En avant, marche!

Gerry Dragomir et Mathieu Bilodeau sont d’accord : tant qu’à marcher à Rio, autant y aller à fond.

Il y a 20 ans, en mal de défi, Gerry Dragomir a décidé de viser haut et s’est donné pour but de monter  sur un podium, coûte que coûte. Obstiné, il a tenu son pari. À près de 65 ans, il peut se remémorer des succès retentissants – et rêver de gloire olympique – dans une discipline à laquelle il n’avait jamais songé auparavant : la marche athlétique.

La marche de fond exige un déhanchement rythmé déroutant, voire comique, aux yeux des profanes, mais ce sport d’une précision mécanique demande d’exceptionnelles qualités d’endurance physique et psychologique. La discipline fait l’objet de compétitions internationales depuis 1880 et a fait son entrée aux Jeux olympiques en 1904.

« Je voulais absolument arriver premier dans une compétition des maîtres avant de fêter mes 70 ans », souligne Gerry Dragomir. Associé fondateur du cabinet Pace Accounting de Vancouver, il a la tête dure. À preuve, les heures innombrables qu’il a passées à s’entraîner, animé par le désir farouche d’atteindre le sommet. À 59 ans, il a remporté l’épreuve du 10 km aux Championnats du monde des maîtres de 2010, à Kamloops, en Colombie-Britannique : « Mission accomplie! J’étais aux anges, puis, trois quarts d’heure après, vidé mais comblé, j’ai décidé de tourner la page. »

Et pourtant, ce n’était que le début. Depuis 2001, M. Dragomir entraîne des marcheurs en herbe, convaincu que les Canadiens peuvent affronter – voire battre – des athlètes d’élite russes et chinois. Aujourd’hui, nommé entraîneur de l’année 2014 par l’Association canadienne des entraîneurs, il a pris sous son aile trois marcheurs fin prêts pour les Jeux de Rio. Deux ont raflé l’or et l’argent aux Jeux panaméricains de 2015 à Toronto, et un autre a remporté la première médaille de bronze du Canada dans une compétition internationale aux Championnats du monde, en Chine. Défiant ses adversaires de Rio, le trio de M. Dragomir a récolté  la médaille d’argent en équipe aux Championnats du monde de mai, à Rome.

Mathieu Bilodeau, CPA à MEG Energy, de Calgary, et représentant du Canada dans la terrible épreuve du 50 km marche à Rio, faisait partie de l’équipe médaillée d’argent à Rome. Même s’il ne pratique la marche athlétique que depuis mars 2014, l’ex-triathlonien de 32 ans croit qu’être un CPA contribue à sa réussite comme marcheur. « Après 35 kilomètres, c’est tellement pénible qu’il faut une rigueur de comptable pour finir les 15 derniers, plaisante-t-il. Je compte pour oublier la douleur. » Ce natif de Québec est reconnaissant à MEG de lui avoir accordé un long congé : depuis la fin de l’hiver, le marcheur infatigable s’entraîne en vue de Rio. « Je me levais à 4 h, je marchais 30 km, j’allais travailler, puis je revenais à la maison à la marche. Au total, 55 heures de travail et 35 heures d’entraînement par semaine. MEG m’a offert un soutien fantastique. Je suis fin prêt, comme mes coéquipiers. »

Les marcheurs qu’encadre Gerry Dragomir le comparent à un mentor, vu son intérêt pour l’accompagnement de cadres supérieurs. « Je trouve certains entraîneurs sportifs paternalistes, explique-t-il. En fait, j’utilise mon bagage en comptabilité pour planifier l’entraînement. » Se voyant davantage comme un guide, M. Dragomir pose une hypothèse simple afin d’inciter ses poulains à se dépasser : « Je pars du principe que le sportif est un  professionnel, tout comme un cadre supérieur. Il est responsable de sa performance, et l’entraîneur sert de catalyseur. » Les résultats sont concluants.