Salaire minimum : trop, c’est comme pas assez

Une augmentation du salaire minimum risque de freiner l’élan de ceux qu’on cherche à aider : les travailleurs au bas de l’échelle.

Imaginez. Vous dirigez une PME qui emploie des travailleurs au salaire minimum. Soudain, on vous annonce que leur taux horaire va passer graduellement de 10 $ à 15 $. Que ferez-vous?

Le lundi matin, vous pourriez être contraint de tenir ce discours à vos employés : « Je suis au regret de vous annoncer que je vais devoir progressivement réduire votre nombre d’heures. Pour que l’entreprise demeure rentable, sa masse salariale ne peut dépasser un certain pourcentage du chiffre d’affaires. Or, les politiciens viennent de hausser le salaire minimum. À première vue, c’est une bonne nouvelle, mais en réalité, si je dois tous vous augmenter de 30 %, je ne pourrai plus vous donner autant d’heures, car nos ventes, elles, n’ont pas bougé. Je vais donc devoir trouver une autre solution pour compenser. Je suis désolé, mais en même temps, je n’y peux rien. »

Voilà pour les grands principes de la gestion d’entreprise, que les nombreux – et de plus en plus bruyants – partisans d’un salaire minimum à 15 $ semblent oublier.

Bien sûr, les travailleurs qui conserveront leur emploi (et autant d’heures qu’avant) auront de quoi se réjouir. Mais pensons aux laissés pour compte, souvent des étudiants ou des employés sans expérience, dont la productivité ou les compétences ne justifient pas un taux horaire de 15 $. Cela revient à leur dire : « Vous n’avez plus le droit d’offrir vos services contre un salaire inférieur à 15 $ de l’heure. »

Imaginons maintenant une échelle à laquelle on grimpe, comme on gravirait les échelons du marché du travail. Hausser le salaire minimum revient à éliminer le premier barreau. Or, on y pose le pied afin d’entrer sur ce marché et d’y faire ses premières armes. Pour monter à l’échelle, il faudra désormais se mettre sur la pointe des pieds et atteindre un barreau encore plus haut, hors de portée pour la plupart des débutants.

Quel sera alors le « juste » salaire que touchera un travailleur au bas de l’échelle? Difficile à dire. Seuls les acteurs du marché, plus que les politiciens, seront à même de le déterminer. On a d’ailleurs vu cette fameuse « main invisible » à l’œuvre récemment aux États-Unis. Les géants Walmart, McDonald’s et Target ont tous annoncé des hausses du salaire de base. Pourquoi cet élan de générosité? Parce que la main-d’œuvre de qualité commence à se faire rare dans ces secteurs, si bien que les principaux employeurs se font concurrence pour l’attirer et la fidéliser.

LA REVANCHE DES ROBOTS

Aujourd’hui, une autre menace pèse sur les travailleurs sans grande expérience ni qualification : la robotisation. Les innovations technologiques s’accélèrent et leurs coûts baissent. Désormais, l’entreprise peut remplacer ses employés qui exécutent des tâches simples par des robots qui lui coûteront, à terme, bien moins cher. Pensons aux caisses automatisées dans les supermarchés et aux guichets de cinéma avec écran tactile qui nous évitent de faire la queue au comptoir.

Dans les grandes chaînes de restauration rapide, les salaires représentent près du tiers des coûts. Résultat? La direction envisage aujourd’hui de recourir à des « burger-flipping robots », des robots cuisiniers capables de préparer et d’emballer un hamburger en quelques secondes, consciente que la menace d’une majoration du salaire minimum plane, rapportait le Washington Post l’an dernier.

Alors oui, il est noble de vouloir améliorer le sort de ses concitoyens défavorisés, et un relèvement marquant du salaire minimum irait dans ce sens, en théorie du moins. Mais doubler le taux horaire (ce que souhaitent certains aux États-Unis) ou le faire grimper à 15 $ (au Canada) risque plutôt de freiner l’élan de ceux qu’on cherche à aider : les travailleurs au bas de l’échelle.

À propos de l’auteur

David Descôteaux


David Descôteaux est chroniqueur économique dans la région de Montréal.

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