13 CPA dans la famille

Les membres de cette dynastie professionnelle comptent beaucoup... les uns pour les autres.

Par un vendredi soir ensoleillé mais frais de juin, Matthew Cassidy et Cheryl Molyneaux échangent leurs anneaux dans la majestueuse cathédrale Saint-Dunstan. Cette basilique centenaire de style gothique français, dont les flèches cuivrées atteignent 61 mètres, est un des points de repère les plus visibles de Charlottetown (Î.-P.-É). Il s’agit donc de l’endroit idéal pour célébrer le mariage d’un des membres de la famille qui a déjà été décrite par le Globe and Mail comme étant à l’Île-du-Prince-Édouard ce que les Kennedy sont à Boston.

L’événement réunit la fine fleur des entrepreneurs des Maritimes. Ainsi sont présents les parents du marié, Mary Jane Murphy-Cassidy et Mike Cassidy, propriétaires de la société de location d’autobus Coach Atlantic Group, de l’agence de visites guidées Prince Edward Tours et du service de transport public de la province, Trius Transit. Les oncles du marié participent également : Daniel Murphy, qui possède les 20 établissements Tim Hortons de l’Î.-P.-É., 30 restaurants Wendy’s et 9 hôtels; D’Arcy, Stephen et Joey Murphy, qui détiennent des franchises Tim Hortons dans les Maritimes, à Ottawa et en Alberta; Kevin Murphy, qui est propriétaire de la brasserie PEI Brewing Co. où les 165 invités de la noce vont se rassembler pour les noces.

Ce mariage revêt une importance toute particulière pour les parents. Non seulement leur fils aîné Matthew est le premier de leurs quatre enfants à se marier, mais son épouse devient la cinquième comptable de leur famille immédiate. En effet, Mary Jane, 54 ans, Mike, 61 ans, ainsi que leurs fils Matthew, 27 ans, et Stephen, 25 ans, sont tous CPA. Et le benjamin, Ryan, 22 ans, compte décrocher le titre à la fin de ses études, dans deux ans.

Et lorsqu’on regarde la famille élargie, force est de constater que la comptabilité est bien ancrée dans la parenté. Deux des oncles de Matthew sont comptables, de même que six de ses cousins (ou cousins par alliance). Cheryl devient donc la treizième CPA de ce clan remarquable.

Tout a commencé avec la grand-mère maternelle de Matthew, Kathleen Keefe Murphy (« Grammie » pour ses 28 petits-enfants et 7 arrière-petits-enfants). Née en 1927, benjamine de 16 enfants, elle a survécu à la Grande crise et étudié à l’Université Saint Dunstan de Charlottetown où, en 1949, elle a été l’une des premières femmes à obtenir un diplôme en sciences. Ni elle ni son mari, Bill (également diplômé en sciences), n’ont opté pour la comptabilité, mais leurs huit enfants (Shawn, D’Arcy, Danny, Kevin, Michael, Stephen, Mary Jane et Joey) étaient tous doués pour les chiffres.

Comptoir limonade 

L’esprit d’entreprise de ces enfants s’est manifesté très tôt. Faisant fi du traditionnel comptoir à limonade, ils achetaient des bouteilles de cola en grande quantité, les transportaient dans une glacière sur leur voiturette et les vendaient aux ouvriers de la construction qui trimaient sous un soleil de plomb. Kevin (toujours actif dans le secteur des boissons avec la PEI Brewing Co.) dirigeait les opérations. Les enfants recrutaient de nombreux clients, au grand dam du propriétaire du camion-traiteur qui circulait dans le voisinage. « Ni mes frères ni ce traiteur n’appréciaient la concurrence », se souvient Mary Jane. C’était leur première expérience du monde des affaires.

Grammie Kathleen a inculqué l’amour de l’étude à ses enfants, qui ont tous obtenu un diplôme universitaire. « C’est ce qu’on attendait de nous; il n’était pas question de s’y soustraire », dit Mary Jane. Cinquième enfant des Murphy et maintenant âgé de 57 ans, Michael embrassa le premier la carrière comptable. « Il a choisi la comptabilité, puis Stephen et moi avons suivi peu après, se rappelle Mary Jane. Notre mère disait que le titre de CA menait à tout. »

Lorsque Michael se présente à l’Examen final uniforme (EFU) il échoue. Un an plus tard, il le passe à nouveau, avec succès, en même temps que son frère cadet Stephen. Cette fois, c’est le cadet qui échoue. « Quand les garçons échouaient, on avait l’impression d’une veillée funèbre à la maison », souligne Mary Jane. Après avoir voyagé, travaillé en entreprise et même lancé et acheté une importante compagnie d’assurance, Michael est revenu à l’Î.-P.-É. pour se joindre à la florissante entreprise hôtelière de la famille. Entre-temps, Stephen, aujourd’hui âgé de 55 ans, a lui aussi réussi l’EFU à son deuxième essai en 1984, puis a imité son frère Danny en achetant une franchise de Tim Hortons à Ottawa.

Arbre généalogique 

Après que les frères de Mary Jane eurent quitté l’université, un professeur de comptabilité, Ab Ferris, a suggéré à cette dernière de postuler un emploi au sein de son cabinet. Ferris & MacPherson ne comptait alors que quatre comptables et six étudiants, dont Mike Cassidy, qui a conduit l’entretien d’embauche de Mary Jane (et l’a chaudement recommandée). Mike et Mary Jane avaient étudié ensemble. Tous deux se sont présentés à l’EFU en 1985. Mary Jane a réussi, mais pas Mike. L’année suivante, il se reprend, avec succès. En 1987, il épouse Mary Jane.

L’histoire se répète chez les membres de la deuxième génération de CPA du clan Murphy-Cassidy. Si Shawn et D’Arcy, les deux fils aînés de Grammie, ne sont pas devenus comptables (mais plutôt hommes d’affaires), ils ont eu chacun deux enfants qui ont embrassé la profession, et deux de ces quatre enfants ont aussi épousé des comptables. Quant aux trois fils de Mary Jane et de Mike, ils ont suivi l’exemple de leurs parents.

Comptoir cola 

En fait, lorsqu’ils étaient à l’école primaire, certains signes laissaient déjà croire que les trois garçons obtiendraient un jour leur titre. Toujours à l’affût de façons de lancer une société rentable (à l’instar des frères Murphy dans les années 1960), les trois avaient eux aussi monté une entreprise de vente de colas. Ils empilaient dans leur voiturette des caisses de boissons gazeuses froides (et des brioches fraîches à la cannelle faites par Mary Jane) à l’intention de travailleurs de la construction. Ryan tenait un bilan sommaire et faisait le rapprochement entre les prix et les ventes. C’était sa première expérience comptable. « J’ai gagné plus de 200 $ en deux semaines, mais j’ai déchanté quand maman a pris plus de 100 $ de mon chiffre d’affaires, raconte-t-il. Je trouvais cela injuste, mais elle m’a expliqué qu’elle avait payé les boissons gazeuses et les ingrédients des brioches, et qu’il ne me resterait rien si elle se faisait aussi rémunérer pour le temps qu’elle avait consacré à l’entreprise. Bref, j’ai aimé le principe comptable des revenus, mais pas celui des dépenses. »

À l’Université de l’Î.-P.-É., les trois fils Cassidy ont appris la profession sous l’égide de leur père Mike, un des professeurs de comptabilité les plus respectés de l’université (où il enseigne toujours). « C’étaient des premiers de classe, note fièrement Mike. Matthew et Stephen ont terminé avec une note de 98 %, et Ryan, avec 99 %. »

Matthew a rencontré Cheryl à l’université. Le lendemain de la remise des diplômes, ils ont commencé à sortir ensemble. Elle étudiait afin d’obtenir le titre de CMA et lui, celui de CA. En juin dernier, plus d’un an après avoir réussi l’EFU, Matthew a dit à son père qu’il était prêt à se joindre à l’entreprise familiale. Le Coach Atlantic Group avait justement besoin d’un nouveau chef des finances et, vu ses antécédents, Matthew a été accueilli à bras ouverts. Il est vice-président, Finances et fiscalité, depuis un an.

Dîners animés

Aujourd’hui, la famille ne rate pas une occasion de parler affaires : autour de la table, pendant les vacances, etc. « Enfant, lors des repas, j’écoutais mes oncles et mes parents parler de la situation de leurs entreprises. Cela me fascinait, se souvient Matthew. C’est la même chose aujourd’hui. Nous avons la chance d’avoir un excellent réseau de soutien et de pouvoir nous consulter mutuellement. Nous savons quoi demander et, surtout, quoi ne pas demander. »

Lorsque ses trois fils parlent affaires à table, dit Mike, cela donne « des conversations passionnantes sur nos entreprises et nos secteurs d’activité respectifs. Qui achète, qui vend, etc. ». Cela dit, la famille est consciente des stéréotypes associés aux conversations que peut avoir un groupe de comptables. « Mes amis disent en plaisantant que nos rencontres familiales doivent être follement amusantes, puisque nous sommes si nombreux à parler fiscalité », reconnaît Michael. La famille elle-même a l’habitude de blaguer en se demandant, à chaque période de production des déclarations de revenus, qui parmi les treize CPA préparera celle de Grammie (même si c’est Mary Jane qui la prépare « depuis une éternité »).

Si les affaires font partie intégrante de leur vie, tous ont appris l’importance des valeurs et de l’entraide familiales bien avant la comptabilité ou l’entrepreneuriat, affirme Matthew. « Les entreprises familiales peuvent mal tourner, mais ce n’est pas notre cas. Notre réussite est davantage axée sur nos valeurs fondamentales que sur le solde de notre compte bancaire. »

Précieux conseils

Avoir des oncles, une tante et des cousins qui travaillent dans le même domaine constitue un grand avantage, car les conseils abondent. « Quand j’ai entrepris le programme en vue de l’agrément, deux de mes cousins venaient d’obtenir leur titre. Je trouvais rassurant que des membres de ma famille répondent à mes questions et me renseignent sur les cours et sur l’examen final », confie Sarah Murphy-Mowbray, 33 ans, CPA à Calgary et vice-présidente, Finances, des franchises Tim Hortons de son père, D’Arcy. (Elle a rencontré son mari, Jim, également CPA, dans un cabinet comptable de Halifax.) « Les CPA de ma famille m’ont vraiment sensibilisée à l’importance du titre. J’apprécie beaucoup de pouvoir parler travail avec des proches qui s’y connaissent. »

Son cousin Paul, 34 ans, vice-président, Finances, de D.P. Murphy Inc. (le groupe de sociétés de son oncle Danny), mentionne que son frère aîné, Kevin, a suivi le programme CPA avant lui et que « ses conseils m’ont beaucoup aidé. Mes oncles et ma tante ont toujours dit le plus grand bien du programme et de la profonde influence qu’il a eue sur leur carrière ». Le benjamin des Cassidy, Ryan, est ambitieux et considère l’obtention du titre de CPA comme « le tremplin d’une carrière en affaires ». Soit dit en passant, il est entré récemment comme étudiant comptable dans le cabinet où ses parents se sont rencontrés, Ferris & MacPherson, devenu MacPherson Roche Smith & Associates. C’est aussi le cabinet où Stephen Cassidy a fait un stage. « Et ça recommence », observe Mike.

Les comptables les plus âgés de la famille sont aussi occupés que leurs héritiers. Michael a pris sa retraite en 2009 pour voyager et jouer au golf à sa ferme de plaisance près de Charlottetown. Stephen a vendu quatre restaurants Wendy’s en 2012 pour se concentrer sur l’expansion de son empire Tim Hortons. Mike et Mary Jane sont toujours actifs dans le secteur des transports.

Les membres de la deuxième génération semblent déterminés à se distinguer dans le monde des affaires, ainsi qu’à devenir parents. Bien que rien n’oblige les plus jeunes à obtenir le titre de CPA et à travailler dans une des entreprises familiales, on peut s’attendre à ce que d’autres CPA s’ajoutent un jour à l’arbre généalogique. Matthew et Cheryl, comme Mary Jane et Mike, ne seraient sans doute pas étonnés de parler un jour boutique avec la troisième génération de comptables de la famille.

À propos de l’auteur

Lisa van de Geyn


Lisa van de Geyn est rédactrice indépendante à Toronto.

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