L’imagination éthique

Face à un problème personnel d’éthique, on peut se demander ce que dirait notre mère si elle connaissait la teneur de nos actions. En affaires, cela revient à anticiper ce qui se passerait si l’entreprise faisait la une de l’actualité pour de mauvaises raisons.

Au moment où je rédige ma chronique, l’éthique des affaires fait doublement la manchette avec le scandale Volkswagen et la forte hausse du prix de certains médicaments génériques rarement utilisés. Dans les deux cas, des professionnels se sont servis de leurs connaissances spécialisées (des ingénieurs en logiciels antipollution d’un côté, des scientifiques ayant cerné les médicaments à fort potentiel lucratif de l’autre), et les médias ont présenté des reportages-chocs (automobilistes trompés, prix abusifs). Cette convergence m'a conduite à m'interroger sur le traitement médiatique des affaires mettant en jeu des connaissances spécialisées.

Il est difficile pour les médias d’exposer toutes les subtilités d’une question. Je me souviens avoir donné une entrevue à la radio à propos d’une affirmation du NPD, qui estimait que les impôts différés étaient une échappatoire fiscale dont profitaient des sociétés malhonnêtes. Comment expliquer les impôts différés, à 7 h du matin, à des gens qui se préparent à aller au travail? Je n’ai sûrement fait changer personne d’avis.

Je ne m’y connais pas en logiciels antipollution ni en fixation des prix des médicaments, mais j’ai cherché à comprendre le fond de l’histoire. Les États-Unis semblent imposer des normes très sévères aux voitures diesel, notamment pour protéger les constructeurs américains, qui, eux, n’en fabriquent pas. Les ingénieurs croyaient-ils rééquilibrer les forces en trichant de la sorte? Quant aux fabricants de génériques rarement utilisés, je ne comprends toujours pas pourquoi ils ont tant de pouvoir. Ont-ils des droits exclusifs? Leurs concurrents ne voient-ils aucun avantage économique à produire en si petite quantité?

Que les médias peinent à expliquer les questions complexes peut parfois permettre aux sociétés de rejeter les critiques plus facilement. Il n’en demeure pas moins difficile de cautionner ce qu’on reproche à Volkswagen et à Valeant, ou à d’autres sociétés pharmaceutiques, et je crois que les médias (y compris les médias sociaux) ont un rôle crucial à jouer et doivent dénoncer les manquements à l’éthique afin de les freiner.

Ces manquements ne se font pas sur un coup de tête. Les ingénieurs chargés de la conception de dispositifs antipollution ont d’abord cherché à concilier performance et protection de l’environnement. Quelqu’un a ensuite jugé plus efficace de tricher au test que de peaufiner le dispositif. Les ingénieurs ont franchi les bornes, et la manœuvre a été découverte (par d’autres experts). Mais ce sont les médias qui ont créé le tollé et amené tous les conseils d’administration à s’interroger sur leur propre société.

Pendant des années, les sociétés pharmaceutiques ont justifié leurs prix exorbitants par le coût élevé de la recherche et du développement. Puis, certains fabricants de médicaments génériques (et les investisseurs qui y ont vu une mine d’or) ont profité de la situation pour augmenter les prix de façon astronomique. Les médecins ont dénoncé la situation en expliquant les conséquences pour les patients, et les médias leur ont emboîté le pas, ce qui a suscité la mobilisation du public et des politiciens.

Les choses se déroulent souvent de la même façon. Des scientifiques et des professionnels atteignent de nouveaux sommets; quelqu’un dépasse les bornes par cupidité; d’autres scientifiques et professionnels, souvent employés par le gouvernement ou une ONG, découvrent la tromperie; les médias ébruitent l’affaire; le public se mobilise; les contrevenants reprochent aux médias de simplifier à outrance et de dramatiser, mais remédient à la situation, du moins pendant quelque temps.

Face à un problème personnel d’éthique, on peut se demander ce que dirait notre mère si elle connaissait la teneur de nos actions. En affaires, cela revient à anticiper ce qui se passerait si l’entreprise faisait la une de l’actualité pour de mauvaises raisons. La couverture médiatique serait peut-être simpliste, voire injuste, mais ce recours à l’imagination demeure un des meilleurs « outils » éthiques à notre disposition.

À propos de l’auteur

Karen Wensley


Karen Wensley, MBA, est chargée de cours en éthique professionnelle à l’Université de Waterloo et associée retraitée d’EY.

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