Peut-on plagier sans tricher?

S’il est clair que le plagiat constitue une infraction sérieuse dans les milieux universitaires, les règles sont différentes dans le monde des affaires.

Tandis que je revois le plan d’un cours que je donne, nommément l’éthique des affaires, j’ai à l’esprit la politique de l’université en matière d'intégrité, politique qui prévoit de graves sanctions en cas de plagiat.

Mais ces sanctions ne suffisent pas à convaincre certains étudiants d’adopter un comportement éthique. Pour repérer les tricheurs, nous devons verser les travaux des étudiants dans un programme informatique, qui les compare à ceux d’autres étudiants ou à des sources publiées.

La politique de l’université se justifie d’un point de vue pratique et éthique. Les universités sont fondamentalement des lieux de formation, mais elles doivent aussi mesurer le rendement des uns par rapport aux autres. Permettre à des étudiants d’obtenir de bonnes notes grâce au travail d’autrui est injuste envers ceux qui n’ont pas triché, et met le système en péril. Les diplômes universitaires seront dévalorisés si les employeurs éventuels ne peuvent être certains que tous les diplômés ont vraiment appris quelque chose.

Les étudiants confondent-ils milieu universitaire et milieu de travail? Dans un cabinet comptable, on attend d’un employé qu’il soit efficace. Besoin d’une note aux états financiers? Trouvez un précédent et changez les noms. Il faut rédiger un avis d’ordre fiscal? Cherchez un document antérieur dans les bases de données, assurez-vous que les faits sont comparables et que la loi n’a pas changé, et copiez tout ce que vous pouvez. Les employeurs, avec raison, ne veulent pas voir leurs employés recommencer ce qui a déjà été fait, et les clients ne veulent pas payer pour quelque chose qui existe déjà. L’auteur cité n’est jamais nommé (d’autant que l’opinion que l’on copie est rarement signée et que, même lorsqu’elle l’est, elle s’appuie sur une version antérieure). Dans ce cas-ci, la notion de plagiat n’existe pas : on considère que la note ou l’avis émane du cabinet, non d’un individu.

Lorsqu’un étudiant achète son essai auprès d’une des nombreuses sources en ligne, il enfreint les règlements universitaires. Or, nous savons tous que l’article signé par un pdg dans un grand journal, sa présentation aux actionnaires lors de l’assemblée générale ou ses notes de service au personnel sont rédigés par le service du marketing ou des communications. On se dit qu’un pdg a des responsabilités plus importantes à assumer, et on peut supposer qu’à défaut d’être ses paroles exactes, les idées exprimées traduisent sa pensée.

Toutefois, même une personne haut placée ne peut pas franchir certaines limites. Un spécialiste des communications peut écrire un discours pour un pdg, mais il ne peut copier mot pour mot l’allocution d’un autre pdg prononcée dans un pays différent. Les cadres supérieurs qui écrivent des livres (par exemple, Sheryl Sandberg de Facebook) admettent maintenant les avoir écrits « avec » un autre auteur (mais qui se souviendra de Nell Scovell, le coauteur de l'ouvrage de Mme Sandberg?)

Quand je demande à mes étudiants s’ils tricheraient pour obtenir une bonne note s’ils étaient sûrs de ne pas se faire attraper, beaucoup ont l’honnêteté d’avouer qu’ils le feraient. Pourquoi? Ils expliquent que les notes constituent un ensemble de règles arbitraires et que meilleurs sont vos résultats, meilleures sont vos chances de décrocher un bon emploi. D’après eux, la définition de la tricherie varie selon le contexte.

On aime croire que l’éthique s’appuie sur un ensemble de principes fondamentaux et universels, mais il est clair que les règles, notamment celles contre le plagiat, dépendent grandement du contexte.

C’est ce qui rend si intéressant l’enseignement de l’éthique, c'est-à-dire le fait d'aider les étudiants à apprendre comment s’y retrouver sur le terrain miné des motivations, des attentes et des normes. La corruption est répréhensible, mais est-ce mal de verser des gratifications aux fonctionnaires de pays étrangers où il faut nécessairement payer pour faire avancer son dossier? Mentir aux actionnaires est répréhensible, mais est-ce mal de lisser les résultats pour répondre aux attentes des analystes? Ne pas payer ses fournisseurs est répréhensible, mais est-ce mal de retarder les paiements pour améliorer sa trésorerie? Cinquante nuances de gris.

À propos de l’auteur

Karen Wensley


Karen Wensley, MBA, est chargée de cours en éthique professionnelle à l’Université de Waterloo et associée retraitée d’EY.

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