Empire of Deception

Dans son nouveau livre, Dean Jobb retrace l’ascension fulgurante et la chute brutale de l’escroc Léon Koretz.

Après la Première Guerre mondiale, l’économie florissante des États-Unis regorge d’occasions de faire fortune. Leo Koretz, jeune avocat dévoré d’ambition, vit à Chicago, ville en plein essor. Sa famille s’y est installée, après avoir fui l’antisémitisme en Bohême, dans le même quartier qu’Oscar Mayer et Docteur Scholl, entrepreneurs célèbres dont le jeune homme rêve de suivre la trace.

Mais Koretz va trop loin : il devient millionnaire en vendant des actions de Bayano River Syndicate, une société pétrolière inexistante, qu’il prétend posséder au fin fond du Panama.

Dean Jobb, qui enseigne le journalisme à l’Université King’s College d’Halifax, retrace l’ascension fulgurante et la chute brutale de l’escroc. Fruit de recherches méticuleuses, Empire of Deception s’en tient aux faits, mais se lit comme un roman. En commençant par les premières arnaques de Koretz – fausses hypothèques, rizières en Arkansas –, l’auteur décrit son train de vie princier pendant les années du « boum pétrolier », sa fuite en Nouvelle-Écosse et sa fin tragique derrière les barreaux en Illinois.

L’ouvrage brosse le portrait fascinant d’un escroc futé. Le lecteur en vient à connaître Leo Koretz, et même – fait troublant – à admirer son talent pour duper ses proches cupides, qui sont pressés de s’enrichir, sans faire les vérifications adéquates. Ce « nouveau Rockefeller » faisait miroiter des rendements annuels de 60 %, et versait de généreux dividendes, puisés dans les fonds des nouveaux investisseurs naïfs. Excellent comédien, tiré à quatre épingles, il donnait l’impression d’être fabuleusement riche : manoir dans les beaux quartiers, opulents bureaux en ville, Rolls Royce rutilante avec chauffeur, réceptions somptueuses. Bref, on lui confiait des fortunes sans poser de questions. Charismatique et hâbleur, il savait tromper les femmes, tant en amour qu’en finances. Et il a toujours veillé à faire croire que seuls quelques privilégiés pouvaient acquérir ses rares actions.

Coup de théâtre : Koretz abandonne subitement son épouse et ses enfants à Chicago quand les membres de l’« équipe de direction » décident de voir ce qui se passe au Panama. Il leur annonce une surprise – à juste titre! Le fuyard se réfugie en Nouvelle-Écosse, près de Caledonia, se laisse pousser la barbe et adopte le pseudonyme de « Lou Keyte », homme de lettres inventé de toutes pièces. On prend alors plaisir à lire un portrait détaillé et fascinant de la province au début des années 1920. Les riches y jouaient au cricket et dégustaient du thé l’après-midi, et des Américains célèbres, dont le vrai Rockefeller, chassaient l’orignal et pêchaient le thon.

Sur cette toile de fond, la tension monte et on dévore les pages qui nous mènent jusqu’à l’arrestation du personnage. Je puis dire sans vendre la mèche que le fraudeur a été trahi par un détail.

Plus qu’une simple histoire divertissante, Empire of Deception reste une mise en garde d’actualité : même dans un contexte réglementé, les arnaques foisonnent. À preuve : Bernie Madoff.

La plupart des victimes – avocats, banquiers, médecins et entrepreneurs – auraient dû y voir plus clair, mais l’appât du gain les a aveuglés. La tentation est encore là, comme toujours. Que nos lecteurs se rassurent : il semble qu’aucun comptable n’ait été berné.

À propos de l’auteur

Susan Smith


Susan Smith est une rédactrice indépendante établie dans la région de Toronto.

comments powered by Disqus

Faits saillants

Mettez vos connaissances à jour et élargissez votre réseau grâce à ce colloque à ne pas manquer (en anglais), qui porte sur les questions et tendances essentielles pour les membres des comités d’audit.

Dans votre entourage se tapit sûrement une personne surendettée. Si vous êtes observateur, vous reconnaîtrez l’un ou plusieurs de ces symptômes.