Quand la culture d’entreprise chasse les « poissons d’eau douce »

La culture d’entreprise au Canada reste essentiellement blanche et masculine, ce qui freine les avancées nécessaires à une prospérité durable.

On parle beaucoup de la faible représentation des femmes et des minorités dans les conseils d’administration et les postes de haute direction des entreprises canadiennes. Pourtant, les dirigeants perspicaces comprennent les avantages concurrentiels de la diversité et son incidence positive sur les revenus et bénéfices. Alors pourquoi la situation ne change-t-elle pas?

La réponse se trouve dans la culture d’entreprise. Malgré tous les beaux discours sur le changement, la culture d’entreprise au Canada reste essentiellement blanche et masculine, ce qui freine les avancées nécessaires à une prospérité durable. Ce n’est pas que nous soyons par nature réfractaires au changement. Nous n’avons tout simplement pas instauré les conditions qui lui sont propices.

Petite analogie. Imaginons que notre culture d’entreprise est un cours d’eau salée dans lequel ont nagé des saumons pendant des décennies. Ceux-ci ne savent pas que l’eau est salée. Pour eux, elle est normale et ils s’y portent à merveille.

Un jour, quelqu’un ensemence le cours d’eau en question de poissons d’eau douce. Au début, ces poissons semblent s’accommoder de leur nouvel environnement, mais peu à peu ils commencent à dépérir. Certains quittent même le cours d’eau en quête d’un meilleur habitat.

Personne ne comprend. L’eau salée convient parfaitement aux saumons, pourquoi pas aux poissons d’eau douce? Ces derniers sentent bien que cette eau les asphyxie, mais comme le sel est invisible, le problème est difficile à cerner.

Pour aider les poissons d’eau douce à respirer et à s’adapter, les saumons leur fournissent de petites bonbonnes d’oxygène. Mais celles-ci alourdissent et ralentissent les mouvements.

Plusieurs d’entre nous sont comme ces poissons d’eau douce qui se sont adaptés. La nage est plus difficile et plus lente, mais nous pouvons tout de même avancer.

Qu’en est-il cependant des poissons d’eau douce qui ont abandonné le cours d’eau salée où ils n’arrivaient pas à survivre? Incapables de remonter le courant aussi vite que les saumons, ils s’étaient mis à douter de leurs capacités. Combien de femmes en entreprise ont vécu la même chose : « Tout le monde nage ici comme un poisson dans l’eau. Il faut croire que c’est moi l’inadaptée »? Combien se sont senties comme des intruses? Beaucoup! Je le sais, cela m’est arrivé.

Pour changer les choses, il faut changer l’eau.

Il n’est ni utile ni pratique d’équiper les femmes et les membres des minorités de bonbonnes d’oxygène, en leur assénant des programmes de formation sur la façon de se conduire au travail ou des activités de réseautage destinées à créer un sentiment d’appartenance à la culture d’entreprise. Nous devons dessaler l’eau.

Tant que nous ne comprendrons pas les effets du sel sur notre culture, nous ne parviendrons pas à établir un milieu de travail ouvert et une société inclusive.

Mais si nous mettons le cap sur une culture d’ouverture, nous pourrons avancer. Notre économie prospérera, la productivité montera en flèche et les innovations foisonneront.

Comment chacun de nous peut-il contribuer à ce dessalage?

Travaillez sur vous-même. Repérez vos propres préjugés. Passez le test d’associations implicites de Harvard. Vous pourriez avoir des surprises.

Observez attentivement la dynamique de groupe. Repérez les grains de sel dans votre culture et mettez en œuvre des stratégies et des moyens pour les éliminer. Tenez vos dirigeants et vous-même pour responsables de l’introduction d’un changement véritable.

Donnez l’exemple du changement. Nous sommes tous responsables, particulièrement les membres de la haute direction, de la culture de notre organisation. Nous devons donner l’exemple du changement auquel nous aspirons.

Nous sommes en 2015. Nos effectifs exploiteront leur plein potentiel pour faire croître nos entreprises, ou ils se sentiront comme des poissons hors de l’eau. À nous de choisir!

 

À propos de l’auteur

Fiona Macfarlane


Fiona Macfarlane est chef de l'inclusivité et associée directrice chez Ernst & Young, en Colombie-Britannique.

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