Un regard différent

Les comptables canadiens sont appelés à considérer l’activité organisationnelle en regardant au-delà du rapport financier. Des CPA relèvent le défi et se servent de leurs compétences en analyse pour favoriser la durabilité.

Monica Sood est directrice du Secteur environnement du Groupe Banque TD à Toronto. Chargée du programme de réduction de la consommation de papier en 2010, elle a contribué à calculer la consommation de papier de la banque et à fixer l’objectif de la réduire de 20 % d’ici 2015. Elle a déterminé l’information à présenter dans les rapports de responsabilité sociale de TD pour respecter le protocole de la Global Reporting Initiative (GRI), a mené des audits internes des résultats et a collaboré avec les auditeurs externes qui ont vérifié l’information.

Mme Sood a aussi participé à la création d’une vidéo interne encourageant les employés à contribuer à l’effort de réduction, en lien avec la protection de l’habitat forestier. C’est ainsi qu’elle en est arrivée à une équation sans doute nouvelle en comptabilité : 3 032 tonnes de papier (l’objectif de réduction visé d’ici 2015) , chiffre qui équivaut au poids d’environ 16 400 ours noirs.

« Tandis que mes amis comptables calculaient des données fiscales, moi, je transformais du papier en ours », dit Mme Sood en riant. Ses efforts ont rapporté : en 2013, TD a épargné 67 millions de feuilles de papier et réduit sa consommation globale de 15 % par rapport à 2010.

Voilà un exemple de la façon dont les comptables canadiens doivent considérer l’activité organisationnelle dans une perspective plus vaste que celle du rapport financier traditionnel. Le rapport sur la durabilité, ou triple bilan (financier, environnemental et social), s’est imposé depuis que le fabricant de crème glacée Ben & Jerry’s a établi un rapport de responsabilité sociale à la fin des années 1980.

Selon le guide d’introduction de CPA Canada sur le sujet, la divulgation d’informations sur les enjeux et la performance en matière de durabilité par les 200 principales sociétés ouvertes canadiennes a augmenté de 40 % entre 2011 et 2012. Ainsi, 122 sociétés ont présenté un rapport sur la durabilité en 2012, selon le Carbon Disclosure Project (CDP).

Cette tendance répond à la demande des consommateurs et des investisseurs, ainsi qu’aux normes établies entre autres par la GRI, le CDP et le Pacte mondial des Nations Unies. En 2013, 101 sociétés canadiennes ont présenté des rapports à la GRI, comparativement à 72 en 2011. Les sociétés tiennent à figurer sur des listes qui saluent les efforts de durabilité.

« Nous vivons dans un monde interdépendant où des risques et des possibilités peuvent surgir dans une foule de domaines », souligne Susan Todd, associée de Solstice Sustainability Works Inc., cabinet de services-conseils établi à Burnaby (Colombie-Britannique). « Les sociétés prennent davantage conscience de l’incidence importante que des facteurs en amont de la chaîne logistique peuvent avoir sur la valeur de leur marque. »

Les comptables sont de plus en plus appelés à mesurer des facteurs environnementaux et sociaux qui échappaient auparavant à la comptabilité traditionnelle, comme la réduction des émissions polluantes, le bien-être des employés, la diversité et la participation communautaire. On leur demande aussi de mettre leurs compétences à profit dans des domaines non quantifiables.

« Le défi, pour les comptables, consiste en partie à réaliser qu’on peut rendre compte de certaines réalités sans les quantifier, explique Mme Todd. L’apport des comptables va au-delà des seuls chiffres. Notre esprit analytique rigoureux nous permet de décomposer des renseignements qualitatifs en éléments clairs qu’on peut étayer par des éléments probants. » Elle donne l’exemple de l’engagement des parties prenantes, qui ne se limite pas seulement à compter les appels à la ligne d’assistance aux consommateurs. On pourrait demander à un comptable, par exemple, d’examiner l’approche de la société à cet égard. Quel est l’objectif? Qui sont les parties prenantes? La responsabilité appartient-elle au bon niveau de l’organisation? Que font nos pairs? Quels enjeux sont soulevés par les médias?

« Cette démarche nous fait sortir de notre zone de confort, observe Mme Todd. Elle fait appel à de solides compétences comptables, mais d’une façon nouvelle. »

Les comptables peuvent aussi jouer un rôle en menant une analyse de la rentabilité d’initiatives auparavant jugées d’importance secondaire. Des initiatives comme le traitement équitable des employés réduit la rotation du personnel et fidélise le personnel clé. La diversification de l'effectif permet également d’entrer en contact avec certaines collectivités ou de mieux comprendre les préférences des consommateurs.

Un rapport sur la durabilité faisant état de ces enjeux ne relève pas seulement de la divulgation publique : il force l’organisation à préciser sa pensée, explique Mme Todd. « Vos clients ne liront peut-être jamais le rapport sur la durabilité, mais l’information présentée témoigne de la nécessité, pour les sociétés, de procéder méthodiquement à l’interne. »

La conservation de l’énergie et des ressources est un domaine où l’établissement de rapports sur la durabilité coule de source. Et les entreprises canadiennes de l’industrie des ressources, en particulier, sont bien placées pour présenter des résultats à cet égard.

Ainsi, Teck Resources Ltd., géant minier et énergétique établi à Vancouver, privilégie l’amélioration de l’efficacité énergétique pour des raisons tant financières qu’environnementales. La société mesure les résultats de manière à relier les deux objectifs. « Dans la mesure du possible, nous menons des initiatives qui nous rapprochent de nos objectifs de durabilité tout en améliorant notre efficacité organisationnelle », explique Carmen Turner, responsable de la durabilité chez Teck.

Par exemple, la société utilise plus efficacement les camions pour transporter des déchets et du charbon à l’emplacement des aciéries en réduisant le temps d’attente de chargement, en utilisant des bennes plus légères et en améliorant la fluidité de la circulation. Ainsi, Teck épargne de l’argent sur le carburant diesel et favorise la réalisation de son objectif de réduction des émissions de CO2. Mme Turner affirme qu’une hausse de la productivité des camions de 5 % se traduit par une épargne de 24 M$ par année.

Ce n’est là qu’un élément du rapport sur la durabilité 2013 de Teck, rapport qui totalise 130 pages et décrit des programmes touchant les relations avec la collectivité, la sécurité au travail, la gestion de l’eau et la protection de la biodiversité. Certains de ces programmes sont issus de la sensibilisation accrue à l’environnement et des exigences du public.

« Comme nous vivons à l’ère de l’information, explique Mme Turner, tout se sait. Il vaut mieux que vous informiez le public de vos activités et de vos pratiques que de voir une autre partie le faire avant vous. »

D’autres initiatives consistent à établir des relations avec les collectivités touchées par les activités de Teck, un aspect que les résultats financiers ne mettent pas en évidence, mais qui est un élément essentiel de la prospérité à long terme de la société. Par exemple, Teck consacre 1 % de ses gains annuels avant impôts à des investissements communautaires en santé et en éducation, favorise l’embauche à l’échelle locale et a contribué à un fonds de capital-investissement qui soutient les entrepreneurs autochtones.

La Vancouver City Savings Credit Union (VanCity) offre un excellent exemple d’organisation consciente de l’interdépendance des objectifs financiers et non financiers : elle publie un rapport intégré qui fait état des résultats financiers ainsi que des efforts d’action positive auprès de la collectivité. VanCity a recours à un cabinet comptable de l’extérieur (KPMG) pour auditer ses états financiers et fournir une assurance quant à l’information redditionnelle clé.

« Un rapport intégré unique témoigne mieux de notre façon d’exercer nos activités », estime Joanne Westwood, responsable de la reddition de comptes à VanCity. L'institution financière s’est même fixé l’objectif de redéfinir la notion de « richesse » comme mesure du bien-être global, et non seulement des avoirs monétaires.

« Auparavant, la responsabilité consistait plutôt à gagner de l’argent et à apporter sa contribution à la collectivité, explique Mme Westwood. Aujourd’hui, il s’agit de faire en sorte que nos activités aient une incidence positive sur nos membres et sur la collectivité, et d’intégrer ce principe à notre organisation. »

L’information intégrée, que de plus en plus d’organisations adopteront, selon elle, met en relief les disparités entre objectifs financiers et non financiers, ce qui ouvre le dialogue requis pour rajuster le tir.

En 2013, VanCity a dépassé ses objectifs sur le plan de l’embauche de personnes handicapées et du rendement de l’avoir propre des membres, mais n’a pas atteint ceux relatifs à l’engagement des employés et à l’augmentation de l’effectif actif. La présentation de renseignements sur les cibles manquées peut effrayer certaines organisations, mais Mme Westwood croit que l’honnêteté favorise l’amélioration continue.

L’un des objectifs de VanCity pour 2014 était d’accorder 41 % des nouveaux prêts à des organisations ayant sur la collectivité une « incidence positive », notion difficile à cerner, d’où l’importance du dialogue interne.

Après bien des discussions, un groupe de travail chargé d’évaluer les prêts ayant une incidence sur la collectivité a décidé de cibler le secteur immobilier commercial dans le quartier à faible revenu Downtown Eastside, aux prises avec des problèmes sociaux comme la criminalité et la toxicomanie. VanCity a décidé d’éviter de financer des projets qui détruiraient des logements bon marché qui sont loués aux plus démunis.

« Le monde évolue sans cesse, et nous devons nous adapter, soutient Mme Westwood. Nous avons toujours des entretiens très intéressants. »

À propos de l’auteur

Susan Smith


Susan Smith est une rédactrice indépendante établie dans la région de Toronto.

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