The Internet is not the answer par Andrew Keen

Le Web cause plus de mal que de bien, selon ce nouveau livre sur l’Internet.

Vous vous rappelez Marshall McLuhan et son « village global », dont l’interconnexion rapprocherait les populations et favoriserait une responsabilité collective? Si le visionnaire canadien a vu juste en prophétisant la mondialisation, le village n’est peut-être pas la métaphore la plus appropriée d’après Andrew Keen, auteur de The Internet Is Not the Answer. Selon lui, la communauté électronique actuelle tiendrait davantage du « pub de village », où secrets et vie privée sont exposés au grand jour. En effet, on s’aperçoit désormais que les géants du monde moderne — Google, Twitter et Facebook — nous épient et sont devenus les cancaniers d’aujourd’hui, livrant des détails sur notre vie à quiconque veut les entendre.

Évidemment, tout n’est pas mauvais dans Internet, reconnaît M. Keen, commentateur et entrepreneur établi à Berkeley, en Californie. Ce réseau a facilité les communications personnelles et professionnelles à distance, et permis à tout un chacun d’accéder à une vaste quantité d’informations. Une fois cette constatation faite, l’auteur consacre néanmoins le reste du livre à démontrer qu’Internet a causé plus de mal que de bien, en supprimant des emplois, en décimant des industries entières et en accentuant l’inégalité des revenus.

Sa thèse s’appuie sur certains exemples soigneusement choisis : Tom Perkins, de la Silicon Valley, qui, grâce à ses fructueux investissements dans Netscape, Amazon et Google, s’est fait construire certains des yachts les plus luxueux du monde; Jeff Bezos, fondateur d’Amazon, qui a amassé une fortune personnelle d’environ 30 G$ US; Mark Zuckerberg, fondateur de Facebook, qui a dépassé la marque des 30 G$ US en « monétisant l’amitié ».

Pendant ce temps, la moitié des librairies américaines (en activité au milieu des années 1990) fermaient leurs portes. Les détaillants traditionnels emploient 47 personnes par tranche de 10 M$ US de chiffre d’affaires, alors qu'Amazon n’en engage que 14, précise M. Keen. Ces employés (qui ne seraient pas très bien traités ni très bien payés) risquent d’être remplacés par des robots.

L’auteur s’est rendu à Rochester (N. Y.) pour enquêter sur la chute de l’ancien géant Eastman Kodak Co. La plupart des 145 000 employés que comptait la société en 1989 ont perdu leur emploi et, dans de nombreux cas, leur retraite, pendant qu’Instagram poursuivait son expansion. Internet a bouleversé plusieurs secteurs, notamment la musique, l’information, le transport et le voyage.

Pire encore, ajoute M. Keen, les nouveaux seigneurs de la Silicon Valley se sont outrageusement enrichis grâce à des programmes de recherche financés par l’État, comme ceux menés dans les laboratoires gouvernementaux et les universités.

Selon lui, les véritables pionniers de l’ère numérique voulaient créer un monde plus démocratique, non hiérarchisé, qui permettrait à plus de gens de réussir, et non le « néoféodalisme » qui émerge peu à peu.

Le tableau est sombre. Mais au moment même où le lecteur s’apprête à démolir son téléphone intelligent, comme les luddites qui ont détruit les métiers à tisser mécaniques au XIXe siècle, M. Keen laisse entrevoir une lueur d’espoir. Ses solutions : durcir la réglementation, hausser les impôts des plus riches et obliger la nouvelle noblesse à se conduire plus honorablement.

Malheureusement, l’auteur ne réussit pas à nous convaincre que ses solutions, si elles étaient adoptées, parviendraient à corriger la situation.