Les CPG, j’aime!

En ces temps d’instabilité économique, investir dans un CPG est la façon la plus sécuritaire et intelligente de déjouer l’inflation.

J’ai un aveu à faire: j’adore les certificats de placement garanti.

Pourquoi? En matière d’épargne, j’aime enregistrer des gains et je déteste subir des pertes. En tant qu’instruments de placement, les CPG me conviennent très bien. Ils ne perdent jamais de leur valeur, ils constituent peut-être l’aspect des finances personnelles le plus facile à comprendre et ils ne comportent pas de frais cachés.

Un seul problème persiste: le taux d’intérêt courant versé sur les CPG est très faible. Cela permet aux courtiers de les critiquer, car ils préfèreraient vous vendre des produits onéreux, comme des fonds communs de placement.

L'INFLATION

Un des principaux arguments invoqués à l’encontre des CPG est celui de l’inflation. On vous sert habituellement le raisonnement suivant : les CPG rapportent environ 2 % par année, et la hausse de l’indice des prix à la consommation (IPC) est de 2 % annuellement. Votre taux de rendement réel est donc nul. Alors pourquoi investir dans un CPG? Mieux vaut investir dans le marché boursier pour devancer l’inflation.

Or, la réalité n’est pas aussi simple.

Le marché boursier est reconnu pour devancer l’inflation, mais selon l’échéancier envisagé, il n’y arrive pas toujours. En 2008, par exemple, l'indice composé de rendement global S&P/ TSX (qui tient compte des dividendes) a perdu 33 % de sa valeur. Comment cette perte aurait-elle pu aider les investisseurs à devancer le rythme de l’inflation?

Au fil des ans, comment les CPG se sont-ils comportés comparativement à l’inflation? Prenons un graphique montrant, de 1958 à 2014, le taux d’intérêt annuel moyen des CPG de cinq ans (selon la Banque du Canada) par rapport à l’indice d’ensemble de l’IPC. Le taux annuel moyen des CPG a été de 6,78 % et la moyenne de l’IPC, de 3,86 %. Les CPG ont devancé l’inflation, en moyenne, de 2,92 % par année.

En 56 ans, l’inflation n’a dépassé le taux des CPG de cinq ans que quatre fois : en 1974, 1975, 2011 et 2014. Les taux d’intérêt extrêmement faibles des dernières années sont très inhabituels, mais personne n’y peut rien.

Une autre raison pour laquelle j’aime les CPG tient au fait qu’il est logique d’investir dans ce mode de placement. La tendance des taux des CPG à dépasser le taux d’inflation est dictée par la politique monétaire. Autrement dit, les taux d’intérêt évoluent en fonction de l’inflation. En effet, la plupart des banques centrales, dont la Banque du Canada, ont pour mandat de maintenir l’inflation à environ 2 %. Si l’inflation redémarre, la banque augmente son taux directeur (le taux de financement à un jour) pour inciter les banques commerciales à hausser leur taux préférentiel. L’emprunt devient ainsi plus coûteux pour les consommateurs qui, afin de réduire leur dette, dépensent moins. Les prix ont alors tendance à baisser à mesure que l’offre dépasse la demande.

LA DÉFLATION

L’aspect inquiétant, dont les banques centrales évitent de parler, est le contraire de l’inflation : la déflation. Il est beaucoup plus difficile d’inverser la déflation que de freiner l’inflation, car les taux d’intérêt ne peuvent pas vraiment devenir négatifs (quoique certains pays de la zone euro envisagent cette stratégie). Si la déflation pointe à l’horizon, la question du choix d’un mode de placement cède catégoriquement le pas à la préservation du capital. Dans ce cas, les CPG l’emportent haut la main sur le marché boursier, qui est appelé à piquer du nez.

Qu’est-ce que cela signifie pour votre stratégie de placement? Comment pouvez-vous gagner 5 % par année sans risque?

Vous ne le pouvez pas. Quiconque vous promet un taux de rendement garanti de 5 % et plus est probablement l’auteur d’une combine à la Ponzi.

UNE AUTRE STRATÉGIE

Moi aussi, j’aimerais que les CPG rapportent plus que 5 % et dépassent l’inflation de plus que 3 %, mais il n’en est pas question dans un avenir prévisible. Les taux d’intérêt semblent devoir rester bas en raison de l’endettement très élevé des États, des entreprises et des particuliers. Une forte augmentation des taux d’intérêt risquerait d’aggraver la situation d’un grand nombre d’organisations et de particuliers, incapables d’assurer le service de leur dette.

À mon avis, nous devons nous faire à l’idée que nos investissements ne nous donneront pas les rendements élevés et constants qui nous permettraient de réaliser nos rêves de retraite. Mieux vaut adopter une autre stratégie, toujours efficace : vivre selon nos moyens afin d’épargner davantage pour nous assurer une retraite dorée.

Bref, ne cédez pas à l’argument de l’inflation. Il s’agit simplement d’une ruse pour vous convaincre d’investir dans des placements à risque. Compte tenu de l’instabilité économique actuelle, lorsque surviendra la prochaine catastrophe financière, vous vous réjouirez d’avoir gardé votre argent en sécurité.

À propos de l’auteur

David Trahair


David Trahair, CPA, CA, chroniqueur, conférencier et auteur, a publié cinq ouvrages sur les finances personnelles. Son plus récent, rédigé pour CPA Canada, s’intitule Retraite et procrastination : guide de survie. Site web : www.trahair.com

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