Le fond du baril

Le prix du pétrole va-t-il se stabiliser et, le cas échéant, quand cela se produira-t-il? Un nouveau rapport tente de répondre à ces questions.

Jusqu’à quel point le prix du pétrole peut-il baisser avant que les producteurs ne ralentissent ou n’arrêtent tout simplement leur production, ce qui aurait pour effet d’amenuiser les réserves et de faire grimper le prix? Selon un rapport du cabinet d’études Wood Mackenzie, spécialisé dans le secteur, ce seuil se situe autour de 40 $ US le baril.

Selon l’analyse du cabinet, qui porte sur 2 222 champs pétroliers situés aux quatre coins du monde et représentant 83 % de la production mondiale, lorsque le prix du baril atteindra 40 $ US, 1,6 % des réserves mondiales seront produites à perte. À ce stade, une partie de la production sera suspendue afin de provoquer une « réduction importante des réserves mondiales ».

La majorité des spécialistes s’accordent pour dire que la stratégie de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) semble être d’atteindre ce seuil. Dans le passé, quand les prix commençaient à chuter, les producteurs de l’OPEP réduisaient aussitôt la production pour maintenir les prix au même niveau. Or, cette fois-ci, ils n’ont rien fait.

Comment expliquer cette nouvelle approche? Il ne s’agit que d’une hypothèse, mais nombreux sont ceux qui pensent que l’OPEP tente d’évincer les producteurs de pétrole de schiste américains, qui inondent actuellement le marché avec de nouvelles ressources pétrolières et exercent une pression à la baisse sur les prix. « Pendant des mois, les représentants de l’OPEP ont exprimé leur intention de ne pas réduire les prix, car une telle manœuvre céderait des parts de marché aux producteurs non membres de l’OPEP, lit-on dans un article publié en janvier dans The Wall Street Journal. La plupart des représentants de l’OPEP ont évité de jeter le blâme sur les producteurs de pétrole de schiste, mais les Émirats arabes unis sont formels : les marchés ne se stabiliseront qu’une fois que les prix auront atteint un seuil suffisamment bas pour que le pétrole de schiste ne soit plus rentable. »

Ce moment se rapproche lentement. (À la mi-janvier, le prix du pétrole brut de référence Brent s’établissait à 48,68 $ US le baril.) Mais cela ne veut pas dire que les producteurs de pétrole fermeront le robinet pour autant. La « guerre du pétrole » pourrait bien durer encore un certain temps.