Les introvertis en milieu de travail

Vous êtes introverti? Qu’à cela ne tienne! Voici comment apprendre de vos collègues extravertis.

Vous avez probablement déjà entendu la blague suivante : « À quoi reconnaît-on un comptable extraverti? Lorsqu’il vous parle, il fixe vos chaussures au lieu des siennes. » La plupart des comptables se décrivent comme étant minutieux, experts en tableurs... et introvertis. Marie Cannon ne fait pas exception à cette règle.

La responsable des finances de l’organisme Banyan Non-Profit Management Services, de Hamilton, en Ontario, se dit très extravertie avec ses amis et sa famille, mais plutôt introvertie au travail. « Je préfère travailler seule, lire et analyser des documents. En réunion, j’observe au lieu de m’exprimer. La perspective de parler en public me donne de l’urticaire. J’ai beaucoup de mal à déléguer; je préfère m’enfermer dans mon bureau pour chercher des solutions. Je dois avoir une réputation d’asociale au bureau. »

L’introversion, ce n’est pas seulement paraître replié sur soi. S’il est vrai que ce trait inné influe sur notre personnalité, il s'agit surtout de savoir d’où nous tirons notre énergie, explique Beth Buelow, auteure et conférencière spécialisée en matière d’introversion. « Les introvertis puisent leur énergie dans la solitude et le calme : l’interaction sociale et les environnements très stimulants les épuisent. À l’inverse, les extravertis sont stimulés par l’interaction sociale, et être laissés à eux-mêmes trop longtemps les épuise. » De nombreuses personnes travaillant notamment dans les domaines financier, technique et scientifique présentent les traits de caractère de Marie Cannon.

« Ces carrières offrent un équilibre entre le travail solitaire et l’interaction sociale. En outre, il est souvent possible de contrôler cette dernière. Les introvertis peuvent donc se préparer à une dépense d’énergie en s’assurant d’avoir du temps pour récupérer, selon Mme Buelow. Les introvertis choisissent généralement des métiers offrant tranquillité, ordre, stabilité, prévisibilité et un moindre degré d’interaction sociale, affirme Rick Hackett, professeur et titulaire de la Chaire de recherche du Canada en comportement organisationnel et en rendement humain à l’École de commerce DeGroote de l’Université McMaster, à Hamilton. Aux yeux d’un introverti, les emplois qui nécessitent un degré élevé d’interaction sociale et qui présentent des risques et de l’incertitude sont peu attrayants. »

Mme Buelow ajoute que les introvertis sont attirés par des carrières dans les coulisses, ce qui porte à croire qu’ils ne sont peut-être pas taillés pour les postes de dirigeant.

Des données empiriques semblent indiquer que seuls des extravertis occupent les postes de haute direction — il suffit de penser aux dirigeants qui affectionnent les feux de la rampe, comme Donald Trump, Steve Jobs et Richard Branson —, mais leur club est loin d’être exclusif, selon Gary Wagenheim, professeur auxiliaire à l’École de gestion Beedie de l’Université Simon Fraser, à Vancouver.

Il y a donc de l’espoir pour les employés plutôt réservés qui visent des postes de haute direction. « L’image que nous avons d’un dirigeant charismatique est celle d’une personne hors du commun et d’une grande franchise.

Tant les introvertis que les extravertis peuvent être charismatiques, mais nous associons plus souvent le charisme à la personnalité extravertie, avance Mme Buelow. Un dirigeant introverti ne captivera pas autant qu’un dirigeant extraverti, mais il peut être charismatique et influent à sa façon. »

Vous songez à gravir les échelons hiérarchiques, mais vous hésitez en raison de votre nature réservée? Les conseils suivants vous aideront à faire ressortir votre côté extraverti pour vous épanouir au bureau et avec les clients.

Connaître vos forces et vos faiblesses

Les introvertis ont parfois du mal à engager la discussion, mais leurs nombreuses qualités en font des collaborateurs précieux : ils sont réfléchis, appliqués, logiques, sensés, organisés, méthodiques, rigoureux, fiables et responsables. Ils font également preuve d’une excellente écoute et ne passent pas sans cesse du coq à l’âne. Par ailleurs, ils excellent en résolution de problèmes et ne prennent jamais de décision à la légère.

Forts de ces qualités, les introvertis peuvent se hisser au rang des dirigeants, mais ils doivent savoir que leurs forces peuvent être perçues comme des difficultés. « Les collègues qui s’attendent à une communication constante peuvent percevoir l’analyse et l’écoute comme de l’indécision et une attitude distante, et déplorer le manque d’action d’une personne qui accorde trop de temps à la réflexion », fait observer Beth Buelow. Comme ils s’expriment peu, les introvertis risquent de ne pas communiquer clairement leurs idées aux autres. « Les employés peuvent donc penser que leur supérieur manque de transparence. Pour régler ce problème, le dirigeant introverti devrait communiquer plus que de coutume, ce qui pourrait lui sembler trop, mais serait juste assez pour les autres. »

Par ailleurs, les introvertis ne vantent pas leurs mérites, ce qui peut nuire à leur ascension. « Il arrive que les futurs dirigeants introvertis soient trop modestes et ne fassent pas valoir leur travail, ce qui peut les empêcher de se faire remarquer. Ils doivent s’efforcer de trouver un juste équilibre entre la vantardise et l’extrême humilité », ajoute Mme Buelow.

Pratiquer l’extraversion

Bill Gates, Warren Buffett, Barack Obama, Stephen Harper et Mark Zuckerberg sont introvertis, mais on ne le devinerait jamais lorsqu’ils s’adressent à des actionnaires (ou à des nations), participent à des activités de bienfaisance ou se mettent devant la caméra afin de promouvoir leur marque. Leur réussite prouve en fait que les introvertis qui sortent de leur zone de confort peuvent gravir tous les échelons.

Beth Buelow suggère de commencer par apprendre à réfléchir à haute voix : « Les introvertis ont intérêt à respecter leurs penchants naturels pour l’écoute et l’écriture, mais ils peuvent gagner à développer la faculté de penser à haute voix pour s’imposer davantage lors de réunions et de conversations. » Un bon moyen d’y arriver est de suivre un cours d’improvisation ou une formation Toastmasters. Ensuite, il faut travailler ses compétences sociales. « Le problème avec l’introversion, c’est qu’il y aura toujours des gens plus informés que moi, mais comme je travaille seule, je ne parle pas nécessairement avec eux », selon Marie Cannon.

Les introvertis auraient intérêt à établir le dialogue en invitant un collègue à un dîner en tête-à-tête, ou en arrivant un peu en avance à une réunion avec un client pour converser.

À l’occasion d’une réunion, d’une conférence ou d’une fête où il y a beaucoup de gens, Karl Moore, professeur agrégé à la Faculté de gestion Desautels de l’Université McGill, à Montréal, suggère aux introvertis de faire des pauses pour s’éloigner de la stimulation. « Parlez à de petits groupes et engagez un petit nombre de conversations », conseille-t-il.

« La plupart des introvertis s’en tirent en s’accordant du temps seuls peu après pour recharger leurs batteries. Ils ne devraient pas se sentir inadéquats à cause de cela, soutient Rick Hackett. Un chef de la direction m’a dit qu’à la suite d’un exposé, il prévoit toujours un moment de solitude dans une pièce tranquille pour pouvoir récupérer. »

Pour assurer notre réussite sociale, il importe de comprendre où nous puisons notre énergie et de respecter nos limites, conclut Mme Buelow : « En prenant soin d’établir un équilibre entre, d’une part, solitude et réflexion, et d’autre part, obligations sociales et apparitions publiques, un introverti peut être un dirigeant influent qui fait preuve d’assurance tout en restant fidèle à lui-même. »