Les aînés et l’endettement ne font pas bon ménage

À en croire les statistiques, l'endettement des retraités et des préretraités devient un problème de société majeur.

De la banque du Canada au FMI, tous les experts nous disent que l’endettement des ménages canadiens est trop élevé et qu’il est urgent de le réduire. Or, de nouvelles données indiquent que la plupart des Canadiens font la sourde oreille.

Selon un rapport de Statistique Canada publié récemment, le pourcentage des familles canadiennes ayant des dettes (prêts hypothécaires, prêts auto, cartes de crédit, marges de crédit, etc.) est passé de 67 % en 1999 à 71 % en 2012.

En général, les familles où la personne gagnant le meilleur salaire a 65 ans ou plus ont un taux d’endettement moins élevé que les plus jeunes. Une tendance inquiétante se dessine toutefois : la proportion de retraités endettés a bondi de presque 60 %, passant de 27 % en 1999 à 43 % en 2012.

Une autre étude récente confirme cette augmentation de l’endettement des aînés. Le cabinet Hoyes, Michalos & Associates Inc., syndic ontarien, recueille de nombreuses données sur chaque client qui fait une proposition de consommateur ou qui déclare faillite et, tous les deux ans, il dresse un portrait type de la situation.

Son plus récent rapport, intitulé Joe Debtor: Marginalized by Debt, est fondé sur les données relatives à près de 6 000 personnes qui sont devenues insolvables en 2013 et 2014. Le cabinet y fait les constatations suivantes :

La personne insolvable moyenne est un homme marié et père de famille de 44 ans. Ses dettes non garanties s’élèvent à 56 545 $, soit plus du triple du crédit à la consommation moyen au pays, qui est de 18 207 $ par adulte.

Depuis que le cabinet a commencé à colliger ces données en 2008, les causes profondes de l’endettement ont peu changé. Les principales raisons qui poussent quelqu’un à déclarer faillite ou à faire une proposition de consommateur sont la perte d’emploi, la maladie ou la rupture du couple.

On signale cependant que les aînés (60 ans et plus) et les préretraités (de 50 à 59 ans) sont les groupes d’âge qui révèlent la progression la plus rapide du risque et une hausse du nombre de faillites.

La proportion de personnes insolvables de 50 ans ou plus ne cesse d’augmenter. Elle est passée à 30 % dans le rapport de 2015, alors qu’elle était de 27 % dans le rapport de 2013 couvrant la période 2011-2012.

Les aînés et les préretraités sont également ceux qui ont le plus de dettes non garanties. Ils sont en outre les seuls groupes d’âge dont l’endettement total a augmenté au cours de la période visée. En moyenne, les dettes non garanties des personnes de 50 ans et plus s’élèvent à 68 677 $, soit une hausse de 1,7 % depuis le rapport de 2013 et un écart de 21 % par rapport au débiteur moyen.

Les aînés de plus de 60 ans sont les plus lourdement endettés, leurs dettes non garanties se chiffrant à 69 031 $. La plus forte hausse des dettes non garanties, soit 2,3 %, a été enregistrée chez les préretraités.

Le tableau ci-dessous illustre l’endettement moyen de l’ensemble des personnes insolvables et celui des aînés (60 ans et plus), en 2013 et 2014. Pourquoi les aînés sont-ils de plus en plus endettés à la retraite?

L’étude donne trois grandes raisons :

  • l’accumulation graduelle de dettes pour payer les frais de subsistance, pour répondre aux besoins de la famille de même que pour régler les frais médicaux;
  • la baisse du revenu à la retraite et l’emprunt de sommes supplémentaires pour couvrir les versements hypothécaires et les dettes non garanties;
  • le fardeau fiscal découlant de sources additionnelles de revenu, dont les rentes de retraite.

Les préretraités doivent aussi assumer les frais occasionnés par les études prolongées de leurs enfants, ceux engendrés par leurs problèmes de santé ainsi que ceux de leurs parents âgés.

Les débiteurs aînés sont mariés ou en union de fait (45 %), divorcés ou séparés (29 %), veufs (14 %) ou célibataires (12 %). Plus de la moitié (53 %) vivent seuls; un seul autre groupe d’âge affiche une proportion plus élevée, soit celui des 18 à 29 ans (57 %). Plus de 53 % des aînés sont retraités, mais plus d’aînés endettés ont continué de travailler depuis l’étude précédente (39 % comparativement à 36 %).

C’est peut-être ce qui explique l’augmentation de 6 % du revenu mensuel moyen des aînés qui, à 2 215 $, est inférieur au revenu moyen des débiteurs, qui totalise 2 427 $ par mois.

Selon l’étude, les aînés tiennent à rembourser leurs dettes et font tout ce qu’ils peuvent pour payer leurs comptes. En plus de l’augmentation des soldes impayés des cartes de crédit, l’étude révèle une hausse inquiétante du nombre d’aînés qui ont recours à des prêts sur salaire quand ils ont utilisé leurs cartes de crédit jusqu’à la limite.

Presque un aîné sur dix (9 %) avait au moins un prêt sur salaire non remboursé au moment d’être déclaré insolvable. Bien que ce taux soit le moins élevé de tous les groupes d’âge, les aînés se retrouvent avec le plus de prêts sur salaire (3,7 en moyenne) et les prêts les plus élevés (3 693 $).

Parmi les aînés ayant un prêt sur salaire, plus de six sur dix (62 %) étaient retraités et, étonnamment, 35 % étaient âgés de plus de 70 ans. Il est facile pour les aînés d’obtenir des prêts sur salaire, car le revenu de retraite, qui provient du RRQ/RPC ou d’un régime d’employeur, peut servir de garantie. Les aînés ont aussi une dette fiscale plus élevée que la moyenne, même si l'on exclut les travailleurs autonomes. En effet, certains doivent payer de l’impôt supplémentaire pour la première fois, soit parce qu’ils ont touché un revenu d’emploi à temps partiel ou ont retiré des fonds de leur REER/FERR, soit parce que l’impôt retenu sur leurs rentes était insuffisant.

Les auteurs du rapport concluent que les aînés, du fait qu’ils bénéficient d’une source de revenu stable et qu'ils tiennent à rembourser leurs dettes, forment un groupe d’emprunteurs vulnérables de plus en plus nombreux.

Selon moi, il est essentiel d’arriver à la retraite sans aucune dette. La situation est donc inquiétante.