Quand instinct et logique se marient

Directeur financier de Cineplex depuis plus de dix ans et, de son propre aveu, incorrigible bourreau de travail, Gord Nelson parvient rarement à s’arrêter. C’est pourtant en vacances qu’il a appris « la » nouvelle : « J’ai reçu un appel de Toronto, et mon sang n’a fait qu’un tour. Une urgence au bureau! Mais non. »

C’était en réalité un représentant de FEI Canada, un forum de dirigeants financiers, qui l’informait qu’il avait été nommé directeur financier canadien de l’année 2016! « La récompense suprême après toutes ces années d’apprentissage à la dure, en contexte difficile », explique-t-il. À ses débuts chez Cineplex, en 1988, la situation était désastreuse. « J’ai consacré les dix années suivantes à lâcher du lest, à vendre des actifs non essentiels afin d’assurer notre survie. » Devenu cadre supérieur, il a piloté un processus de restructuration d’où a émergé une toute nouvelle équipe de direction. Comme chef des finances, il a pu réaliser un rêve de longue date : « Nous avons adopté une culture d’innovation. Toutes nos recrues devaient l’avoir dans le sang. »

Pour M. Nelson, innover, c’est combiner intuition et analyse objective des occasions. « Nous prenons nos décisions avec discipline », dit-il, en parlant de l’équipe de développement des affaires qu’il dirige. À preuve, la pénétration de Cineplex dans le secteur émergent du sport et du jeu électroniques en ligne ou « eSports ».

« La société que nous avons acquise perdait de l’argent, mais tous les indicateurs montraient son immense potentiel de succès. » Pourquoi l’avoir achetée? « Parce que les joueurs veulent réseauter en ligne », répond-il.

M. Nelson a dirigé d’une main sûre d’autres projets novateurs, comme celui du Front Row Centre : les clients participent à des événements en direct sur écran géant. « Les cinéphiles d’aujourd’hui aspirent à vivre une expérience unique », ajoute-t-il.

Vu l’évolution débridée du monde du divertissement, M. Nelson priorise la planification, jugée incontournable. Constatant que les médias en ligne tels que Netflix étaient là pour rester, il a réagi au quart de tour : « Nous avons créé notre propre boutique numérique, où le client télécharge divers contenus. »

Après 28 ans chez Cineplex, en cette époque de virages professionnels fréquents, Gord Nelson fait figure de vieux routier. Il garde son cap : « Bien soudée, notre équipe forme presque une famille. » Et être chef des finances d’une grande organisation lui colle à la peau. Lorsqu’il avait 12 ans, voyant qu’il était doué pour les chiffres, ses parents lui ont donné un budget et un cahier de comptes où passer ses écritures. L’exercice l’a obligé à allier la logique des mathématiques à l’autonomie, pour conclure des achats parfois impulsifs, certes, mais toujours judicieux : « Bref, on m’a préparé dès ma plus tendre enfance à exercer des fonctions financières. »