Hélas, nous ne sommes pas plus pauvres

Malgré l’augmentation démesurée du prix des maisons et la hausse de l’endettement des ménages, les travailleurs de la classe moyenne n’ont jamais été aussi riches.

N’en déplaise aux tenants d’une idée très répandue aujourd’hui, la génération qui suit celle des baby-boomers n’est pas plus pauvre que cette dernière. Oui, dans leur jeunesse, les boomers pouvaient se payer une auto et une grande maison... avec un seul salaire!

Si l’on se fie au revenu moyen par famille, il y a apparence d’appauvrissement. Une récente étude de l’Université de Sherbrooke montre que les familles, du moins celles du Québec, gagnent aujourd’hui un revenu moyen inférieur à celui de 1976. lI y a fort à parier que des résultats semblables se retrouvent dans le reste du pays.

Toutefois, le concept de « famille » pose problème. Le profil de la famille type — ou « ménage » — a bien changé. Par exemple, on compte beaucoup plus de familles monoparentales qu’auparavant. Dans la plupart des cas, ces ménages font baisser la moyenne des revenus, et cet « effet de composition » brouille les résultats.

Dans la même étude, les chercheurs ont décrit les différents types de familles. Contrairement à ce qu’on pourrait croire, après impôts et transferts, tant les familles monoparentales que les familles avec parents en couple, les célibataires et même les personnes âgées gagnent davantage qu’en 1976! Si les « ménages » semblent plus pauvres aujourd’hui que dans les années 1970, c’est simplement parce qu’ils forment maintenant des cellules plus petites.

Une étude de Statistique Canada abonde dans le même sens. Elle révèle qu’en tenant compte de l’indice des prix à la consommation, une fois terminées la vente des actifs et l’acquittement des dettes, la valeur nette médiane des familles canadiennes a augmenté de 44,5 % entre 2005 et 2012.

Est-ce une autre preuve que les Canadiens sont plus riches qu’auparavant? Certes, mais nous y mettons un bémol. Dans ce cas-ci, notre « richesse » provient surtout de la hausse démesurée du prix des maisons partout au pays, et du rebond des marchés boursiers depuis 2008. Certains prévoient que ces deux bulles finiront par éclater, alors que la dette des ménages, qui fracasse chaque jour des records, continue de grimper.

BIENS ET SERVICES COÛTENT MOINS CHER

Il ne fait aucun doute que nous sommes plus riches grâce à notre pouvoir d’achat, même si nous avons parfois l’impression que les biens et services coûtent plus cher. Pourtant, si l’on feuillette un catalogue Sears de l’année 1956, on constate qu’au contraire tout coûte moins cher aujourd’hui.

Le professeur américain Donald Boudreaux, de l’Université George Mason en Virginie, a fait l’exercice et publié les résultats sur son blogue Cafe Hayek. En tenant compte du salaire horaire moyen d’un Américain en 1956, il a comparé les prix de l’époque à ceux d’aujourd’hui. Voici les résultats :

  • Un réfrigérateur de 9,6 pieds cubes coûtait 220 $ chez Sears. L’Américain moyen devait travailler 116 heures pour se le procurer! Aujourd’hui, l’achat d’un réfrigérateur de même taille exigerait 15 heures de travail.
  • Un ouvrier américain du secteur manufacturier devait travailler pendant une semaine et demie (61 heures) pour acheter un téléviseur 17 pouces en noir et blanc. Aujourd’hui, 10 heures lui suffiraient pour se payer un appareil de 19 pouces!
  • Un Américain devait travailler 79 heures pour offrir à sa famille un lave-vaisselle bas de gamme. Aujourd’hui, 15 heures de labeur lui permettraient d’acheter l’équivalent.
Certains disent qu’ils tirent le diable par la queue. Notre consommation excessive, qu’il s’agisse de l’achat d’un téléviseur de 60 pouces ou d’un voyage annuel dans le Sud, pourrait expliquer ce sentiment. En réalité, le travailleur de la classe moyenne n’a jamais été aussi riche!

À propos de l’auteur

David Descôteaux


David Descôteaux est chroniqueur économique dans la région de Montréal.

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