Plan de retraite pour retardataires

Vous avez procrastiné devant votre plan de retraite et cela vous laisse maintenant inquiet. Ne désespérez pas. Il reste du temps et de l’espoir. Voici ce que vous pouvez faire pour vous rattraper.

Les intérêts composés sont la plus puissante force de l’univers, aurait dit Albert Einstein, qui en connaissait un bout au sujet de l’énergie. Bien des conseillers financiers en disent autant de la planification de la retraite, mais c’est surtout pour vous inciter à leur confier votre argent, car plus ils ont de fonds à gérer, plus d’argent ils font.

Internet regorge d’informations (provenant surtout de sociétés de placement) sur la « magie » des intérêts composés. Voici un exemple typique : de 25 ans à 35 ans, Lise a investi 5 000 $ par année dans son REER, soit 50 000 $; de 35 ans à 65 ans, Paul a investi 5 000 $ par année dans son REER, soit 150 000 $. À la fin de cette année, tous deux auront 65 ans. En supposant un rendement annuel de 7 %, le portefeuille de Lise aura atteint une valeur de 602 070 $ et celui de Paul, de 540 741 $. Grâce à un départ hâtif, Lise a donc accumulé 61 329 $ de plus que Paul. Conclusion : commencez sans tarder à épargner en vue de la retraite.

Conseil judicieux, certes, mais certaines circonstances peuvent réduire la pertinence de la stratégie de Lise.

ÉQUATION INVERSÉE

Ainsi, pour bénéficier pleinement de la capitalisation, il faut un taux de rendement élevé, guère une évidence dans la conjoncture actuelle où les taux d’intérêt sont faibles, et le marché boursier, instable. Par exemple, si Lise et Paul n’avaient obtenu qu’un rendement annuel net de 4 %, la valeur de leur portefeuille respectif s’établirait à 210 591 $ et à 303 307 $. Malgré un départ plus tardif, Paul aurait néanmoins accumulé 92 716 $ de plus que Lise.

Et puis, pour commencer tôt à épargner, il faut de l’argent. Or, les personnes de 25 à 35 ans n’ont généralement pas les moyens d’investir 5 000 $ par année. Souvent, ils ont encore un prêt étudiant à rembourser. Devraient-ils commencer à épargner en vue de la retraite avant d’avoir fini de payer leurs études?

Même s’ils ont travaillé pendant l’été ou à temps partiel pendant l’année scolaire et bénéficient d’une aide parentale pour payer leurs études, les jeunes gens ont parfois d’autres engagements financiers, par exemple avec des cartes de crédit. Selon l’Association des banquiers canadiens, 60 % des Canadiens remboursent entièrement le solde mensuel de leur carte de crédit (Abacus Data, décembre 2014). Il en découle que 40 % d’entre nous reportent un solde d’un mois à l’autre, encourant ainsi des frais d’intérêt élevés.

C’est dire que quatre Canadiens sur dix ne peuvent épargner en vue de la retraite et besognent plutôt à rembourser le solde de leur carte de crédit. Car, en ce domaine, la capitalisation joue contre eux : les intérêts sont habituellement intégrés quotidiennement au capital. Le report d’un solde mensuel est donc avantageux pour l’émetteur de la carte, mais nuit aux rêves de retraite du titulaire.

DROITS NÉCESSAIRES

Même en l’absence d’une dette de carte de crédit, il existe un autre obstacle à l’épargne des jeunes : pour commencer à cotiser à un REER, il faut avoir des droits de cotisation. Or, à 25 ans, de nombreux jeunes gens ne travaillent que depuis peu ou n’ont pas encore trouvé d’emploi. Ils n’ont donc pas accumulé suffisamment de droits de cotisation pour commencer à épargner au moyen d’un REER.

En outre, bien des gens dans la vingtaine appartiennent à des tranches de revenu inférieures; ils n’obtiendraient donc qu’un faible remboursement au titre du REER.

En Ontario, par exemple, le taux d’imposition marginal de 2015 sur les revenus compris entre 18 894 $ et 40 922 $ est de 20,05 %. Une cotisation de 5 000 $ à un REER donne droit à un remboursement d’impôt de 1 003 $. Sur un salaire entre 89 402 $ et 138 586 $, le taux d’imposition marginal est de 43,41 %; la même cotisation donnerait donc droit à un remboursement de 2 171 $, soit plus du double.

Supposons toutefois que les jeunes dans la vingtaine ont entièrement payé leurs études avec l’aide de leurs parents, qu’ils vivent selon leurs moyens et sans aucune dette, qu’ils disposent de droits de cotisation à un REER et qu’ils gagnent un bon revenu d’au moins 50 000 $ par année. Serait-il opportun alors de commencer à épargner en vue de la retraite?

Sans doute, à moins qu’ils n’aient besoin d’argent pour autre chose : acheter une maison, se marier, avoir des enfants.

C’est là que le bât blesse : ils ont besoin d’un foyer où vivre et fonder une famille, ce qui est très coûteux. Où trouver l’argent si leur revenu disponible est investi dans un régime d’épargne-retraite?

IL Y A DE L’ESPOIR

Que de nombreux Canadiens tardent à épargner en vue de la retraite ne tient pas à une irresponsabilité financière de leur part. Plus simplement : il est coûteux de vivre et d’élever une famille.

Si vous êtes dans cette situation, peut-être vous demandez-vous comment préparer votre retraite. Certains y renoncent. Ils ne devraient pas, car il y a de l’espoir.

Vous pouvez accomplir énormément en 10 ans, voire en moins de temps, afin de vous assurer une retraite confortable. Les mesures que vous prendrez pendant cette période clé seront déterminantes.

1. Répertoriez et analysez vos dépenses actuelles

C’est l’étape la plus importante d’une planification de retraite; pourtant presque personne ne s’en préoccupe, car nous n’y sommes pas obligés. Aucun organisme public ne nous force à répertorier nos dépenses relatives à l’impôt ou à d’autres fins.

Il est pourtant essentiel d’identifier nos dépenses, car notre situation financière est aussi unique que nos empreintes digitales. Voilà pourquoi une règle empirique, comme celle selon laquelle vous auriez besoin de 70 % de votre revenu préretraite pour maintenir votre niveau de vie à la retraite, ne fonctionne pas. Il est nécessaire de connaître le détail de vos dépenses.

Si vous êtes comptable, vous pouvez facilement retracer et répertorier vos dépenses en téléchargeant vos relevés bancaires et en utilisant une feuille de calcul. En outre, certains sites Web permettent de faire ce travail automatiquement, sans frais. Par exemple, le site www.mint.com d’Intuit Inc., fabricant du logiciel QuickBooks, offre un service gratuit qui vous permet de créer un compte et de lier celui-ci à vos comptes bancaires et cartes de crédit. Puis, ce service télécharge automatiquement vos transactions, les trie par catégorie et affiche les résultats sous forme de graphiques, ce qui vous permet d’analyser vos catégories de dépenses, grandes et petites, et même d’exporter ces données vers une feuille de calcul pour mieux les analyser.

2. Prévoyez vos dépenses futures

Une fois vos dépenses actuelles répertoriées, vous pourrez prévoir vos dépenses probables dans l’avenir, ce qui peut s’avérer encourageant. Pensez d’abord aux dépenses qui diminueront automatiquement, disparaîtront même, au moment de la retraite : impôts sur le revenu, primes versées au RPC et à l’assurance-emploi, cotisations au REER et au régime de retraite, assurance salaire, tenues de ville, nettoyage à sec, déjeuners d’affaires, etc.

Toutefois, votre départ à la retraite n’aura aucune incidence sur de nombreuses dépenses, dont certaines sont particulièrement élevées : prêt hypothécaire, réparations et entretien du logement, taxes foncières, assurance habitation et services publics, prêt et assurance auto, études des enfants et vacances.

Enfin, certains coûts, comme les frais médicaux et dentaires, sont vraisemblablement appelés à augmenter à la retraite. Vous devez en tenir compte, car ils sont inévitables.

3. Efforcez-vous d’éliminer certaines dépenses avant la retraite

Les dépenses obligées pendant un certain temps revêtent une importance cruciale dans la planification de votre retraite. Vous devez vous pencher sur le calendrier de ces dépenses. En quelle année votre prêt hypothécaire et votre prêt-auto seront-ils entièrement remboursés? Quand vos enfants termineront-ils leurs études universitaires?

Dans bien des cas, les gens continuent d’assumer certaines de ces dépenses après leur retraite. Ils ont évidemment des problèmes à payer leurs factures à même leur revenu réduit. La planification de la retraite suppose une diminution des dépenses, non l’opposé. Par exemple, dans la cinquantaine, après le départ des enfants, il n’est certainement pas avisé de faire agrandir la maison.

Il importe de réduire ou d’éliminer ces dépenses avant la retraite. Vous avez un certain contrôle sur une partie de ces dépenses. Vous pouvez accélérer vos versements hypothécaires ou échelonner votre prêt-auto de manière à rembourser entièrement ces prêts avant la retraite.

Dans certains cas, toutefois, vous n’avez guère de contrôle. Si vous financez les études de vos enfants, la durée de la dépense est fonction de leur date de naissance — difficile à modifier!

4. Investissez dans votre REER l’argent économisé grâce à la réduction de vos dépenses
Si vous avez tardé à planifier votre retraite, il importe d’éliminer ou de réduire sans tarder le plus de dépenses possible, souvent invisibles, puis d’investir dans votre REER l’argent ainsi économisé.

Supposons que vous avez 55 ans et qu’il vous reste 10 ans avant la retraite. Vos versements hypothécaires annuels de 24 000 $ seront remboursés dans cinq ans et ceux de votre prêt-auto, de 6 000 $ par année, dans quatre ans. Vous avez deux enfants et votre épargne REEE a servi à financer les études universitaires de l’aîné. Vous payez 12 000 $ par année pour aider votre benjamin qui terminera ses études dans quatre ans.

Pendant la cinquième année des 10 ans précédant votre retraite, vous pourrez investir les 18 000 $ qui partaient auparavant à l’université et chez votre concessionnaire automobile. Une fois votre prêt hypothécaire remboursé, de la sixième à la dixième année, vous disposerez de 42 000 $ par année que vous pourrez placer au lieu de les dépenser. Sur une période de six ans, vous aurez au total 228 000 $ à investir dans votre REER.

5. Réinvestissez dans votre REER tous vos remboursements d’impôt liés au REER
Misez maintenant sur les remboursements d’impôt. Pendant cette période, votre salaire sans doute accru vous hissera dans une tranche d’imposition plus élevée. Cela mettra à votre disposition des droits de cotisation importants en raison des années où vous aurez travaillé sans avoir les moyens de cotiser à un REER.

Dorénavant, réinvestissez chaque année votre remboursement d’impôt dans votre REER.

En supposant que les cotisations à votre REER vous donnent droit à un remboursement d’impôt d’environ 30 % et que vous réinvestissez tous vos remboursements au taux de rendement annuel de 4 %, cela signifierait que les 228 000 $ investis sur une période de six ans atteindraient une valeur de 339 253 $. Il s’agit d’un montant considérable, accumulé en six ans seulement.

Pendant les dix années qui précèdent la retraite, de nombreuses personnes continuent à dépenser sans compter. Par conséquent, elles passeront leur retraite à craindre de manquer d’argent.

Pourquoi risquer d’avoir une retraite comme celle-là, alors que le plan du retardataire est si simple à suivre?

DE COMBIEN D’ARGENT AUREZ-VOUS BESOIN À LA RETRAITE?

Il existe une règle empirique qui dit que vous aurez besoin de 70 % de votre revenu préretraite pour maintenir votre niveau de vie à la retraite. Mais ce n’est pas si simple, car votre situation financière personnelle est aussi unique que vos empreintes digitales. Si la règle des 70 % s’applique à certaines personnes, il en va autrement pour d’autres qui, en s’y fiant, risquent d’éprouver de gros problèmes à la retraite.

Il vaut nettement mieux fonder vos calculs sur les dépenses que vous continuerez d’assumer à la retraite, et non sur un pourcentage arbitraire de votre revenu.

Voici une méthode pour calculer à peu près combien d’argent vous devez épargner en vue de la retraite.

1. Répertoriez vos dépenses annuelles actuelles pour savoir combien vous dépensez et où va votre argent.

2. Prévoyez les dépenses annuelles que vous assumerez à la retraite par rapport à vos dépenses actuelles : soustrayez celles qui disparaîtront, réduisez celles qui diminueront et majorez celles qui augmenteront.

3. Évaluez le revenu annuel avant impôts nécessaire pour couvrir vos dépenses annuelles à la retraite.

4. Évaluez combien d’argent vous recevrez de sources garanties (rentes, RPC et SV).

5. La différence entre les montants 3 et 4 donne le montant annuel à financer à même votre épargne (REER, CELI et autres placements).

La partie difficile : estimez le nombre d’années que vous passerez à la retraite et calculez la valeur actualisée nette des montants annuels à financer en vous servant du taux de rendement attendu de votre REER pendant la retraite, compte tenu de l’inflation.

À propos de l’auteur

David Trahair


David Trahair, CPA, CA, chroniqueur, conférencier et auteur, a publié cinq ouvrages sur les finances personnelles. Son plus récent, rédigé pour CPA Canada, s’intitule Retraite et procrastination : guide de survie. Site web : www.trahair.com

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