Le capitalisme, ennemi de l’environnement?

La recherche du profit et la concurrence sont compatibles avec le développement durable.

Un ami qui vit à Toronto est venu me rendre visite à Montréal le mois dernier. Au cours de la soirée, nous avons tenté de régler le sort du monde...

Il a été question d'économie. Mon ami accusait le système capitaliste de tous les maux. J'ai tenté de le convaincre qu'au contraire, ce système et le libre-échange avaient contribué de manière importante à l’amélioration du niveau de vie des personnes à faible revenu. J'ai même affirmé que le capitalisme était extrêmement favorable à l'environnement!

Commençons par une bonne nouvelle, lui ai-je dit. Au cours des 20 dernières années, près d’un milliard de personnes sont sorties de la pauvreté. Selon The Economist, de 1990 à 2010, le taux de pauvreté dans le monde a diminué de moitié, passant de 43 % à 21 %. C'est le capitalisme et le libre-échange qui ont permis aux pays concernés de faire croître leur économie.

« J'admets qu'il y a eu croissance économique, a répondu mon ami. Mais plus on produit, plus on s'enrichit et plus on détruit l'environnement. »

« Pas nécessairement », ai-je répliqué.

Quand on se penche sur les statistiques officielles, on réalise que le niveau de vie des êtres humains et la qualité de l’environnement sont réellement en hausse depuis plus d’un siècle. C'est ce que Pierre Desrochers, professeur adjoint de géographie à l’Université de Toronto Mississauga et chercheur associé à l’Institut économique de Montréal, a démontré il y a quelques années, en s’appuyant sur les données des gouvernements de plusieurs pays et celles des Nations-Unies.

Dans une étude, il notait entre autres que : la qualité de l’air et la qualité de l’eau ne cessent de s’améliorer dans les économies industrialisées, et le couvert forestier est en expansion dans une soixantaine de pays; la production alimentaire a plus que doublé dans le monde depuis 1961, et elle a triplé dans les pays en voie de développement. Depuis 1970, la nourriture consommée par personne a augmenté de 26 % à l’échelle de la planète, et le prix des denrées alimentaires a diminué de près de 66 % depuis le milieu des années 1950. En 1940, les agriculteurs américains produisaient 56 millions de tonnes métriques de maïs en utilisant 31 millions d’hectares de superficie. En 2000, ils en ont produit cinq fois plus (252 millions de tonnes métriques) tout en utilisant 6,5 % de moins de surface cultivée!

De plus, le développement de la production de gaz naturel et l’hydroélectricité ont permis de diminuer considérablement la demande de charbon et de bois de chauffage et ont ainsi réduit la pression sur les forêts et la pollution dans les villes.

La quête du profit

Ces bonnes nouvelles ne sont pas principalement attribuables aux réglementations gouvernementales. Même si celles-ci ont joué un rôle majeur dans ce contexte, ne négligeons pas les avantages de la recherche du profit et de la concurrence, laquelle oblige les entreprises à produire plus avec moins, en innovant afin de réduire les coûts pour rester dans la course.

Prenons l’exemple des constructeurs d'automobiles. Les moteurs à essence sont plus performants et plus économiques qu’auparavant. Certains modèles en développement sont très semblables aux moteurs des véhicules hybrides ou même électriques. Les constructeurs veulent s'approprier une plus grande part du marché, car ils savent bien que les consommateurs veulent économiser sur le prix à la pompe.

Bref, disais-je à mon ami, je ne crois pas que notre système économique soit incompatible avec un développement durable. Au contraire, les deux vont de pair, même si nous devons faire mieux pour protéger l'environnement. Nous devons aussi nous assurer que les catastrophes écologiques, comme l'accident nucléaire de Fukushima, ne soient plus qu’un souvenir.