Loyauté n’est pas toujours vertu

Comme l’a montré l’histoire de Nigel Wright, la loyauté peut nuire à l’éthique si l’on accepte en son nom la tricherie, le mensonge ou la malveillance.

Au moment où vous lisez cette chronique, que je dois toujours rédiger deux mois avant sa publication, les élections sont terminées et le nom de Nigel Wright, ancien chef de cabinet de Stephen Harper, est probablement déjà tombé dans l’oubli. Toutefois, à ce moment où j’écris, M. Wright vient tout juste de témoigner au procès de Mike Duffy, et sa loyauté envers le premier ministre me fascine. D’où vient-elle? Est-elle réciproque? Est-elle éthique? Quelles leçons pouvons-nous en tirer sur la loyauté en affaires?

Selon les journalistes, M. Wright était d’une loyauté absolue envers son patron et le Parti conservateur. Sa priorité : limiter les dégâts. J’ai l’impression que ce qui lui a le plus coûté dans cette affaire, ce n’est pas l’émission du chèque de 90 000 $ (une goutte d’eau par rapport à sa fortune), mais bien l’altération de sa perception de lui-même en tant qu’individu intègre. En effet, il a justifié ses actes — notamment le fait d’avoir menti au public — en alléguant que ceux-ci n’avaient pas causé de tort. C’est le discours d’un homme qui ne croit plus en sa droiture.

D’OÙ VIENT LA LOYAUTÉ?

D’où vient cette loyauté de M. Wright, si indéfectible qu’elle l’a emporté sur son sens de l’éthique? Selon mes étudiants, seul l’appât du gain peut motiver un tel comportement, un diagnostic souvent exact dans le cas de hauts dirigeants impliqués dans des tractations pour accroître la valeur de leurs actions ou protéger leur réputation. Or, M. Wright était déjà riche et sa réputation, enviable. Avait-il simplement une foi aveugle dans le gouvernement de Stephen Harper? S’est-il plutôt laissé corrompre par la proximité du pouvoir? Savait-il, quand il a accepté ce poste, qu’il devrait mentir pour protéger son patron?

Curieusement, les membres du cabinet du premier ministre et autres attachés politiques font preuve de loyauté même lorsque celle-ci n’est manifestement pas réciproque. En effet, on a défendu Nigel Wright, mais seulement jusqu’à ce que le scandale menace d’éclabousser le premier ministre; dès lors, j’imagine que M. Wright a accepté de servir de bouc émissaire et démissionné. À présent, on raconte que, seul fautif, il a été congédié. Pour ma part, je n’ai que du mépris pour le patron qui approuve ou laisse faire quelque chose, et demande ensuite à son subalterne d’en porter le blâme. Que ce subalterne soit prêt à se sacrifier pour la cause n’a rien à voir.

En entreprise, lorsqu’un cadre intermédiaire participe à des agissements contraires à l’éthique, il allègue souvent la crainte de perdre son emploi pour justifier son silence face à ces abus; et à cette crainte s’ajoute souvent le désir de continuer de tirer profit de ces agissements. Or, même si l’on trouve difficile de l’admettre après coup, la loyauté entre aussi en ligne de compte. Selon certaines recherches, un chef charismatique peut inspirer une telle loyauté; mais ce ne saurait être le cas du premier ministre actuel.

LA GÉNÉRATION Y EST-ELLE MOINS LOYALE?

La loyauté — envers nos amis, notre équipe, notre chef ou notre pays — est un instinct que nous possédons tous, à des degrés divers. Dès l’enfance, on nous apprend que la loyauté est une vertu, qu’il ne faut pas dénoncer nos amis. Les employeurs l’ont compris : ils mènent des sondages pour savoir si nous aimons notre entreprise, dans l’espoir que la loyauté nous rende fidèles et plus productifs.

Or, la loyauté nuit à l’éthique si l’on accepte en son nom la tricherie, le mensonge ou la malveillance. Un tel coup d’œil peut faire paraître plus positive l’apparente loyauté diminuée de la génération Y comparée à celle de ses parents.

À propos de l’auteur

Karen Wensley


Karen Wensley, MBA, est chargée de cours en éthique professionnelle à l’Université de Waterloo et associée retraitée d’EY.

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