Pauvreté 75

On parle beaucoup de l’attrait croissant des dettes pour les Canadiens. Mais on oublie souvent son corollaire, plus inquiétant : la tendance à épargner de moins en moins.

Un samedi matin ensoleillé de 2041. Bob, votre ami de longue date et partenaire de golf depuis 15 ans, sonne à la porte : « Journée parfaite pour un dix-huit trous! lance-t-il. Tu viens avec nous? »

L’envie de jouer vous démange depuis des semaines, pourtant vous laissez tomber d’un ton hésitant : « …Euh… non. » Le regard de votre femme, qui passe près de vous en sortant de la cuisine (elle a entendu la conversation), anéantit en vous toute velléité de changer d’idée. Voilà trois ans que vous ne l’avez pas emmenée en voyage et, de façon à l’amadouer un peu, mieux vaut ne pas la provoquer en allant jouer au golf à crédit…

Vous n’avez plus d’argent, ou presque. Il y a quelques années, fraîchement entré dans le monde des retraités, la réalité vous a frappé comme une tonne de briques : vos maigres REER n’allaient pas suffire pour soutenir la moitié du train de vie auquel votre femme et vous étiez habitués depuis des années. Fini le golf. Fini les voyages. Bonjour la lecture et les parties de cartes (sans mise d’argent, bien sûr)...

RETOUR VERS LE FUTUR

Ce scénario vous semble farfelu? C’est pourtant l’avenir promis à nombre de Canadiens si on persévère dans la voie actuelle.

Avez-vous lu, à ce sujet, l’article de mon collègue David Trahair dans l’édition du mois d’août de CPA Magazine? On pouvait y lire, entre autres, que la proportion des retraités endettés a bondi de presque 60 %, passant de 27 % en 1993 à 43 % en 2012. De plus, les aînés s’endettent parce que leur revenu diminue à la retraite, et ils empruntent pour couvrir les versements hypothécaires et les dettes non garanties.

On parle beaucoup de l’attrait croissant des dettes pour les Canadiens. Mais on oublie souvent son corollaire, plus inquiétant : la tendance à épargner de moins en moins.

Or, si les aînés d’aujourd’hui — qui, pour la plupart, ont moins succombé aux sirènes du crédit — peinent à joindre les deux bouts, j’ai de la difficulté à croire que les plus jeunes, notamment la génération "Mon iPhone en 12 versements", vont faire mieux...

Pour compliquer les choses, nous vivons de plus en plus longtemps. Cela implique une retraite plus longue, donc plus coûteuse. De nos jours, celui qui prend sa retraite peut s’attendre à vivre encore 18 ans. En 2056, ce sera 21 ans, selon les projections d’espérance de vie. Cela oblige à mettre de côté des dizaines de milliers de dollars supplémentaires.

Nos gouvernements pourront-ils venir à la rescousse? J’en doute. À peu près tous les paliers de gouvernement — municipal, provincial, fédéral — sont endettés jusqu’au cou. Et eux aussi ont de sacrés défis actuariels à relever pour remplir les promesses de retraites dorées faites à leurs employés.

COMMENT S’EN SORTIR?

Il n’existe malheureusement pas de solution facile. D’une part, l’État doit laisser ses contribuables respirer un peu. La tendance des dernières années à presser toujours un peu plus le citoyen-citron avec de nouvelles taxes ou de nouveaux tarifs risque d’aggraver le problème pour une majorité de Canadiens, déjà incapables d’économiser une partie de leur salaire.

D’autre part, il faudra trouver une façon d’inciter — voire de forcer — les gens à épargner. Je suis le premier à trouver liberticide l’idée d’une épargne « forcée ». Mais je sais bien que l’État ne laissera pas non plus les gens dormir dans des boîtes de carton la retraite venue. Il interviendra à ce moment-là, et vous devrez payer.

Or, s’il faut choisir entre forcer les moins responsables à épargner tout de suite et obliger les plus responsables à payer plus tard pour les premiers, quel choix vous semble le plus juste?

À propos de l’auteur

David Descôteaux


David Descôteaux est chroniqueur économique dans la région de Montréal.

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