avons mené une analyse des besoins et passé en revue les données de recrutement. Le verdict? Un net déséquilibre entre l’offre et la demande », avance Tashia Batstone, vice-présidente, Formation, CPA Canada. « Nous aurons donc grand besoin d’effectifs étrangers en renfort. »

EXPÉRIENCE VECUE

Il y a davantage de ressources pour les nouveaux venus que dans les années 1990, période où Hipolito Alibin Jr. est arrivé des Philippines. Selon M. Alibin, CPA, CGA, président du Manitoba Filipino Business Council, il serait souhaitable d’aller plus loin : « Les organismes gouvernementaux font des efforts louables et offrent d’excellents ateliers d’accueil, mais beaucoup de comptables étrangers se demandent encore comment s’intégrer. »

Prag Deep, CPA, CA, CGA, née en Inde, est aujourd’hui directrice principale au bureau de Toronto d’EY. À son arrivée à Montréal, elle a dû se retrousser les manches et repartir à zéro, alors qu’à Delhi, elle avait son propre cabinet, qui comptait une centaine de clients. Elle s’est résignée à accepter un emploi temporaire de commis comptable : « Ensuite, pour la première fois de ma vie, j’ai été congédiée après une vague de compressions, avoue-t-elle en riant. Voilà qui m’a ouvert les yeux! »

De fait, Mme Deep ne connaissait guère la culture d’entreprise dans son pays d’accueil. Déroutée, elle hésitait à employer le prénom de son directeur pour s’adresser à lui, et s’inquiétait d’être tour à tour débordée et oisive. Aurait-elle commis d’impardonnables bévues? Chez EY, où elle a été embauchée après avoir compris qu’elle avait tout intérêt à s’adresser à un recruteur, un collègue l’a enfin rassurée : en comptabilité, les accalmies périodiques sont monnaie courante.

ENCADREMENT D’ABORD

CPA Canada entend encadrer les comptables formés à l’étranger, comme M. Alibin et Mme Deep. « Nous voulons nous assurer qu’ils possèdent les outils nécessaires pour trouver un emploi ici », affirme Mme Batstone.

De là l’idée d’une formation sur la culture comptable, pour faciliter l’intégration. Fruit de 18 mois de travail, le cours en ligne de sept modules, intitulé Guide to Accounting Business Culture: Adapting to the Canadian Accounting Workplace, a été intégré à Brightspace, le système de gestion de l’apprentissage de CPA Canada.

Cet atelier accéléré permet aux comptables et aux étudiants étrangers de se familiariser avec les particularités du milieu des affaires et de la comptabilité au Canada. Il est offert gratuitement aux participants inscrits au Programme de formation préalable, au Programme de formation professionnelle ou au Programme avancé en comptabilité et en finance de CPA Canada. Tout autre intéressé peut s’y inscrire, moyennant des droits modiques.

Visuel, dynamique et interactif, le cours se fonde sur des recherches auprès d’employeurs canadiens, de comptables formés à l’étranger (à la recherche d’un emploi ou déjà titulaires d’un poste) et d’employés de divers cabinets.

« Nous avons fait le point sur les divergences entre les employeurs et les comptables formés à l’étranger », affirme Marie Gervais, Ph. D., experte de l’apprentissage en ligne et des compétences interculturelles, qui a contribué à l’élaboration du programme. « Il y a des attentes implicites et des marchés cachés au Canada. Nous voulions lever le voile sur ces règles invisibles afin d’aider les nouveaux arrivants à se tailler un franc succès. »

SAVOIR-FAIRE ET SAVOIR-AGIR : ADAPTATION AU MARCHE

Le cours, qui offre des conseils sur le curriculum vitæ, les techniques d’entrevue, l’avancement de carrière et l’éthique, met l’accent sur la communication interculturelle et la gestion des conflits au travail.

« L’essentiel, ce sont les savoir-agir, affirme Mme Gervais. La formation aide chacun à tirer profit de son bagage culturel et à adapter ses pratiques au contexte canadien. »

Le programme a été testé par dix comptables formés à l’étranger, dont quatre ont trouvé un poste peu après. « Une des participantes estime que le cours l’a outillée pour décrocher un emploi, raconte Mme Gervais. En entrevue, elle se rappelait les scénarios vus pendant la formation. »

Il est possible de suivre le cours avant d’arriver au Canada, pour se préparer au marché.

Le nouveau Programme avancé en comptabilité et en finance (PACF) de CPA Canada peut aussi aider les immigrants à mettre toutes les chances de leur côté. Seul programme intermédiaire en comptabilité et en finance reconnu au Canada, le PACF offre une formation utile et exhaustive. Bon nombre de comptables formés à l’étranger pourraient être exemptés de certains cours et obtenir leur certificat en six mois.

« Le cours sur la culture et le PACF sont des initiatives charnières qui s’ajoutent à un ensemble de mécanismes créés pour aider les comptables formés ailleurs à réussir ici, souligne Mme Batstone. Nous nous assurons qu’ils bénéficient d’une formation de qualité et de solides compétences, adaptées au marché canadien. Et puis nous leur mettons le pied à l’étrier. »

Vous pouvez voir une vidéo de présentation et accéder à la page Web du cours à cpacanada.ca/guideculturecomptable.

COMPARAISON EQUITABLE

Trois méthodes d’équivalence servent à valider les titres des comptables formés à l’étranger. L’objectif? Évaluer leur dossier avec impartialité et rapidité.

1. Reconnaissance et réciprocité : Les membres d’organismes comptables étrangers signataires d’un accord formel avec une organisation d’origine peuvent être exemptés des exigences de formation et d’évaluation. CPA Canada renégocie actuellement les accords conclus avec des organismes au processus d’agrément fondamentalement équivalent.

2. Protocoles d’entente : CPA Canada négocie aussi des accords formels avec des organismes étrangers dont le processus d’agrément, bien que non fondamentalement équivalent au sien, respecte des normes techniques importantes. Leurs membres obtiendront des crédits d’équivalence et des exemptions bien définies.

3. Évaluation individuelle : Les titres des comptables étrangers non membres d’un organisme signataire d’un accord peuvent être évalués individuellement par l’organisation de la province ou région.

L’information sur les accords et les évaluations individuelles sera compilée dans une base de données nationale par le Groupe de travail national sur le transfert de crédits, qui rassemble les leaders en évaluation, afin d’assurer la cohérence de la démarche.

« Nous sommes fiers de ce cadre d’équivalence », affirme Tashia Batstone, vice-présidente, Formation, CPA Canada. « Nous faisons partie des quelques organisations professionnelles qui appliquent des normes uniformes et harmonisées dans l’ensemble du pays, afin que les titres soient évalués avec équité et cohérence, peu importe où les candidats soumettent une demande. » 

À propos de l’auteur

Jennifer Dawson


Jennifer Dawson est rédactrice indépendante à Hamilton (ON).

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