Le travail n’est pas voué à disparaître



Nombreux sont ceux qui se demandent si les percées technologiques entraîneront une réduction du nombre d’emplois. Ne craignez rien.

En octobre 1994 a été lancé le World Wide Web Consortium, chargé d’établir des normes pour l’utilisation du Web. Les médias venaient d’apprendre l’existence de ce dernier, et son utilisation se répandait à la vitesse de l’éclair au sein d’un groupe restreint mais croissant de scientifiques, de fonctionnaires et de personnes en entreprise ayant accès à Internet.

L’année suivante, l’ouvrage The End of Work (La fin du travail), de l’économiste Jeremy Rifkin, a capté l’attention du public. L’auteur y prédisait que la diffusion des technologies de l’information scinderait les travailleurs en deux groupes : d’une part, l’élite d’experts ou de fournisseurs de services « manipulateurs d’information », et, d’autre part, la masse de ceux dont les compétences auraient une moindre valeur selon le nouveau paradigme. Cela entraînerait un chômage technologique, une inégalité salariale et un rétrécissement de la classe moyenne.

De nombreuses tâches ont certes été rendues obsolètes par les applications d’Internet, et beaucoup d’autres le deviendront. Les ventes au détail et les médias, par exemple, ont été transformés à jamais par la capacité des consommateurs d’effectuer en quelques clics un choix parmi la plus large gamme de biens et d’informations qui ait jamais existé.

Les administrations, les compagnies d’assurance, les banques et les autres grands fournisseurs de services ont délégué à Internet bon nombre de services auparavant offerts en personne ou au téléphone.

L’infonuagique prime de plus en plus. Les plateformes Internet elles-mêmes concurrencent les entreprises de nombreux secteurs d'activité en offrant des services aux consommateurs ou en facilitant le démarrage d’entreprises grâce au financement participatif.

Il est probable que les véhicules n’auront plus besoin de chauffeurs un jour et que l’impression 3D, facilitée par Internet, réduira le besoin de travailleurs à la chaîne traditionnels.

Les universités devront peut-être délaisser leurs modèles d’enseignement classiques à forte main-d’œuvre au profit de modèles d’enseignement en ligne axé sur les étudiants. Cette évolution entraînera la suppression de nombreux emplois à l’échelle mondiale dans les deux prochaines décennies.

Les consommateurs, les entrepreneurs et les entreprises réaliseront sans aucun doute des économies, mais beaucoup se demandent s’il y aura assez d’emplois vu la réduction du besoin de main-d’œuvre attribuable aux percées technologiques. Ne craignez rien.

Malgré le danger d’utilisation abusive qui guette toute technologie, l’histoire démontre que les technologies transformatrices améliorent grandement la condition humaine au fil du temps, notamment par la création d’emplois que personne n’aurait auparavant imaginés.

Il est important que les gouvernements facilitent la transition au lieu de l’entraver, et qu’ils évitent de faire obstacle à la création de nouveaux emplois en forçant la société à conserver les anciens emplois par des subventions, des règlements ou le protectionnisme. C’est en effet ce que nous enseignent les dures réalités économiques.

Ainsi, Christopher Pissarides, lauréat du prix Nobel d’économie, a souligné que l’Europe est généralement à la traîne en ce qui concerne les services interentreprises – qui sont en plein essor – en raison des obstacles au démarrage d’entreprises et du coût élevé de la main-d’œuvre européenne dû à la bureaucratie. Par contre, elle est chef de file en ce qui a trait aux entreprises comme IKEA dont le modèle implique une importante participation des consommateurs.

Les pays qui obligent leurs entreprises et leurs citoyens à conserver des méthodes de travail dépassées se trouvent invariablement perdants au bout du compte, car ils peinent à attirer les investisseurs. Le monde participe à une odyssée technologique, et ce sont ceux qui profitent des possibilités offertes qui s’en sortiront le mieux.

Daniel Schwanen est vice-président, Recherche, à l’Institut C.D. Howe.

À propos de l’auteur

Daniel Schwanen


Daniel Schwanen est vice-président adjoint, Recherche, à l’Institut C.D. Howe à Toronto.

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