Trop de cadeaux aux entreprises

La création d’emplois grâce aux subventions est un mirage.

S’ils veulent diminuer leurs dépenses sans trop nuire à l’économie, les gouvernements disposent d’une option : réduire les trop nombreuses subventions.

Les divers paliers de gouvernement dépensent des milliards de dollars chaque année sous forme de subventions aux entreprises. Des sommes versées en échange de promesses d’emplois... qui ne sont pas toujours tenues. De plus, ces subventions sont souvent octroyées sur la base de calculs davantage politiques qu’économiques.

Selon une récente étude du chercheur Mark Milke, de l’Institut Fraser, de 1980 à 2009, les administrations fédérales, provinciales et municipales du Canada ont donné un total de 684 milliards de dollars en subventions, accordées aux entreprises privées et publiques et aux consommateurs, mais l'essentiel a été alloué aux entreprises. Dans une autre étude menée en 2012, M. Milke avait également calculé qu'entre 1982 et 2012, le ministère fédéral de l’Industrie avait versé 13,7 G$ de subventions, fonds en majorité alloués aux multinationales du secteur de l'aérospatiale et aux constructeurs automobiles.

Là où le bât blesse pour le contribuable canadien, écrivait le chercheur, c'est que de ce total, 6 G$ avaient été « donnés » plutôt que prêtés. Quant à l’autre moitié (un peu plus de 7 G$), il s'agissait bel et bien de prêts, sauf que les entreprises ne les remboursent pas, ou très rarement.

Seulement 2,1 G$ avaient été remboursés depuis 1982. Le taux d'intérêt payé par les entreprises sur ces prêts est souvent minime, tandis que l'État — qui doit d'abord emprunter ces dollars sur les marchés — est assujetti aux taux d'intérêt du marché. Selon le chercheur, depuis une trentaine d’années, l'État n'a recouvré que neuf millions de dollars en intérêts sur ces milliards prêtés.

Mirages économiques

La création d’emplois grâce aux subventions est un mirage. Les subventions ne créent pas d'emplois, elles ne font que déplacer ceux-ci. On peut aider la zone géographique ciblée, mais cela se traduit ailleurs par des pertes d’emplois ou de recettes fiscales. Les entreprises bénéficiaires ne peuvent pas garantir les emplois que les politiciens promettent. Ces emplois dépendent de la croissance économique et non des subventions. Cela n'empêchera cependant pas les politiciens de se servir de ces dernières pour acheter des votes.

Cette politique a en outre un effet secondaire néfaste : elle entraîne la multiplication des lobbyistes. Plus l’État accorde des subventions et impose des réglementations, plus la réussite d’une entreprise dépend de l’aide gouvernementale. Les entreprises doivent alors embaucher des lobbyistes pour tirer leur épingle du jeu. Quel gaspillage d'efforts et de ressources!

Des idées de réformes

On me dira que les pays tels que les États-Unis, l’Union européenne ou la Chine versent des subventions aux entreprises et que nous devons leur emboîter le pas. Je crois que la seule solution à cette course vers le bas consisterait à renforcer les accords avec l’Organisation mondiale du commerce, par exemple, et ainsi éliminer les subventions dans tous les pays.

Selon la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante, la grande majorité des PME canadiennes préféreraient des baisses de taxes plutôt que des subventions. Les contribuables économiseraient aussi sur les coûts d'administration de tous les programmes subventionnaires.

Le problème, c'est que les politiciens tiennent grandement au pouvoir de dépenser votre argent à leur guise. Et les bureaucrates, eux, veulent conserver leur emploi. C'est pourquoi réformer l’aide aux entreprises risque de s’avérer tout un défi!