Difficile de simuler sa propre mort sans laisser de traces

Le pseudocide est populaire parmi ceux qui veulent échapper à des problèmes financiers ou juridiques, ou s’enrichir en escroquant des compagnies d’assurance-vie.

En mai dernier, un électricien torontois et sa femme ont plaidé coupables à une accusation de fraude : ils avaient simulé la mort du mari pour encaisser le produit de grosses assurances vie.

« Entre 2006 et 2008, Alireza Shojaei, 45 ans, a contracté plusieurs assurances vie totalisant 3 525 000 $ dont la bénéficiaire était sa femme, Koukab Shojaei, 41 ans », relate le communiqué de presse de la police de Toronto.

En août 2008, lors d’un voyage du couple en Iran, le mari aurait prétendument succombé à une crise cardiaque. Mme Shojaei a alors soumis une déclaration de sinistre-décès à chacune des compagnies d’assurance afin de recevoir les indemnités. Ces compagnies (London Life, Great-West, Desjardins et State Farm) se montraient méfiantes, car le décès n’avait pu être confirmé.

« M. Shojaei étant décédé durant son transport vers l’hôpital, il n’a donc pas été admis dans un centre hospitalier, ce qui explique l’absence de dossier médical lié à son décès », disait l’exposé conjoint des faits qui a été lu par Lorna Spencer, procureure de la Couronne, devant le tribunal en mai dernier.

En février 2009, un enquêteur d’assurances avait conclu « que les documents de décès étaient frauduleux », a rapporté le Toronto Sun. Cependant, Mme Shojaei ayant engagé une poursuite civile de plus de 10 M$ contre les compagnies d’assurance, celles-ci avaient accepté en septembre 2010 de lui verser un peu plus de 1 M$.

Deux mois plus tard, Mme Shojaei achetait une maison de 420 000 $ US à Mission Viejo, en Californie. On a découvert par la suite que juste avant l’achat de la maison, le mari avait utilisé son passeport canadien pour prendre un vol à partir de l’Iran à destination de Los Angeles via Rome. D’après le Sun, alors qu’il vivait à Mission Viejo en avril 2011, M. Shojaei a fait une demande de résidence permanente sous le faux nom de Seyed Hamid Islami. En octobre 2011, il a obtenu un permis de travail de 12 mois délivré à ce faux nom. En octobre 2012, ayant été arrêté pour une infraction en matière d’immigration et possédant toujours ses permis de conduire de l’Ontario et de la Californie, il a reconnu devant le juge être Alireza Shojaei, mais il a menti sur son lieu de résidence.

On a toutefois rapidement démêlé son histoire, et les services d’immigration américains ont trouvé son adresse à Mission Viejo. Ils ont avisé la police torontoise, et une demande d’extradition a mené à l’arrestation du couple à Toronto en février 2013.

Les conjoints ont fait face à quatre accusations de fraude de plus de 5 000 $, et Mme Shojaei a de plus été accusée d’avoir produit un faux document. Ils ont tous les deux été condamnés à cinq ans de prison, moins le temps déjà purgé, et ils doivent rembourser 1,2 M$, une ordonnance qui sera maintenue en cas de faillite.

Selon la police, il pourrait y avoir d’autres victimes. « Nous cherchons d’autres compagnies d’assurance qui auraient été fraudées ou des renseignements sur des fraudes similaires, a confié la détective Belinda Tuckwell au Sun. Nous ne pouvons pas dire avec certitude si ce type de fraude est très répandu. Plusieurs raisons peuvent motiver un pseudocide, mais les principales causes sont le désir d’échapper à des problèmes financiers ou juridiques, ou de s’enrichir en escroquant des compagnies d’assurance vie.

Dans l’article « Getting Away From It All: Why do so many of us want to disappear and start over? » paru dans Slate en 2007, l’auteure Anne Applebaum relate le cas notoire du Britannique John Darwin, enseignant à la retraite et gardien de prison, qui serait mort dans la mer du Nord en 2002, à 57 ans.

Un certificat de décès signé l’année suivante avait permis à sa femme Anne de recevoir des indemnités d’assurance vie de plus de 680 000 £. On apprendra plus tard que M. Darwin était bel et bien vivant et qu’il avait emménagé dans un studio adjacent à sa résidence. Le couple avait construit une porte cachée au fond d’une penderie de sa maison. Cette porte menait au studio.

En 2005, le couple est parti au Panama pour ouvrir un hôtel au bord de la mer. En décembre 2007, M. Darwin, incapable de vivre plus longtemps dans le mensonge, loin de ses deux fils adultes qui le croyaient mort, est rentré en Angleterre, s’est rendu à un poste de police et a prétendu souffrir d’amnésie.

Mais la ruse a été déjouée. Son épouse et lui ont été accusés d’avoir encaissé frauduleusement les indemnités d’assurance vie. En juillet 2008, M. Darwin a été condamné à six ans et trois mois de prison et Mme Darwin, décrite comme une mythomane, à six ans et six mois. Le tribunal leur a également ordonné de restituer les sommes escroquées.

Plus tôt cette année, M. Darwin était de retour devant le tribunal, qui l’a condamné à verser « une somme forfaitaire de 40 000 £ après l’arrivée à échéance de deux de ses régimes de retraite », a rapporté The Guardian. Le tribunal avait appris qu’il n’avait remboursé que 121 £ des 680 000 £ obtenus en simulant sa mort. Mme Darwin, aujourd’hui séparée de son mari, avait toutefois remis 500 000 £ provenant de la fraude des assurances et de la vente de propriétés.

Les couples mariés ne sont pas les seuls à simuler la mort pour frauder les assurances. En avril dernier, Raymond Roth, 47 ans, de Long Island (N. Y.), a reçu une sentence de deux ans 1⁄3 à sept ans de prison, et a été condamné à verser plus de 36 000 $ à la garde côtière et à la police du comté de Nassau pour avoir mis en scène sa fausse noyade avec la complicité de son fils de 22 ans.

Le 28 juillet 2012, le fils de M. Roth a appelé le 911 pour signaler la noyade de son père au large de Jones Beach. « Cet appel a déclenché des recherches aériennes et maritimes qui ont coûté des dizaines de milliers de dollars », a rapporté CBS. Bien que personne n’ait vu Raymond Roth disparaître en mer, on a présumé qu’il s’était noyé. Selon les procureurs, le duo père-fils aurait simulé la mort du père dans l’espoir d’encaisser des indemnités d’assurance vie d’au moins 10 000 $ US. L’arnaque a été dévoilée quand l’épouse de M. Roth a trouvé des courriels entre le père et le fils faisant état du stratagème. M. Roth a été épinglé en Caroline du Sud après avoir été arrêté pour excès de vitesse.

On a d’abord cru qu’en raison de possibles troubles mentaux liés à une récente perte d’emploi, M. Roth ne recevrait aucune peine de prison. Mais, remis en liberté en attendant sa sentence, il ne s’est pas présenté à sa comparution. Il s’est alors vu imposer une lourde peine carcérale. Son fils n’a pas été inculpé.

Que ce soit pour frauder les assurances ou pour d’autres motifs, certains profitent parfois de tragédies comme les attentats du World Trade Center pour disparaître. Au moins deux personnes ont usé de stratagèmes pour faire croire qu’elles étaient décédées pendant les attaques du 11 septembre, rappelle Mme Applebaum de Slate. Elle parle aussi de la légende urbaine voulant qu’un quart des suicides du Golden Gate soient des pseudocides.

Simuler sa mort n’est pas un crime. « Je ne connais aucune loi fédérale qui aurait pour but de punir les personnes qui simulent leur propre mort », a déclaré Bill Carter, porte-parole du FBI, à l’émission Life’s Little Mysteries d’ABC. Les problèmes juridiques connexes peuvent toutefois être multiples : coût des recherches pour retrouver le disparu, fraudes liées aux assurances et à l’identité, etc.

Quiconque veut monter un tel stratagème peut trouver de nombreuses ressources sur Internet, mais aussi des documents papier (par exemple, l’ouvrage How to Disappear Completely and Never Be Found de Doug Richmond). En cas de disparition suspecte, les enquêteurs pourraient consulter ces ressources, puisqu’il est plausible que la personne disparue l’ait fait.

Le site How to Fake Your Own Death: 11 Steps recommande de planifier son pseudocide longtemps à l’avance, surtout pour mettre de l’argent de côté en prévision de sa nouvelle vie. « Retirez graduellement l’argent du compte... et laissez derrière vous cartes de crédit et autres documents. Tout liquider risquerait d’éveiller les soupçons. »

Disparaître à l’ère d’Internet n’est pas facile à réussir, encore moins quand on n’est pas particulièrement malin. Prenez Raul Pero, de Los Angeles. En 2001, M. Pero, en voyage au Chili, meurt supposément d’une crise cardiaque. Sa colocataire, Gloria Alcaraz, communique avec la compagnie d’assurance pour réclamer le produit d’une police de 2 M$ souscrite par M. Pero plusieurs années auparavant. Le hic? La femme a appelé la veille de la date inscrite sur le certificat de décès. Quant à la tombe au Chili, elle ne contenait que des pierres.

Dans la plupart des enquêtes, suivre la trace de l’argent est la principale méthode utilisée, mais dans le cas de morts simulées, les traces laissées par les disparus sont souvent multiples.

À propos de l’auteur

David Malamed


David Malamed, CPA, CA•EJC, CPA (Ill.), CFF, CFE, CFI, est associé en juricomptabilité au cabinet Grant Thornton LLP à Toronto.

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