Une situation préoccupante

Les ménages canadiens s'inquiètent peu des chocs financiers que pourrait entraîner la dégradation de l’environnement économique, révèle un sondage de CPA Canada.

Un sondage de CPA Canada auprès des ménages canadiens révèle leur réaction face à la transformation de l’économie canadienne. Ce sondage a été mené en deux phases, durant le printemps 2014 et l’hiver 2015, soit avant et après la baisse marquée du prix du pétrole brut, qui est passé de 115 $ US le baril en juin 2014 à moins de 50 $ US le baril en janvier 2015.

Les résultats montrent que la chute de 56 % du prix de l’or noir ne semble pas inquiéter outre mesure les ménages canadiens, qui n’ont pas vraiment modifié leur façon de gérer leurs finances malgré le nouveau contexte économique. L’étude conclut que les ménages sont vulnérables aux variations économiques, vu l’ampleur de leur endettement, mais que rares sont ceux qui se prémunissent contre un choc financier.

La Banque du Canada est pour sa part très préoccupée, et elle a réduit son taux de financement à un jour à 0,75 % en janvier pour stimuler l’économie. Stephen Poloz, gouverneur de la Banque du Canada, a affirmé récemment que le premier trimestre avait été « atroce » pour l’économie canadienne.

L’étude de CPA Canada est précieuse, car elle ne fait pas que rapporter ce que les Canadiens disent : elle compare leurs perceptions aux mesures statistiques de l’endettement et de la richesse des ménages.

On y traite d’abord de l’endettement des ménages, plus spécifiquement de l’incidence du choc financier pouvant découler de la dégradation de l’environnement économique. On a demandé aux titulaires d’une hypothèque de songer aux conséquences d’une réduction temporaire de leur revenu. Or, 79 % des répondants ont indiqué qu’ils auraient de la difficulté à payer leur prêt hypothécaire si le revenu de leur ménage baissait de 25 % pendant au moins trois mois. Cela veut dire que seulement un ménage sur cinq pourrait continuer à rembourser sans problème son prêt hypothécaire.

Fait à noter, les titulaires d’une hypothèque sont peu susceptibles d’accumuler de la richesse à l’aide de leur maison, car seulement 28 % d’entre eux ont essayé de rembourser leur emprunt plus rapidement au cours des trois dernières années. De plus, seulement 12 % des ménages ont refinancé leur emprunt en diminuant la période d’amortissement.

Bref, nombre de Canadiens ont une maison hypothéquée presque à sa pleine valeur et ne cherchent pas à réduire cette dette. Et nombreux sont ceux qui ne sont pas prêts à faire face aux conséquences d’un événement économique négatif, comme une perte d’emploi ou une hausse des taux d’intérêt.

Le sondage porte également sur les marges de crédit hypothécaire. Ces produits sont une forme de crédit renouvelable qui permet de ne payer que des intérêts et de reporter le remboursement du capital. Le recours à cette forme de crédit n’est pas très répandu : 21 % des ménages ont déclaré disposer d’une telle marge et seulement 15 % ont indiqué avoir un solde impayé sur celle-ci. Parmi les ménages ayant une marge de crédit hypothécaire, 34 % ont répondu qu’ils bénéficiaient d’une limite de crédit de 100 000 $ ou plus, tandis que 24% ont indiqué que leur limite se situait entre 50 000 $ et 99 999 $.

Très utiles, les données sur le ratio du service de la dette permettent de connaître le ratio du paiement des intérêts par rapport au revenu disponible, soit le coût du service de la dette et la capacité d’un ménage à honorer ses obligations d'emprunt. Le ratio du service de la dette, qui était à un sommet de 7,7 % à la fin de la dernière récession, s’établissait à 6,9 % à la fin de 2014. Ce recul n'est pas attribuable à une diminution de l’endettement mais à la baisse des taux d’intérêt, qui a réduit le coût des prêts à taux variable et des contrats à taux fixe. Les variations entre les provinces sont intéressantes : en 2013, la Colombie-Britannique affichait le ratio du service de la dette le plus élevé (8,8 %), et Terre-Neuve-et-Labrador, le moins élevé (5,3 %).

En concluant sur la vulnérabilité des ménages, l'étude ajoute : « Cette conclusion n’est sans doute pas si surprenante : les comportements relatifs aux finances sont largement influencés par les perceptions et, malgré les répercussions défavorables directes du recul des cours pétroliers sur de nombreux ménages canadiens, la combinaison des baisses respectives des prix de l’essence et des taux d’intérêt crée pour certains ménages le sentiment d’être plus à l’aise financièrement. Il faut voir la réalité bien en face. » Je suis parfaitement d’accord avec cette conclusion, et je vous invite à rendre service à vos amis et collègues en leur faisant lire l’étude.

À propos de l’auteur

David Trahair


David Trahair, CPA, CA, chroniqueur, conférencier et auteur, a publié cinq ouvrages sur les finances personnelles. Son plus récent, rédigé pour CPA Canada, s’intitule Retraite et procrastination : guide de survie. Site web : www.trahair.com

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