Austérité? Vraiment?

Alors qu’on associe l’austérité à un gouvernement qui se serre la ceinture, jusqu’à présent, qui dit austérité dit surtout hausses de taxes.

Partout dans le monde, on parle d’austérité, et rarement de façon positive. Les compressions qui résultent de cette politique, dit-on, plombent l’économie des pays. Même au Canada, le mot « austérité » est sur toutes les lèvres. Les groupes de pression en font abondamment usage pour contester toute tentative d’imposer une rigueur budgétaire.

L’austérité n’est pas une opinion ou un choix. L’ensemble des pays riches vivent au-dessus de leurs moyens depuis deux ou trois décennies, et les consommateurs comme les gouvernements se sont endettés à des niveaux records, surtout les provinces canadiennes, dont l’Ontario et le Québec. Or, si la loi de la gravité s’applique toujours, on ne peut pas s’endetter à l’infini. Les prêteurs finissent par perdre patience.

Quelle austérité?

Vivons-nous vraiment une ère d’austérité? Quelques pays d’Europe en ont peut-être fait l’expérience, soit par une réelle réduction des dépenses de l’État, conjuguée à des mises à pied. Citons l’exemple de la Grèce, même si les chiffres montrent que les dépenses des gouvernements européens ont continué de croître depuis la crise financière de 2008. La situation est toutefois tout autre dans la plupart des provinces canadiennes.

Par exemple, en Ontario, le gouvernement libéral projette de dépenser 12,5 milliards de dollars de plus que ses recettes prévues, et les dépenses augmenteront de 3,4 milliards $ en 2015. Quant à la dette, elle bondira de quelque 20 milliards $ pendant l’année en cours.  S’il y a austérité dans ce budget ontarien, elle vise plutôt les contribuables. Queen’s Park a en effet haussé les taxes sur les cigarettes, le carburant pour les avions, de même qu’il a augmenté les impôts des mieux nantis.

Au Québec, la période d’« austérité » qui a cours depuis cinq ans s’est essentiellement traduite par une avalanche de taxes et de tarifs pour les citoyens : taxe de vente, prix de l’essence, plaques d’immatriculation, vente d’alcool et de tabac, etc. En 2010, le gouvernement avait prévu fournir 62 % des efforts de retour à l’équilibre budgétaire, et les Québécois devaient contribuer pour la part restante de 38 %. Or, selon les chiffres, Québec n’a fait aucun effort de redressement. Le nombre total de fonctionnaires y est même plus élevé qu’en 2010! 

Mauvaise prescription

C’est là où le bât blesse. Alors qu’on associe l’austérité à un gouvernement qui se serre la ceinture, jusqu’à présent, qui dit austérité dit surtout hausses de taxes. Certaines mesures ont été adoptées pour réduire les dépenses, mais elles demeurent de loin inférieures aux hausses de taxes.

Des chercheurs du Centre for Economic Policy Research, en Europe, ont démontré que ces majorations affectent davantage l’économie en « étouffant » les consommateurs et les entreprises. Les chercheurs en sont venus à cette conclusion en étudiant les résultats de 40 années d’ajustements fiscaux dans les pays de l’OCDE. Ils estiment que seules les réformes fondées sur une réduction des dépenses de la part des gouvernements mènent éventuellement à un redressement budgétaire. Quand un État décide de régler ses problèmes financiers en majorant les taxes ou les impôts, il évite de faire des choix difficiles. En alourdissant la charge fiscale, il mine la confiance des entrepreneurs, ce qui nuit à la croissance économique et à l’emploi. Sans sabrer de façon aveugle, les gouvernements devraient s’attaquer à la colonne des dépenses.

Les groupes de pression, surtout au Québec, descendent dans la rue à la moindre évocation de la possibilité d’éliminer tel ou tel programme. Pourtant, de véritables compressions seront imposées dans les mois et les années à venir. Imaginez la scène quand la « vraie » austérité frappera tous les contribuables...

À propos de l’auteur

David Descôteaux


David Descôteaux est chroniqueur économique dans la région de Montréal.

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