L’ère des capitaux chinois

En lançant la plateforme de connexion boursière Shanghai-Hong Kong, la Chine fait un pas de plus pour se sortir de l’ombre du dollar américain.

Washington doit se préparer au moment où il ne pourra plus compter sur la Chine comme acheteur massif ― et captif ― des obligations du Trésor américain, souligne un récent article du Financial Times.

Dernièrement, la Chine a fait de multiples tentatives pour s’éloigner du dollar américain, notamment en créant les institutions financières Asia Infrastructure Investment Bank et New Development Bank. Sa plus récente initiative, le lancement de la plateforme de connexion boursière Shanghai-Hong Kong, met en lumière son « grand plan de transformation du paysage financier mondial pour répondre à ses propres besoins », selon le Times.

Cette plateforme permettra aux investisseurs étrangers d’acquérir jusqu’à 300 GҰ (49 G$ US) en titres cotés à Shanghai, et aux investisseurs du continent d’acquérir jusqu’à 250 GҰ en titres cotés à Hong Kong. La Chine n’a jamais pris de mesure aussi audacieuse pour ouvrir son marché financier aux investisseurs étrangers, bien que la plateforme offre surtout aux investisseurs chinois un moyen d’accéder à des actifs internationaux.

La plateforme de connexion boursière Shanghai-Hong Kong vise à contrer le principal obstacle à l’acceptation du yuan comme devise mondiale, soit les rares occasions d’investissement offertes aux détenteurs de la devise chinoise. Au milieu de 2013, les actifs financiers librement accessibles libellés en yuans totalisaient seulement 250 G$ US, comparativement à 55 000 G$ US pour les actifs libellés en dollars américains. À cet égard, le yuan, qui est la devise de la deuxième plus importante économie du monde, équivaut sensiblement au peso philippin.

En outre, la nouvelle plateforme laisse planer des changements plus importants quant à la répartition des capitaux chinois à l’étranger. L’un des principaux objectifs de la Chine consiste à réduire sa dépendance aux bons du Trésor américain, elle qui en détenait pour 1 270 G$ US à la fin de 2013. D’ailleurs, ce placement massif est extrêmement impopulaire en Chine.

Comme les titres s’y échangeront seulement en yuans, et non pas en dollars américains, la nouvelle plateforme de connexion boursière Shanghai-Hong Kong représente pour la Chine une voie de sortie de sa situation difficile. Elle pourra obtenir de meilleurs rendements sur ses recettes d’exportation accumulées en sortant de l’ombre envahissante du dollar américain. La Deutsche Bank parle déjà de « l’ère des capitaux chinois ».