Exercice du jugement et pression des pairs

Il est impératif que les étudiants affinent leur jugement professionnel s’ils veulent éviter les ennuis.

Sans pour autant les excuser, on peut remercier les étudiants en médecine dentaire de l’Université Dalhousie qui ont affiché des commentaires misogynes sur Facebook. Ils ont ainsi réussi à donner matière à penser à ceux qui enseignent aux futurs professionnels. La poussière retombe doucement sur les événements, mais les leçons qu’on peut en tirer sont claires.

Les professionnels doivent se plier à des normes élevées

La différence entre cette affaire et des incidents semblables survenus dans d’autres universités, c’est qu’elle s’est produite dans une faculté de formation professionnelle. De nombreux commentateurs se sont demandé si ces étudiants sauront traiter leurs patientes avec respect. Il est affolant de penser qu’un dentiste que l’on consulte faisait peut-être partie des étudiants qui ont évoqué, sur Facebook, l’idée d’utiliser du chloroforme pour abuser des femmes.

Que serait-il arrivé s’il s’était agi d’étudiants au MBA? Bien sûr, on les aurait critiqués eux aussi, et on aurait exhorté l’université à punir les coupables. Mais l’incident serait probablement tombé bien plus vite dans l’oubli. On aurait dit à la blague que ces étudiants allaient s’intégrer parfaitement au monde de Wall Street. Goldman Sachs ne les aurait certainement pas inscrits sur sa liste noire.

Par contre, les étudiants de Dalhousie sont passibles de sanctions. Ils pourraient ne pas recevoir leur diplôme ou être assujettis à des contrôles de la part des organismes d’attribution de permis. Il s'agit de peines sévères, certes, mais les professions, y compris la profession comptable, doivent préserver la confiance du public.

Tout le monde le fait...

Rappelons que les fautifs sont encore des étudiants et que la pression des pairs est très forte. Ce n’est pas toujours par conviction que l’on affiche des messages sur Facebook. On cherche parfois à obtenir l’approbation d’autrui. On veut des « J’aime », dans le jargon Facebook. Il est donc facile d’imaginer la surenchère de blagues grossières à laquelle se livrent les étudiants. Mais il est difficile d’imaginer un jeune homme qui critiquerait le sexisme et le manque de professionnalisme de ses pairs.

La leçon que les étudiants de toutes les professions doivent tirer de cette histoire : l'importance d’affiner leur jugement professionnel s’ils veulent éviter les ennuis.

Pas facile pour les dénonciateurs

Un des étudiants du groupe Facebook a admis être le dénonciateur et demande donc que l’on soit plus clément envers lui. Il dit avoir montré les messages à une consœur qui les a portés à l’attention de l’administration universitaire.

Que lui a valu cette dénonciation? Ses camarades Facebook lui témoignent probablement le mépris qu'inspirent les traîtres. L’Université ne l’a pas encore absous (après tout, il a participé à ces échanges pendant un certain temps). Et, jusqu’à maintenant, c’est le seul étudiant dont le nom a été rendu public.

Voici les questions que je poserai dans mon cours d’éthique : Qu’aurait-il fallu faire? Continuer de participer en espérant passer inaperçu? Sortir du groupe Facebook et garder le silence? S’adresser à l’administration? Dénoncer sur Facebook? Il n’y a pas de réponse simple, si ce n’est qu’il est plus facile de ne pas se joindre à un tel groupe que d’en sortir en héros.

Le recteur de l’Université Dalhousie a la tâche difficile d’établir un juste équilibre entre les droits des patients, les droits des étudiantes et les droits des étudiants (membres ou non du groupe Facebook), tout en apaisant l’indignation du public. Méfions-nous cependant de l’hypocrisie : ce n’est pas comme si les propos tenus par ces étudiants n’avaient jamais été entendus dans des cabinets de professionnels (sans compter les bars et les vestiaires) partout au Canada!