Terre d’accueil et portefeuille

Pour de nombreux arrivants, vivre dans un nouveau pays signifie apprivoiser un système financier tout autre et réapprendre à gérer son argent.

En 2008, Fanny Tovar (ci-dessus) arrive à Halifax pour y faire un stage comme étudiante étrangère. Diplôme en génie alimentaire en poche après cinq ans d’études universitaires au Venezuela, elle est impatiente d’élargir ses horizons et d’améliorer tant son anglais que son français. Grâce à sa maîtrise de l’espagnol, son stage à Les Algues Acadiennes ltée débouche sur un poste à temps plein d’agente de liaison pour les activités de l’entreprise en Amérique latine. Aujourd’hui résidente permanente, Mme Tovar habite Toronto, où elle espère trouver un emploi plus en accord avec son parcours universitaire.

Mais cette transition vers la vie au Canada n’a pas été de tout repos. Après avoir participé récemment à un programme de littératie financière offert par l’organisme Immigrant Settlement & Integration Services (ISIS) de Halifax, elle a constaté qu’elle aurait dû tenter d'obtenir des conseils en matière de finances personnelles dès son arrivée au pays.

Mme Tovar a dû s’adapter à la culture d’ici et à une façon différente de gérer l’argent. N’ayant jamais rempli de déclaration fiscale, elle a dû chercher de l’aide. Et lorsqu’il lui est devenu difficile de boucler son budget, elle s’est adressée à une banque afin de consolider ses dettes. Elle a réalisé que la part de son revenu consacrée au loyer était trop élevée, ce qui nuisait à sa capacité d’obtenir du crédit.

« Il faut faire un budget, être discipliné, s’informer », dit-elle, ajoutant que le jargon financier crée une barrière supplémentaire lorsqu’on vient d’une sphère linguistique différente. Elle exhorte les immigrants à poser beaucoup de questions et à chercher de l'aide très vite, sans attendre comme elle l’a fait pour demander conseil.

« Beaucoup d’immigrants ont de la difficulté à comprendre le système de crédit canadien », fait remarquer Kapila Dimantha, coordonnateur du programme de prêts Career Pathway Loan Fund à ISIS. « Malgré leurs efforts, une foule de détails leur échappent. »

Par exemple, si un immigrant cherche à s’acheter une voiture, il ne doit pas accumuler les vérifications de solvabilité à son sujet avant que sa décision d’achat soit prise, sinon sa cote de crédit en souffrira. De même, le fait de demander plusieurs cartes de crédit n’accélère pas l’établissement de son crédit. « En fait, c’est le contraire qui se produit, explique Mohja Alia, directrice des programmes d’emploi et d’appoint d’ISIS. Mieux vaut commencer avec une seule carte, bien gérée. Les néo-Canadiens ignorent beaucoup de choses, poursuit-elle, comme l’effet d’un paiement en retard sur leur relation avec la banque et avec l’ensemble du système. »

Stella Osagie a appris à établir un budget autrement. « Ce ne sont que des économies de 1 $ ou de 5 $, mais elles finissent par peser dans la balance! » 

Stella Osagie (ci-dessus), âgée de 49 ans, est une personne qui apprend vite. En 2011, elle s’est établie dans la région de Toronto avec son mari et ses trois garçons. Déjà, avant de quitter Lagos, au Nigeria, elle avait aidé ses enfants à préparer leurs demandes d’admission dans des universités canadiennes.

Toutefois, le système de crédit canadien lui a donné bien du fil à retordre. Mme Osagie, qui travaille dans une agence de développement communautaire, s’est fait conseiller sur la façon d’établir un budget en participant à un programme de littératie financière de North York Community House (NYCH). « On ne gère pas un budget au Canada comme au Nigeria, car là-bas, les prix changent constamment. »

Elle a appris à éviter les frais bancaires inutiles et à tirer profit des rabais et des coupons. « Ce ne sont que des économies de 1 $ ou de 5 $, mais elles finissent par peser dans la balance! » Après une période où le budget était très limité, la famille a pu acheter une maison et investir dans un REER. « J’ai appris une foule de choses », souligne-t-elle, en parlant du programme de NYCH, dont bénéficient chaque année plus de 25 000 immigrants.


Tout comme Aman Sran, certains nouveaux arrivants ne connaissent pas bien le système de crédit.

De nouveaux arrivants de l’Inde ont besoin eux aussi d’explications sur le système de crédit.

« Aujourd’hui, nous parlons de cartes de crédit », dit Aman Sran (ci-dessus), qui participe à un atelier de littératie financière offert par DIVERSEcity, à Surrey, en Colombie-Britannique. « On nous explique comment avoir un bon dossier de crédit et utiliser une carte de façon disciplinée. C’est nouveau pour moi, car en Inde, nous payions tout comptant ou par chèque. »

Outre les nombreux organismes qui aident les immigrants, les banques canadiennes redoublent d’efforts pour offrir à ceux-ci des produits et des services répondant à leurs besoins.

« Les conseils et les renseignements à donner varient d’une personne à l’autre, mais il y a une constante : l’absence d’antécédents de crédit canadiens, affirme Christine Shisler, directrice générale, Marchés multiculturels, à RBC. Voilà pourquoi nous avons fait de cet aspect une priorité au cours des dernières années. »

Ainsi, la banque facilite l’obtention d’un prêt auto pour les nouveaux arrivants qui n'ont pas d'historique de crédit au pays. De même, son programme adapté de financement hypothécaire permet aux immigrants d’obtenir un prêt dans les cinq années suivant leur arrivée au Canada, qu’ils aient ou non un dossier de crédit ici.

« La capacité de s’endetter d’un client peut être évaluée d’autres façons, explique Mme Shisler. Les nouveaux arrivants ne doivent pas hésiter à discuter de leur situation avec un représentant d'une institution bancaire. »

Les banques accroissent également leurs efforts en matière de programmes de littératie financière destinés aux immigrants. « S’établir dans un pays d’accueil présente une foule de défis, soutient Tracy Gomes, vice-présidente, Services multiculturels et Services à la clientèle autochtone, à la Banque Scotia. Notre programme vise à réduire le stress lié à cette transition. » Depuis juillet, la banque propose une carte de crédit assortie d’une limite maximale de 5 000 $ aux immigrants qui ont déjà trouvé un emploi, même s’ils n’ont pas d’antécédents de crédit au pays.

La Banque Scotia offre une carte avec une limite de 2 000 $ aux résidents permanents qui n’ont pas d’emploi. Les banques CIBC et TD offrent elles aussi divers produits et services aux nouveaux arrivants, dont des cartes de crédit assorties d’une faible limite pour les personnes sans dossier de crédit.

L’une des institutions offre des services « pré-arrivée », dont le transfert de fonds au Canada et permet d'accomplir la plupart des formalités avant le départ du pays d’origine. Elle propose également aux nouveaux arrivants des webinaires qui clarifient les acronymes tels que CPG, REER, REEE ou CELI.
    
Nos habitudes en matière de crédit et d’utilisation de l’argent comptant peuvent dérouter les immigrants. « Parfois, ceux qui arrivent d’un pays comme la Chine, où l’argent comptant est roi, n’ont jamais fait de chèque, explique Mme Gomes. Et certains Européens ont l’habitude d’utiliser une seule carte regroupant les fonctions de débit et de crédit. »

Beaucoup d’immigrants ignorent tout du système centralisé de suivi du crédit qui est en place au Canada, et grâce auquel la réputation de solvabilité acquise auprès d’une institution financière facilite les rapports avec les autres. « Là d’où je viens, il n’y a pas de crédit. Tout se paie comptant, même une maison! C’est donc un changement radical », lance Mme Osagie.

D’ailleurs, au début, elle hésitait à demander une carte de crédit par crainte des « problèmes possibles ». Elle s’est ravisée en saisissant l’importance d’avoir un bon dossier de crédit, grâce au programme de littératie financière de NYCH. « J’ai compris qu’il fallait dépenser au moyen d’une carte de crédit, et ensuite rembourser les sommes empruntées. »

Il faut utiliser une carte de crédit environ six mois pour que les antécédents ainsi créés permettent de solliciter d’autres formes de crédit, explique Mme Gomes. La banque peut aussi faciliter l’octroi d’un prêt auto ou d’un prêt hypothécaire aux immigrants sans historique de crédit. En offrant ces services, les institutions montrent leur détermination à en faire davantage pour les nouveaux arrivants. Ceux-ci s’en réjouissent, car ils sont désireux d’apprendre et de se faire conseiller.

« J’avais tout à apprendre », reconnaît Rishab Dhoopar, qui a participé récemment à l’atelier de littératie financière de DIVERSEcity, à Surrey. Arrivé de l’Inde en juin, le jeune homme de 18 ans n’a pas perdu de temps. Il a ouvert un compte bancaire et, tout en passant des entrevues afin de décrocher un emploi de représentant du service à la clientèle, il se prépare à envoyer une demande d’admission en génie à plusieurs universités. « Cet atelier m’a énormément aidé », constate-t-il.

LE SAVOIR FINANCIER COMPTE – POUR NÉO-CANADIENS

Le programme de littératie financière de CPA Canada, appelé « Le savoir financier compte », vise à donner aux Canadiens, à titre de service public, une formation et des informations objectives dans le domaine des finances personnelles.

Nombre de néo-Canadiens disent avoir constaté, une fois au Canada, d’importantes différences en matière de gestion financière comparativement à ce qui se faisait dans leur pays d’origine. Pour les aider à s’y retrouver, CPA Canada a élaboré le volet « Le savoir financier compte – pour néo-Canadiens ». Ce programme traite de notions fondamentales en finances personnelles et permet aux néo-Canadiens de partir du bon pied en ce qui concerne l’acquisition des connaissances, des aptitudes et de la confiance requises pour prendre de bonnes décisions financières.

Le premier atelier, Trucs et secrets des Canadiens futés, porte sur trois aspects souvent méconnus des néo-Canadiens. Il traite d’abord des fondements du système bancaire canadien, puis il initie les participants aux différents types de comptes et de services bancaires comme les guichets automatiques ou les cartes de débit et de crédit. Les participants y apprennent aussi à choisir la combinaison de services bancaires la mieux adaptée à leurs besoins financiers personnels.

Le deuxième atelier, Constitution d’un patrimoine canadien, porte sur d’autres concepts plus poussés de gestion et de planification financières. L’objectif est d’aider les nouveaux arrivants à comprendre comment bien gérer leur argent de façon à prévoir leurs besoins financiers futurs, à bâtir et à protéger leurs actifs, et à avoir les fonds nécessaires pour faire face aux grands événements de leur vie. Si vous souhaitez donner un de ces ateliers à titre bénévole ou si vous connaissez une organisation qui tirerait profit de ce programme, écrivez à communityconnect@cpacanada.ca.

À propos de l’auteur

Susan Smith


Susan Smith est une rédactrice indépendante établie dans la région de Toronto.

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