Le sempiternel conflit du bois d’œuvre

Absent des médias depuis quelques années, le conflit du bois-d’œuvre est à la veille d’éclater encore entre le Canada et les États-Unis.

Dans l’histoire du commerce international au Canada, aucun conflit avec les États-Unis n’a fait couler autant d’encre ni fourni autant d’emploi aux lobbyistes et avocats que celui du bois d’œuvre. Absent des médias depuis quelques années, ce conflit est à la veille d’éclater encore.

Après neuf années de « paix », les producteurs canadiens craignent que leur entente avec leur voisin du Sud, qui arrive à échéance en octobre prochain, ne soit pas renouvelée (même s’il est prévu que les parties auront un sursis d’un an pour s’entendre). Quand on connaît les puissants groupes de pression qui défendent les producteurs américains, les entreprises canadiennes peuvent s’attendre au pire. En fait, le conflit du bois d’œuvre est un bon exemple pour comprendre l’influence exercée par les groupes de pression derrière les beaux discours sur le « libre-échange » livrés par les politiciens.

Je me suis longtemps demandé pourquoi le groupe de pression des producteurs américains de bois d’œuvre réussissait si bien à convaincre les élus d’imposer des tarifs sur le bois canadien. Après tout, le Canada compte des alliés aux États-Unis, c’est-à-dire les utilisateurs de bois d’œuvre, qui peuvent faire contrepoids au groupe de pression américain. Les constructeurs immobiliers et les détaillants de matériaux de construction, entre autres, veulent pouvoir se procurer facilement le bois d’œuvre canadien, moins cher que son pendant américain. Ces entreprises réunies représentent 30 fois plus d’emplois aux États-Unis que les producteurs. Elles sont aussi plus nombreuses et jouissent de moyens financiers supérieurs à ceux des producteurs de bois d’œuvre. Alors, pourquoi perdent-elles leurs batailles politiques, alors que les producteurs les gagnent?

Les consommateurs américains ne réussissent pas à faire valoir leurs intérêts parce que le bois d’œuvre n’est qu’un intrant parmi d’autres dans leur production. En outre, ces intérêts sont répartis dans différents secteurs d’activité, qui vont des détaillants comme Home Depot jusqu’aux fabricants de meubles, ce qui complique l’établissement de priorités communes. Ces secteurs d’activité sont également disséminés sur le territoire américain, alors que la concentration géographique (dans un comté ou un État) est un critère essentiel pour s’organiser et défendre efficacement ses intérêts auprès des politiciens à Washington.

De leur côté, les producteurs de bois d’œuvre sont concentrés dans les États du sud et de l’ouest des États-Unis. La majorité des politiciens qui ont appuyé les projets de loi visant à restreindre les importations canadiennes viennent de ces régions.

Quant aux producteurs canadiens, ils n’ont pas autant agi en concertation qu’on serait porté à le croire, chaque province ayant un regard différent sur le dossier. En Colombie-Britannique, on trouve de gros arbres de meilleure qualité, alors que dans l’est du pays, les arbres sont plus petits et plus coûteux à couper et à transformer. En outre, la présence de parasites forçait les producteurs à récolter rapidement d’immenses quantités de bois voué à la perte. Étant donné que le bois des producteurs britannocolombiens coûte moins cher, ces derniers peuvent générer des profits, en dépit des quotas et des tarifs.

Les producteurs américains, eux, travaillent de concert. Comment alors mettre fin à ce sempiternel conflit?

La propriété croisée des entreprises nord-américaines de pâtes et papiers, une façon d’« éliminer » la frontière et les inévitables conflits qui s’ensuivent, pourrait s’avérer une solution. Par exemple, rapportait le National Post, l’entreprise canadienne Interfor a récemment acheté un producteur américain dont le pdg a dirigé la U.S. Lumber Coalition, groupe de pression actif dans le conflit. En outre, trois entreprises canadiennes détiennent aujourd’hui 12 % de la production de bois d’œuvre dans le sud-est des États-Unis. Voilà un développement intéressant, à l’aube d’une reprise possible du conflit. Comme le dit l’adage : Si vous ne pouvez les vaincre, joignez-vous à eux!

À propos de l’auteur

David Descôteaux


David Descôteaux est chroniqueur économique dans la région de Montréal.

comments powered by Disqus

Faits saillants

Participez à ce rendez-vous annuel (en anglais) des dirigeants financiers d’OSBL pour obtenir des conseils sur la gestion de votre organisation et tirer parti des connaissances d’experts.

Pour ne rien manquer des principales mesures du #budget2017, suivez CPA Canada sur les médias sociaux et regardez notre vidéo en direct.